Projet d’hébergement patrimonial de Grande-Grave

Parc national Forillon

Le 14 novembre 2022, le gouvernement du Canada procédait à l’annonce d’un projet de presque 9,8 millions de dollars pour la conservation et la mise en valeur de l’héritage patrimonial des familles expropriées de Grande-Grave, un secteur emblématique du parc national Forillon.

L’investissement comprend la conservation et la mise en valeur de bâtiments patrimoniaux, la commémoration de l’histoire des familles expropriées et la création d’une offre d’hébergement distinctive. Élaborée en partenariat avec le Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance, cet projet introduira une expérience enrichissante pour les visiteurs, qui auront l’occasion d’en apprendre davantage sur le passé difficile des familles expropriées ayant vécu à cet endroit au moment de la création du parc. En plus de constituer un bénéfice économique et touristique, cette nouvelle offre aux visiteurs sera l’occasion de faire revivre les traces du passé résidentiel du lieu, de raconter la grande histoire de Grande-Grave et l’incidence positive que les familles expropriées ont eue sur la nation, en plus de constituer une expérience d’appel unique dans la région gaspésienne.

À quoi serviront les 9,8 M$ annoncés ?

Les investissements dans le secteur de Grande-Grave constituent une reconnaissance importante pour les familles expropriées de Forillon et leur descendance. Il s’agit d’un premier pas vers la revitalisation d’un secteur qui fera rayonner la communauté Gaspésienne et qui contribuera au développement touristique de la région.

L’enveloppe fédérale de presque 9,8 M$ permettra de procéder à des restaurations prioritaires, de sauvegarder et de mettre en valeur de douze (12) bâtiments qui composent les ensembles patrimoniaux, lesquels comprennent quatre maisons : Elias-Gavey (blanche), Daniel-Gavey (rouge), Joseph-Gavey (bleue) et Charles-Philip-Bartlett (jaune). Les autres bâtiments sont des granges et des hangars.

Maison Elias-Gavey
Maison Daniel-Gavey
Maison Joseph-Gavey
Maison Charles-Philip-Bartlett
 
Quelle est la valeur patrimoniale de ces bâtiments ?

Ces bâtiments et paysages se trouvent au cœur du Site patrimonial de Grande-Grave, un secteur clé du parc national Forillon où prennent place des activités d’interprétation sur la riche histoire de l’occupation humaine du secteur.

Les maisons Joseph-Gavey (1867) Elias-Gavey (1889-1890) Daniel-Gavey (1915-1916) et Charles-Philip-Bartlett (1906-1907) sont désignées Édifices fédéraux du patrimoine reconnus. Les dépendances, dont le hangar Joseph-Gavey, sont des bâtiments désignés sous la politique de la gestion des ressources culturelles de Parcs Canada.

Les maisons ont été désignées « Édifices reconnus », principalement en raison de leur importance architecturale et environnementale. Elles s’inscrivent dans un étalement de bâtiments à différents niveaux de la côte, caractéristique du paysage culturel du littoral sud de la péninsule de Forillon. Par leur implantation bien adaptée à la topographie du site et leur parenté visuelle avec les autres bâtiments de Grande-Grave, elles en renforcent le caractère actuel, évocateur de l’établissement d’autrefois et s’intègrent harmonieusement au paysage côtier de Forillon.

Ces maisons sont des exemples représentatifs d’une forme d’architecture vernaculaire particulièrement courante à Gaspé. Ce style distinctif combine l’architecture traditionnelle québécoise avec des influences néoclassiques issues des maisons de la Nouvelle-Angleterre. Les maisons Joseph-Gavey, Daniel-Gavey et Elias-Gavey sont des constructions à parement de bois, d’un étage et demi, sur fondations en pierre, toit à deux versants, lucarne-pignon, galerie en façade et cuisine d’été avec tambour d’entrée à l’arrière. La maison Charles-Philip-Bartlett possède, à peu de choses près, les mêmes caractéristiques. Le volume de la cuisine d’été de la maison Charles-Philip-Bartlett est placé sur le côté (au lieu de l’arrière) et est coiffé d’un toit en mansarde.

Ces quatre maisons renvoient au thème de la pêche morutière dans le golfe Saint-Laurent, activité principale et moteur économique de la Gaspésie pendant plusieurs siècles. Elles portent toutes quatre le nom de leur bâtisseur et premier propriétaire, tous originaires des îles Anglo-Normandes. Elles rappellent à ce titre le rôle central des sociétés de marchands-exportateurs de morue dans le peuplement de la région et les dynamiques sociales et économiques qui façonnèrent les établissements de pêche gaspésiens tels que Grande-Grave.

