Les écluses de Montréal

Lieu historique national du Canal-de-Lachine

Connaissez-vous les écluses de Montréal?

Véritables piliers de la navigation fluviale, les écluses sont des chefs-d’œuvre d’ingénierie qui déterminent la taille et le poids des navires pouvant les franchir. À Montréal, celles du canal de Lachine ne se contentent pas de faciliter le passage des bateaux : elles ont aussi profondément marqué le paysage urbain. Bien que les cinq écluses actuelles partagent des caractéristiques techniques, chacune possède une histoire unique.

Plongez dans l’histoire fascinante des écluses de Montréal, situées près du port, dont la construction a débuté en 1824. Mais avant, nous vous invitons à découvrir les origines du canal de Lachine, de ses premières esquisses au XVIIe siècle à son inauguration en 1825, en passant par les nombreux défis rencontrés.

Du rêve à la réalité : la naissance d’une voie navigable à Montréal

Les rapides de Lachine ont longtemps été un obstacle redoutable pour les navigateurs. Dès 1671, François de Salignac de La Mothe-Fénelon propose au Roi de creuser un canal entre Montréal et Lachine. L’idée est reprise par François Dollier de Casson, supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice, et les premiers travaux débutent en 1689. Le projet est rapidement interrompu. Une nouvelle tentative voit le jour en 1700 sous la direction de Gédéon de Catalogne, mais elle s’arrête à son décès en 1701.

Au XIXe siècle, les enjeux économiques et militaires relancent le projet. En 1815, le gouverneur Sir George Prévost recommande une collaboration entre le Bas-Canada et le gouvernement impérial. En 1818, un tracé ambitieux est proposé, mais la crise économique freine les ardeurs. En 1819, des entrepreneurs locaux forment la Compagnie des propriétaires du canal de Lachine, sans succès financier.

C’est finalement en 1821 que le projet prend vie grâce à un financement impérial. Les travaux débutent le 17 juillet. Malgré les coûts élevés et les défis liés à l’urbanisation, le projet avance. En 1824, l’emplacement des écluses de Montréal est fixé. Le canal est inauguré le 24 août 1824, et dès 1825, les bateaux peuvent le parcourir sur toute sa longueur. Long de 15,5 km, doté de sept écluses, le canal permet de franchir un dénivelé de 13 mètres, contournant ainsi les redoutables rapides de Lachine.

L’histoire des écluses de Montréal : de 1824 à aujourd’hui

À l’origine, trois écluses sont construites à Montréal, non sans difficulté en raison de la proximité du fleuve Saint-Laurent. Pour stabiliser le sol sablonneux, des pilotis sont installés, accompagnés d’un quai et d’une jetée – aujourd’hui situés près des rues de la Commune et Mill. L’accès à l’eau étant limité pour les citoyens, deux puits sont aménagés pour fournir de l’eau potable. Le secteur nord de la rue de la Commune est réservé aux marchands pour leurs besoins d’entreposage.

Scène paisible d'un canal avec des voiliers amarrés, une maison au toit rouge et des activités de loisirs sur la berge.Canal de Lachine, Lachine, Québec, vers 1850. © Musée McCord, M984.273.

Face à l’augmentation du trafic maritime, deux biefs sont ajoutés dans les années 1830. Puis, dans les années 1840, les écluses sont élargies pour accueillir des navires plus imposants. En 1844, les trois écluses de Montréal sont réduites au nombre de deux. En 1848, elles mesurent 61 mètres de long sur 14 mètres de large, avec une profondeur de 2,75 mètres, permettant l’accès à des navires océaniques.

En 1871, le Canada modernise ses canaux pour stimuler le commerce interprovincial. Entre 1875 et 1879, les écluses de Montréal sont doublées. Une nouvelle entrée dans le port transforme le paysage avec deux écluses parallèles, un bassin et une jetée. Dans les années 1930, plus de 10 000 passages sont enregistrés chaque année.

