Événement historique national de l’émeute de Caraquet de 1875

© The Canadian Illustrated News, vol. 11, no 7, 13 février 1875. Montréal, Burland-Desbarats Lithographic and Pub. Co / Canadian Illustrated News / Canadian Research Knowledge Network
L'émeute de Caraquet de 1875 a été désignée événement historique national en 2025.
Importance historique : événement marquant de l’histoire acadienne et au sein de la société canadienne des XIXe et XXe siècles au sujet des écoles confessionnelles, l’émeute constitue un exemple de la résistance des minorités religieuses et linguistiques contre la discrimination.
Plaque commémorative : pas de plaque installéeFootnote 1
L’émeute de Caraquet de 1875
L’émeute des Acadiens de Caraquet de janvier 1875 a marqué l’histoire acadienne et canadienne. Elle est le résultat de quatre ans d’opposition des catholiques du Nouveau-Brunswick à la Loi des écoles communes de cette province qui vise à laïciser les écoles en instituant un réseau scolaire séculier financé par des fonds publics au moyen d’une taxe générale. À la suite de l’arrestation violente des manifestants et du décès de deux hommes, la loi est assouplie. Les Acadiens continuent ainsi d’offrir à leurs enfants une éducation primaire de leur choix, contribuant à façonner leur identité linguistique et culturelle. La communauté acadienne crée divers établissements d’enseignement dans les années subséquentes, ce qui entraîne l’ascension politique des Acadiens à des postes élus. L’émeute prend une valeur symbolique par rapport aux revendications culturelles, marque pour toujours la mémoire collective acadienne et sert d’exemple précoce des efforts déployés par les minorités linguistiques et religieuses au Canada pour résister à la discrimination.
Le 1er janvier 1872, l’entrée en vigueur de la Loi des écoles communes entraîne la perception de la nouvelle taxe scolaire et l’interdiction des écoles paroissiales religieuses, suscitant la colère des catholiques de la province, notamment chez les Acadiens dont l’éducation dépend des communautés religieuses francophones. Avant même l’entrée en vigueur de cette loi, les catholiques du Nouveau-Brunswick demandent au gouvernement fédéral d’intervenir pour la faire désavouer. Le gouvernement fédéral refuse malgré les objections de nombreux membres du Parlement. C’est la première fois que le gouvernement fédéral est appelé à intervenir dans un domaine de compétence provinciale. La contestation juridique passe par les tribunaux canadiens et atteint le comité judiciaire du Conseil privé en Angleterre, alors la plus haute cour d’appel du Canada, qui se prononce en 1874 contre l’abolition de la loi.
Entretemps, des curés catholiques acadiens mènent la résistance contre cette nouvelle taxe, refusant de la payer. Les autorités saisissent les biens des curés récalcitrants et les vendent aux enchères. En signe de soutien à leur clergé, des Acadiens et des catholiques refusent également de payer la taxe. Le 14 janvier 1875, les contribuables de la paroisse de Caraquet sont convoqués pour fixer les taux de taxation et les méthodes de perception. Ceux qui refusent de payer leurs taxes n’ont pas droit de vote. Ils réagissent en perturbant la rencontre, et la cohue s’ensuit.
© Lebreton, Clarence. 2002. La Révolte acadienne : 15 janvier 1875. Moncton, Nouveau-Brunswick : Éditions de la francophonie (https://archive.org/details/larevolteacadien0000lebr)
Le lendemain, certains se présentent à la résidence de différents commissaires scolaires pour les forcer à démissionner. Le 23 janvier, des mandats d’arrestation sont déposés contre quinze manifestants et une lettre est livrée à l’abbé de Caraquet lui ordonnant d’empêcher les émeutiers de semer le chaos, brandissant la menace de brûler son presbytère s’il ne coopère pas. Le shérif du comté de Gloucester, accompagné de six constables, arrive à Caraquet dans la nuit du 26 janvier et ordonne l’arrestation des manifestants. Réunis chez André Albert, ils apprennent que le shérif est en route pour les arrêter. L’arrestation qui a lieu le 27 janvier débouche sur un affrontement violent entre les autorités et les Acadiens. Deux hommes sont tués : l’Acadien Louis Mailloux et John Gifford, l’un des hommes qui s’étaient portés volontaires pour prêter main-forte au shérif. Des accusations sont portées contre les manifestants pour l’émeute du 15 janvier et pour le meurtre de Gifford. La mort de Mailloux n’entraîne aucune procédure judiciaire. Les accusés sont ultimement relâchés.
L’assouplissement dans l’application de la Loi des écoles communes, connu comme « Le Compromis de 1875 », découla en partie de cette émeute et permit aux Acadiens d’offrir à leurs enfants une éducation primaire de leur choix. Ce choix devient un moteur de l’identité linguistique et culturelle acadienne. Ce conflit compte parmi les nombreuses crises scolaires qui sévissent au sein de la société canadienne des XIXe et XXe siècles au sujet des écoles confessionnelles.
« Pour les gens de Caraquet et pour l’ensemble de la population acadienne, il était important que les événements d’il y a 150 ans soient reconnus où des hommes, pour la plupart de jeunes pères de familles, s’étaient tenus debout afin de défendre et de protéger leur langue et leur religion. Leur révolte fut le début de cet interminable combat de la minorité francophone hors Québec pour le respect de leurs droits. »
La présente fiche d’information a été rédigée au moment de l’annonce ministérielle en 2025.
Le Programme national de commémoration historique repose sur la participation des Canadiens afin d’identifier les lieux, les événements et les personnages d’importance historique nationale. Tous les membres du public peuvent proposer un sujet afin qu’il soit étudié par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.
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