Vue aérienne sur Grande-Grave (trait rouge permettant de distinguer les ensembles Gavey et Bartlett), 1927 (BAnQ, Compagnie aérienne franco-canadienne. E21. Ministère des Terres et Forêts/CAFC no. P1-41)

Maison Elias-Gavey en 1922 (Coll. Musée canadien des civilisations, Fonds-Marius-Barbeau, "Pension Gavey, GrandeGrave"; copie de la coll. de référence du parc national Forillon, no. 11038)

Quelles utilisations veut-on faire de ces bâtiments ?

L’équipe du parc national Forillon travaille depuis plusieurs années à trouver des solutions durables pour conserver et mettre en valeurs ces bâtiments patrimoniaux. De plus, Parcs Canada continue de travailler à l’élaboration d’une voie durable de ses biens et qui favorise leur protection, tout en permettant leur utilisation adaptative à l’avenir et le maintien de leur rôle dynamique et vital dans leurs collectivités.

Les discussions tenues avec les proches partenaires, dont le Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance, ont conclu que le meilleur usage qu’on pouvait faire de ces maisons était d’y développer une offre d’hébergement authentique, dans une optique de développement durable. En plus de ramener la fonction première de ces maisons, soit celle d’y loger des gens, le projet de les utiliser en service d’hébergement permettra de mettre en valeur l’histoire des familles qui les ont habitées.

À l'exception du hangar de l'ensemble Joseph-Gavey qui sera rénové et utilisé comme bâtiment de service technique, la fonction des autres dépendances est à déterminer. Cela nécessitera des discussions et des analyses. La collaboration avec le Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance, le comité de suivi du projet et les autres partenaires, dont le comité consultatif du parc national Forillon et la Nation Micmac de Gespeg, est primordiale.

 
La mise en œuvre du projet – Événement du 16 juillet 2023

Le 16 juillet 2023, Le Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance, des membres des familles expropriées, la communauté ainsi que Parcs Canada se sont réunis pour souligner la mise en œuvre du projet d’hébergement patrimonial de Grande-Grave.

Cet événement fût l’occasion de réunir les familles expropriées, de discuter du projet d’hébergement patrimonial et de communiquer l’état d’avancement de ce dernier. Tout a d’ailleurs été mis en place afin que cet événement soit significatif pour les familles qui ont été expropriées du secteur de Grande-Grave, particulièrement celles qui ont habité les maisons visées par le projet. Pour ce faire, Parcs Canada a travaillé de près avec des descendants, dont les Gavey, afin de proposer un événement qui soit à leur image. Des membres de ces familles présents venaient de partout au pays, dont de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Les gens ont pu échanger et prendre le temps de se souvenir de l’époque où ils habitaient Grande-Grave lors d’un après-midi empreint de musique, de souvenirs et d’hommage à ces familles.

Une quinzaine de personnes prennent la pose devant une maison patrimoniale.

Sur la photo, de gauche à droite : Debbie Phillips, Frédéric Sainte-Croix, Elizabeth Tuzo McGregor, Michel Queenton, Kathleen Langlais, Sarah-Émilie Fournier, Lynn-Ann Smith, Sandy Gavey, L’Honorable Diane Lebouthillier, Larry Gavey, Norman Gavey, Parker Gavey, Hermeline Smith, Marie-Laure Rochefort, Amanda Roberts, Jennifer Roberts, Andrée Bouchard, Élisabeth Lacoursière.

Photo : ricochetdesign.qc.ca / Parcs Canada

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  • Allocution de la famille Gavey, par Amanda Roberts

    Cette allocution a été prononcée originalement en anglais.

    Bonjour, pusu’l, merci, mi’walatl et merci beaucoup pour l’invitation à parler au nom de la famille Gavey. Je suis Amanda Roberts, fille de Cynthia Gavey et de Ronnie Roberts, arrière-petite-fille de George et Ethel West-Gavey. Je suis très fière d’être une descendante de cette famille qui a vécu du côté sud du parc national Forillon pendant des centaines d’années. Les racines de ma mère et de mon père sont très profondes en ce lieu. Il en va de même pour mes oncles Norman et Larry Gavey, Parker le fils de Norman et Linda Gavey, et ma sœur Jenn. Ensemble, nous sommes ici pour apporter notre soutien et participer au travail important qui fera avancer ce projet, tout en respectant le passé.

