Personnage historique national de Marie Joseph dite Angélique (vers 1705-1734)

© Société canadienne des postes, 2025. Reproduit avec permission.
Marie Joseph dite Angélique a été désignée personnage historique national en 2025.
Importance historique : femme asservie d’origine africaine, vendue à un marchand de Montréal, en Nouvelle-France, condamnée pour incendie criminel en 1734, dont l'histoire de vie incarne un symbole de la résistance des Noirs et de la force des femmes.
Plaque commémorative : pas de plaque installéeFootnote 1
Marie Joseph dite Angélique (vers 1705-1734)
Marie Joseph dite Angélique est une femme asservie d’ascendance africaine à Montréal au XVIIIe siècle, à une époque où la pratique de l’esclavage était largement acceptée. En 1734, elle est condamnée pour incendie criminel, pendue, puis brûlée. Bien que l’on ignore si c’est bien elle qui a déclenché l’incendie, son histoire ouvre une fenêtre inédite sur les expériences et les luttes des femmes asservies d’ascendance africaine dans la Nouvelle-France. Par sa détermination à lutter contre la condition d’asservissement qui lui est imposée et à tenter d’y échapper ainsi qu’à maintenir son innocence pendant son procès, elle incarne un symbole de la force des femmes et la résistance afro-canadienne contre l’oppression.
Marie Joseph dite Angélique est née au Portugal ou dans la colonie portugaise de Madère vers 1705 et est possiblement soumise à l’esclavage dès sa naissance. On sait peu de choses sur sa vie, y compris son nom de naissance. Cependant, elle a partagé quelques détails dans son témoignage lors de son procès en 1734 à Montréal. Durant les années 1720, elle est enlevée de force de son foyer puis vendue à François Poulin de Francheville, un riche marchand montréalais, pour devenir la domestique asservie de sa maison. En juin 1730, elle est baptisée Marie Joseph, mais l’épouse de son asservisseur, Thérèse de Couagne de Francheville, lui donne aussi le nom d’Angélique. À travers l’histoire, elle est connue sous les noms de Marie Joseph Angelique, Marie-Joseph Angélique, Marie-Josèphe-Angélique, et d’autres variantes.
En Nouvelle-France, les femmes asservies, particulièrement les domestiques comme Angélique, vivent souvent des violences psychologiques et physiques. Lorsque Francheville meurt en 1733, son épouse, Thérèse de Couagne de Francheville, hérite de ses biens, ce qui comprend Angélique. Devant la résistance croissante d’Angélique à son asservissement imposé, son asservisseuse la vend à un marchand de Québec. Consciente qu’elle a été vendue, en février 1734, Angélique s’enfuit avec Claude Thibault, un homme blanc qui purge une peine en Nouvelle-France pour contrebande. Ils sont capturés 15 jours plus tard. Angélique est rendue à madame Francheville. Thibault est emprisonné, puis libéré au début d’avril 1734.
La vie d’Angélique bascule de nouveau ce printemps. Elle et Thibault sont accusés d’avoir provoqué un incendie qui a détruit une partie de Montréal le soir du 10 avril. Angélique est emprisonnée. Thibault s’enfuit et n’est jamais retrouvé. Angélique est jugée et condamnée. Sa cause est portée en appel, mais la condamnation est maintenue. Le 21 juin 1734, à Montréal, elle est torturée, pendue puis brûlée.
Son procès illustre la dureté du système de justice colonial en Nouvelle-France (comme partout ailleurs dans le monde à cette époque). Personne n’a accès à un conseiller juridique. Les jugements sont fondés sur des enquêtes sommaires, des ouï-dire et les préjugés du juge. Les peines sont sévères, voire horribles, lorsqu’on les compare aux normes actuelles. En France, le Code noir définit les personnes d’origine africaine soumise à l’esclavage comme des biens meubles, sans droits civils ni autonomie. Même s’il n’est jamais officiellement appliqué au Canada, il oriente la gouvernance de l’asservissement; son absence ne signifie toutefois pas que les personnes asservies sont traitées humainement. Leurs corps sont la propriété de l’élite économique et politique, et elles sont déshumanisées, comme des objets. Elles n’ont ni choix, ni droits, ni protection.
Personne ne peut affirmer avec certitude que Marie Joseph dite Angélique est à l’origine de l’incendie. Qu’elle en soit responsable ou non, elle a marqué de façon importante l’histoire canadienne, en tant que symbole de la résistance afro-canadienne contre l’esclavage et un emblème de la force des femmes contre l’oppression.
« En tissant des récits, en abordant les défis et en engageant la communauté, cela agit comme un catalyseur pour un lien plus profond avec notre passé. Par cette désignation, nous reconnaissons non seulement la complexité de notre histoire, mais nous ouvrons également la voie à un avenir plus éclairé et empathique. »
La présente fiche d’information a été rédigée au moment de l’annonce ministérielle en 2025.
Le Programme national de commémoration historique repose sur la participation des Canadiens afin d’identifier les lieux, les événements et les personnages d’importance historique nationale. Tous les membres du public peuvent proposer un sujet afin qu’il soit étudié par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.
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