Se perdre dans les roseaux
Aire marine nationale de conservation du Lac-Supérieur
Par Ryan Wilkie
Nichée sur la rive nord-ouest du lac Supérieur, l’anse Hurkett est un habitat diversifié essentiel pour les oiseaux migrateurs. L’endroit attire des passionnés, qui affluent pour observer des espèces de passage chaque printemps et chaque automne. Le milieu humide ouvert de cet estuaire d’eau douce sert de frayère au doré jaune et au grand brochet, et abrite reptiles, amphibiens, mammifères, insectes et bien d’autres invertébrés. Cette complexité fait l’objet d’un suivi afin d’étudier la façon dont divers facteurs, comme les changements climatiques et la présence d’espèces envahissantes, influent sur ce paysage en constante évolution.
L’été dernier, Parcs Canada, l’Office de protection de la nature de la région de Lakehead et Conservation de la nature Canada ont uni leurs efforts pour cartographier et inventorier les peuplements de quenouilles à feuilles larges et de riz sauvage dans l’anse. On y trouve également la quenouille à feuilles étroites, une espèce envahissante qui surpasse les espèces indigènes comme le riz sauvage, en formant des parcelles plus denses. La structure du milieu humide ainsi modifiée, il devient difficile pour la faune de trouver de la nourriture, d’échapper aux prédateurs ou de simplement se déplacer.
Alors, comment mesurer les changements dans les communautés végétales comme celle-ci? Eh bien, cher lecteur, pendant trois semaines en août, nous avons formé de petites équipes, puis nous avons parcouru en canot les eaux peu profondes, nos appareils GPS à la main, et arpenté l’anse. Nous avons identifié les nombreuses espèces de plantes indigènes telles que le scirpe, le roseau flottant, la quenouille à feuilles larges, le riz sauvage et bien d’autres. Nous avons relevé la hauteur des plantes, la composition des communautés et les limites des peuplements. Nous étions aussi à la recherche d’espèces végétales envahissantes, dont la quenouille à feuilles étroites et le roseau commun. En raison de la grande taille de l’anse et de la densité végétale rendant la navigation difficile par moments, il aurait été trop long de parcourir l’ensemble du site pour cartographier chaque communauté végétale. Nous avons plutôt enregistré des échantillons des diverses communautés végétales, consigné leur emplacement et recueilli des données pour permettre la réalisation d’études à long terme et aider à guider la classification des images aériennes prises par drones. L’utilisation de drones dans les efforts de surveillance permet au personnel de mieux comprendre les changements du paysage. Il a fallu environ quatre heures pour survoler la totalité des 3,5 kilomètres carrés de la zone et la photographier avec un drone afin de cartographier la végétation présente dans l’anse. Cette opération a été menée deux fois, à l’aide de deux caméras distinctes : d’abord avec une caméra couleur standard, puis avec une caméra multispectrale à dix bandes de couleurs initialement conçue pour évaluer la santé des cultures agricoles. Les deux ensembles de photos ont ensuite été assemblés pour créer une image en mosaïque géoréférencée, aussi appelée orthomosaïque.
Une superposition des points GPS et des trajets relevés en canot sur l’orthomosaïque nous permet de faire correspondre les données recueillies « sur le terrain » avec les couleurs et les textures capturées par les photos. Nous pouvons ensuite utiliser l’information validée pour examiner les endroits inaccessibles et identifier les communautés végétales de la totalité de l’anse pour localiser les peuplements de plantes envahissantes. Cet été, nous retournerons sur place pour un nouveau survol de l’anse en vue d’une nouvelle cartographie de la végétation afin de suivre l’évolution des communautés végétales. Ce suivi régulier aide le personnel et les partenaires à cibler leurs efforts de conservation pour protéger au mieux les plantes et les animaux indigènes de l’anse.
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