    J’aimerais commencer par partager une citation de Maya Angelo : « Il n’y a pas de plus grande agonie que de porter en soi une histoire non racontée. » J’ai le grand honneur et le devoir de raconter, en partie, l’histoire de George Gavey et d’Ethel West-Gavey, les derniers propriétaires de cette maison, en recueillant les souvenirs de leurs petits-enfants par l’intermédiaire d’entrevues pour vous les raconter en cette journée importante. Les petits-enfants les appelaient affectueusement grand-mère et grand-père, et c’est ainsi que je les appellerai pour raconter leur histoire.

    Le projet passionnant que nous sommes venus découvrir est la restauration de la maison de Joseph Gavey. Joseph Gavey était le père de George (grand-père).

    Nous sommes aujourd’hui le dimanche 16 juillet 2023. Dans l’esprit de cette journée, prenons un instant pour nous recentrer et laisser notre esprit vagabonder. Remontons le temps jusqu’en 1960, à une époque où le parc national Forillon n’existait pas encore. Une époque où grand-mère et grand-père vivaient dans la communauté de Grande-Grave, dans ce qu’ils appelaient simplement « leur » maison. La vie était centrée sur la famille, le travail à la ferme et la pêche.

    Le bon vieux temps. Ce n’étaient pas des jours faciles, mais ils étaient bons. Ils ne savaient pas encore qu’en l’espace de dix ans, les choses allaient changer et devenir beaucoup plus difficiles. Des décisions seront prises pour eux, qui changeront leur vie, et donc la nôtre, pour les générations à venir.

    Pour vivre ici, il fallait travailler dur. Le « travail » était la responsabilité de tous. L’esprit d’entreprise, l’ingéniosité, la collaboration avec les voisins, l’aide à la communauté et l’apprentissage de la persévérance faisaient partie de l’ADN de grand-mère et grand-père. Permettez-moi de vous assurer que ces traits de caractère sont encore très présents parmi leurs descendants.

    Qui étaient grand-mère et grand-père? C’étaient des gens très gentils. Ils étaient fiers. Ils disaient ce qu’ils pensaient et pensaient ce qu’ils disaient. Ils étaient des gens honnêtes qui prenaient seulement ce dont ils avaient besoin. L’intégrité était leur principal trait de caractère.

    Un dimanche comme celui-ci, leurs petits-enfants arrivaient en courant en passant par la route et à travers les champs. Ils entraient dans la maison par l’arrière-cuisine qui sentait la pâtisserie fraîche, les flans chauds, les gâteaux aux fruits couverts de glaçage aux amandes, le beurre de baratte maison, ainsi que la confiture de prunes préparée par grand-mère à partir des pruniers qui se trouvaient devant la maison. Alors qu’ils passaient de cette salle au salon, les stores étaient baissés en été pour garder la pièce fraîche, car grand-mère avait cueilli des paniers de prunes directement depuis la galerie. Leur salon sentait tellement bon.

    Grand-mère était très fière de ses chapeaux élégants. Le dimanche, il fallait aller à l’église. À l’époque, les femmes devaient se couvrir la tête avec élégance. Certains des petits-enfants se souviennent que « les vieux » (les amis de grand-mère et de grand-père) arrivaient en bateau de l’autre côté de la baie et offraient à grand-mère des chapeaux élégants. Elle était très sociable et emmenait son fils cadet, John, à des soirées dansantes, des thés et des soirées mondaines. Grand-père était un homme tranquille et timide qui préférait rester à la maison.

    Malgré leur fierté et leur élégance, les grands-mères avaient un sens de l’humour étonnant. Grand-mère était connue pour son esprit vif et ses répliques, et elle aimait beaucoup les jeux de cartes. L’un d’entre eux s’appelait Cruts, et personne, surtout pas grand-mère, ne voulait avoir « les cruts ».

    Grand-père était un homme très gentil, timide et au cœur tendre. Oncle Norman se souvient que grand-père fumait le tabac à pipe. D’autres se souviennent qu’il gardait sa pipe et d’autres objets précieux, comme la boussole de son bateau, dans l’arrière-cuisine.

    De nombreux petits-enfants se souviennent de grand-père entrant dans la maison par l’arrière-cuisine, prenant ses jumelles, se dirigeant vers les fenêtres avant, tout en regardant ses filets à saumon pour voir s’il était temps de récolter la délicieuse prise du jour. Ensuite, il se rendait à l’étage, devant les fenêtres donnant sur la baie, où il surveillait l’arrivée des bateaux, et s’il y en avait, il descendait sur son propre bateau et les pilotait en toute sécurité jusqu’au port.