Les écluses sont utilisées jusqu’à leur remblaiement entre 1965 et 1967. Elles sont redécouvertes lors des travaux de réaménagement du Vieux-Port entre 1990 et 1992. Depuis 2010, elles sont administrées par Parcs Canada, témoins vivants d’un riche passé industriel et maritime.

Gravure ancienne montrant le plan et la vue du canal de Lachine reliant Montréal au fleuve Saint-Laurent.
Améliorations au canal de Lachine. Canadian Illustrated News,1877. BANQ, 0002724122.

Un paysage transformé

Vue ancienne des écluses et des installations industrielles du canal de Lachine à Montréal.
Vue de l’écluse no 1 du canal de Lachine, BAC PA 198554 / Andrew A. Merrilees Collection, vers 1900.

Le canal de Lachine ne se limite pas à une simple voie navigable : il constitue un véritable corridor multifonctionnel. Ce corridor intègre un réseau complexe d’infrastructures – voies ferrées, routes, ponts, lignes de transport d’énergie – qui s’entrelacent autour du canal. À cela s’ajoutent des installations portuaires essentielles comme les quais, les bassins latéraux et les équipements de transbordement et d’entreposage. Les complexes industriels qui bordent le canal, ou qui s’en trouvent à proximité, racontent l’histoire de l’industrialisation de Montréal et du Canada tout entier.

Certains de ces éléments sont encore visibles aujourd’hui, notamment dans le secteur des écluses de Montréal, témoins silencieux d’un riche passé industriel. Parmi ces infrastructures emblématiques, le bassin Peel occupe une place de choix. 

Vue aérienne d'un port et de l’entrée d'un canal au milieu du 20ᵉ siècle.
Vue du bassin Peel et du Port de Montréal vue vers l'est. Canadian Airways Ltd . Vers 1950 © Archives de la Ville de Montréal VM94-B111-001.

Autrefois, cette section du bief no 2 servait de point de jonction entre la navigation intérieure et la navigation océanique.

Véritable fenêtre sur l’Atlantique, le bassin permettait aux navires de transborder leurs marchandises ou d’effectuer des manœuvres de retournement. Ce vestige, toujours présent dans le paysage urbain, rappelle l’importance stratégique du canal dans le commerce maritime.

De l’âge industriel à la requalification urbaine

Au milieu du XIXe siècle, l’industrialisation transforme radicalement les abords du canal. Rapidement, les berges se couvrent d’usines, d’entrepôts et d’infrastructures portuaires, faisant du canal de Lachine l’un des plus vastes complexes manufacturiers du pays. Mais cette prospérité n’est pas éternelle. Avec le temps, la désindustrialisation s’installe, laissant derrière elle de vastes friches industrielles. La navigation commerciale cesse, et le canal entre dans une nouvelle ère.

Ce changement marque le début d’une transformation urbaine majeure. Démolitions, reconversions résidentielles, projets commerciaux et constructions modernes redessinent le paysage. En 2025, cette requalification est toujours en cours, modifiant profondément le tissu social et résidentiel des quartiers environnants. Ces mutations, bien qu’essentielles à la revitalisation du secteur, soulèvent aussi des débats sur la préservation du patrimoine.

Un équilibre entre mémoire et modernité

Vue d'un canal traversant un quartier urbain, avec ponts, silos industriels et bâtiments entourés de verdure.
Le secteur des écluses de Montréal en 2019.

Le canal de Lachine, classé lieu historique national, est aujourd’hui au cœur d’une réalité riche et complexe. Chaque projet de développement doit composer avec l’histoire du lieu, en cherchant à atténuer les impacts sur ses valeurs patrimoniales. Comme une machine en perpétuelle évolution, le corridor du canal se construit, se déconstruit et se réinvente au fil des époques, des technologies et des besoins de la société.


Ce texte est une version adaptée de l’article paru dans l’édition été 2025 du magazine numérique Québec Yachting, intitulé "Les écluses de Montréal : une histoire à connaître!" par Alain Gelly, historien, et Matthieu Paradis, conseiller de la gestion des ressources culturelles, Parcs Canada.

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