Tourbe, turbulence et travail d’équipe : Chronique des travaux sur le terrain dans le Nord

Parc national Wapusk

Quand les temps sont durs, les durs s’emmitouflent et filent vers la région subarctique. Qu’est-ce qui peut bien pousser quelqu’un à braver volontairement des températures de -40 °C pour faire des travaux sur le terrain en plein hiver? La soif du savoir et le désir de collaborer, bien entendu!

Vers la fin du mois de mars, un petit groupe de chercheurs s’est aventuré dehors par un temps glacial pour prélever des échantillons de tourbe gelée. Ce groupe était composé d’employés du Service de conservation des ressources du parc national Wapusk, d’employés du Bureau du scientifique en chef des écosystèmes (BSCE), d’un chercheur postdoctoral de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et de gardiens des terres de la Seal River Watershed Alliance.

Comme le temps dont disposaient les chercheurs et les gardiens des terres était compté, un emplacement situé à proximité des lacs Twin, juste à l’extérieur du parc, a été choisi. Accessible en motoneige, ce nouvel emplacement était parfait pour creuser des tranchées dans la neige et apprendre les techniques de forage. Une fois la procédure maîtrisée, les membres de l’équipe se sont relayés pour prélever des carottes de tourbe gelée.

Pour voyager dans le Nord, il faut avant tout de la patience et une grande capacité d’adaptation. Même si les distances paraissent « courtes », il est rarement possible de se déplacer en voiture.

Alison Cassidy, scientifique des écosystèmes de l’équipe de la Science du climat et de la conservation (SCliC) affirme que l’expertise locale du personnel du parc national Wapusk a été déterminante.

Deux personnes en vêtements d’hiver tiennent une grande foreuse dans la neige.
Photo : Parcs Canada

Certaines des carottes extraites ont été emballées et envoyées au laboratoire de l’UQAM pour analyse. Les échantillons restants ont été acheminés au bureau de Parcs Canada à Churchill. Les membres de l’équipe de collecte, ainsi que pour quelques employés de l’Expérience du visiteur et d’autres membres du personnel de la Conservation des ressources du parc national Wapusk, ont ainsi eu la rare occasion de voir ce qui se cache habituellement dans les profondeurs de la tourbe.

« Dans le Nord, le travail sur le terrain saccompagne inévitablement de défis logistiques », explique Russell Turner, scientifique spécialiste des écosystèmes basé à Churchill, au Manitoba.

« Il ny a ni routes, ni sentiers, ni aucun accès facile au parc, admet Russell. Souvent, les gens du Sud ne comprennent pas pourquoi nous devons utiliser dautres moyens de transport, comme des hélicoptères et des motoneiges. »

« Grâce à ce voyage hivernal, nous avons pu accéder à un emplacement de recherche et prélever des échantillons impossibles à recueillir en été à cause de lhumidité élevée du sol, explique Alison. Ce périple nous a permis dexplorer des zones importantes où nous navions jamais été. Les paysages enneigés nous ont aidés à mieux comprendre les écosystèmes que nous visitons habituellement pendant la saison de croissance. »

« Nous avons pu examiner les différentes couches des carottes de tourbe, ajoute Alison. La plupart du temps, cette opération est effectuée en laboratoire; nous étions ravis de pouvoir la faire sur le terrain. Nous avons réussi à identifier des plantes de milieux humides dans les couches profondes de la tourbe et mener des expériences sur la rétention deau des mousses. Tiina Kolari, postdoctorante à lUQAM, nous a présenté ses travaux sur les macrofossiles en laboratoire, qui nous ont été très utiles pour identifier de minuscules fragments de plantes dans nos carottes de tourbe. »

Ce projet de recherche est l’un des nombreux exemples de collaboration entre le personnel du parc national Wapusk, le BSCE et les partenaires autochtones, notamment les gardiens des terres de la Seal River Watershed Alliance.

Une illustration d’une personne en vêtements d’hiver et en tuque, tremblant et serrant les dents, les pieds en l’air de chaque côté d’elle, tout en tenant fermement une grosse perceuse dans la neige.

Le bassin versant de la rivière Seal est le territoire ancestral de nombreuses Nations et communautés autochtones, notamment la Première Nation de Barren Lands, la Première Nation des Dénés de Northlands, la Nation crie d’O-Pipon-Na-Piwin et la Première Nation des Dénés de Sayisi.

Les gardiens des terres sont des leaders communautaires en matière de conservation qui, grâce à leurs compétences, leurs connaissances et leur expérience, contribuent à protéger l’un des plus grands bassins versants écologiquement intacts de la planète et à honorer leur patrimoine culturel.

Qu’il s’agisse de recueillir des données, de manipuler de la tourbe gelée, d’apprendre le secourisme en milieu sauvage dans le parc ou bien d’observer des ours polaires pour la première fois, les occasions de collaborer avec les gardiens des terres sont innombrables.

Savoir plus sur les gardiens des terres de la Seal River Watershed Alliance (en anglais seulement).

« Cest le genre dexpérience quils souhaitent vivre et que nous nous évertuons à leur offrir de manière créative, explique Russell.

C’est une question de collaboration. C’est ce qui rend ce travail si enrichissant et gratifiant, ajoute Russell. »

Saviez-vous que Parcs Canada et la Seal River Watershed Alliance travaillent ensemble sur d’autres initiatives?

En mars 2025, Parcs Canada, en collaboration avec la Seal River Watershed Alliance et le gouvernement du Manitoba, a mené à bien une étude de faisabilité concernant la création d’une aire protégée et de conservation autochtone et d’une éventuelle réserve de parc national dans le bassin hydrographique de la rivière Seal. Cette étape portait principalement sur l’analyse des enjeux et des préoccupations de l’ensemble des intervenants et la détermination des possibilités et des défis. Pour ce faire, nous avons rassemblé des renseignements tirés des connaissances traditionnelles, de la science et des commentaires recueillis lors de consultations publiques. Après mûre réflexion, nous avons conclu que la création d’une aire protégée dans la région était faisable!

La superficie du bassin versant de la rivière Seal, dans le nord du Manitoba, s’étend sur environ 50 000 km2. Cette région où au moins 25 espèces en péril élisent domicile (le carcajou, lours polaire, le grizzli, le caribou de la toundra et le moucherolle à côtés olive, pour nen nommer que quelques-uns) est lun des plus grands bassins versants écologiquement intacts au monde. On y trouve une population de phoques communs jusqu’à 200 km à lintérieur des terres depuis lembouchure de la rivière Seal, dont elle tire son nom.

Les négociations en vue de la conclusion d’une entente de création suivront l’évaluation de faisabilité.

Consultez la page Web de Parcs Canada ou le site Web de la Seal River Watershed Alliance (en anglais seulement) pour être au fait de l’actualité!

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