    Joan et Carol se souviennent que tous les dimanches, elles se rendaient chez eux depuis Indian Cove pour le dîner. Tous les dimanches, grand-mère préparait du saumon que grand-père avait pêché. Elles se souviennent de lui avoir dit « pas encore du saumon! » De nombreux petits-enfants ont déclaré que s’ils le pouvaient, ils reviendraient volontiers en arrière mille fois pour partager un repas de saumon avec eux le dimanche.

    À un moment donné, la famille s’est agrandie. Ils ont adopté un chiot nommé Nipper. Il était si petit. Il était suffisamment petit pour que l’une des chattes le toilette et l’allaite. Grand-père s’asseyait dans son fauteuil à bascule préféré, mettait le petit Nipper sur ses genoux et, tout en rendant visite à ses quatre enfants, faisait de petits cercles dans la fourrure de Nipper. Ma mère Cynthia m’a raconté qu’elle se souvenait que lorsque le petit Nipper se levait des genoux de grand-père, il avait une toute nouvelle coiffure de boucles en raison des cercles que grand-père faisait dans sa fourrure. Elle se souvient aussi que grand-père le mettait dans son mocassin pour le garder au chaud et en sécurité.

    Oncle Wayne se souvient qu’ils avaient une magnifique jument nommée Betty. Grand-père faisait seller Betty et partait dans les champs pour commencer à couper le foin. Les petits-enfants les plus âgés avaient le plaisir et la responsabilité d’être à l’arrière de la charrette et de sauter sur le foin pour essayer de l’écraser. Betty avait la tâche la plus difficile, celle de tirer la charrette dans le champ jusqu’à la grange où grand-père la faisait facilement tourner et reculer pour qu’ils puissent monter le foin à la fourche dans le grenier.

    De retour à la maison, oncle Larry se souvient qu’il était assis dans le salon, près de l’orgue de sa grand-mère, et qu’il jouait avec une visionneuse de diapositives et de films. « Le film était placé sur un long morceau de bois mince, comme une règle, et l’on pouvait donner vie aux images à l’aide d’une loupe.

     

    En se promenant dans la maison, on trouve de très belles cuvettes bleues et roses pour se laver, remplies d’eau récupérée dans des tonneaux de pluie, et la pompe située à l’arrière de la maison.

    Debbie se souvient d’être venue de Châteauguay pendant l’été pour rendre visite à sa grand-mère et à son oncle John après le décès de grand-père. Elle adorait aller visiter la maison et se souvient d’une maison très belle, chaleureuse et bien entretenue. Tous les petits-enfants ont raconté comment c’était paisible de s’asseoir devant les fenêtres ou sous la galerie et de regarder la baie.

    À Noël, lorsque les routes n’étaient pas déneigées et que l’Atlantique Nord recevait non pas des centimètres, mais plusieurs pieds de neige, grand-père sortait Betty de la grange, attelait le traîneau en s’assurant que les clochettes étaient bien accrochées aux rênes, et descendait à Indian Cove chercher sa fille Gertie et ses enfants afin qu’ils puissent fêter Noël ensemble. Il les enveloppait dans des couvertures dans le traîneau, s’assurant qu’ils étaient bien au chaud, puis faisait le voyage de retour jusqu’à Grande-Grave. Ils ont dit que c’était vraiment un moment magique.

    Vers le milieu et la fin des années 1960, oncle John et grand-mère achètent une télévision couleur. C’était une grande affaire pour la famille. La première émission qu’ils ont regardée à partir de l’appareil était Bonanza. Oncle Larry se souvient que tout le monde n’était pas très attentif au spectacle, mais commentait plutôt le bleu du ciel et le rouge des chemises des acteurs.

    Grand-mère et grand-père étaient très attachés à leur communauté. J’ai appris qu’ils avaient donné ou vendu le terrain pour construire l’école protestante de Grande-Grave en 1938, où l’on enseignait de la première à la septième année, dans une école d’une seule pièce. En plus, comme si cela n’était pas assez généreux, grand-mère hébergeait les enseignants qui venaient de loin pour éduquer la communauté.

    Passons maintenant aux années 1970 et à l’époque de l’expropriation. C’est à ce moment que les bons souvenirs et l’histoire de notre famille, comme tant d’autres ici, passent de l’affection à la confusion et à la perte, après avoir subi un abus de pouvoir flagrant et plusieurs promesses non tenues de la part des hommes en complet qui ont été envoyés dans la communauté pour négocier, ou plutôt pour intimider les gens afin qu’ils abandonnent leurs maisons, leurs terres et leurs moyens de subsistance. J’ai demandé aux petits-enfants s’ils souhaitaient échanger leurs souvenirs de leur enfance ici et de leurs grands-parents. Chaque fois, les premiers souvenirs évoqués concernaient l’expropriation. J’ai entendu parler de l’importante douleur, qui, pour beaucoup, s’est transformée en colère à la suite de l’énorme perte qu’ils ont subie.

    C’est le moment maintenant de reconnaître certaines vérités douloureuses. J’ai appris que grand-mère et grand-père, ainsi que l’ensemble de la communauté, n’ont pratiquement rien reçu en échange de leurs maisons, de leurs terres et de leurs moyens de subsistance. Leur mode de vie n’était tout simplement pas respecté. Grand-mère et grand-père, ainsi que beaucoup d’autres membres de la communauté, étaient considérés comme des gens simples, menant une vie simple. Peu d’entre eux avaient reçu une éducation formelle, même s’ils étaient RICHES en apprentissages par l’expérience. Il s’agissait de personnes naïves et qui étaient malheureusement très faciles à exploiter.

    Oncle Larry se souvient d’avoir quitté Grande-Grave le jour de son 11e anniversaire pour emménager dans la maison que Franklin et Gwenny avaient construite à Rosebridge. Il note que « la maison n’était même pas encore terminée », mais « qu’ils DEVAIENT partir », car les hommes en complet menaçaient les autres voisins qui, selon eux, ne partaient pas assez vite. On m’a raconté qu’une famille avait refusé de quitter sa maison, si bien que les hommes en complet ont mis le feu à la maison du voisin pour intimider et contrôler cette famille.

    Le souvenir suivant m’a coupé le souffle. J’en suis restée bouche bée. La douleur de mon oncle était palpable.

    Tout d’abord, je voudrais vous rappeler la boussole du bateau de grand-père et la façon dont il la conservait à côté de sa pipe et de son tabac dans l’arrière-cuisine. Il avait fait don de la boussole à oncle Philip. C’était vraiment un objet inestimable. Oncle Philip gardait la boussole dans sa pièce du fond. Souvent, les hommes en complet, parfois accompagnés des forces de l’ordre, venaient dans les maisons et prenaient les biens qu’ils désiraient posséder. Au cours du déménagement, la boussole a disparu. On a dit à oncle Philip qu’il avait dû la perdre, car on ne l’avait trouvée nulle part.

    Il y a quelque temps, oncle Philippe a fait un voyage avec sa femme Isabelle. Alors qu’ils visitaient le secteur nord et le centre d’interprétation, la boussole de grand-père se trouvait là, dans une vitrine, parmi d’autres objets! La colère et une incroyable douleur ont refait surface. Il a dû partir. Il ne pouvait plus regarder un artefact de plus, ou un tableau de l’histoire du peuple. C’était trop pour lui. Lorsque je lui ai demandé ce qu’il pensait être le plus important à partager avec vous, il a déclaré ceci : « Le parc a déjà volé les moyens de subsistance et les terres de ma famille, mais il ne volera plus jamais mes souvenirs! »

    J’aimerais maintenant revenir sur ce dimanche très important et expliquer pourquoi « ce jour » est si important pour nous tous. Environ six mois avant son décès, ma grand-mère, Gwenny Roberts-Gavey, qui était mariée à Franklin, le fils de George et d’Ethel, m’a raconté l’histoire de son expropriation. Elle m’a pris affectueusement par la main et le poignet et m’a dit que l’expropriation avait dépossédé plus d’une famille de leur maison. Ces gens ont perdu leurs moyens de subsistance, leur raison d’être, leur communauté, leur culture et leur propre sentiment de paix profonde, tout cela pour créer un parc national. Elle m’a ensuite dit qu’elle était « trop proche » (c’est-à-dire de la douleur de l’expropriation) et que je faisais maintenant partie de la « génération de la guérison ».

    Debout avec vous aujourd’hui, je peux clairement entendre ses mots comme un appel à l’action pour les descendants immédiats et les générations futures des peuples expropriés. Notre histoire (notre vérité), racontée par Hermeline Smith-Simon, Debbie Philips, LynnAnn Smith, le comité du Regroupement de personnes expropriées de Forillon, est cruciale et doit être racontée. Lorsque l’équipe du parc national Forillon a pris contact avec notre famille, les choses se sont passées différemment. Il y a maintenant un esprit de collaboration, de curiosité et de respect de leur part. Je crois que nous avons les conditions parfaites pour commencer le travail de guérison, exactement ce à quoi ma grand-mère faisait référence.

    Je termine par une autre citation de Maya Angelou : « Faites du mieux que vous pouvez jusqu’à ce que vous appreniez une meilleure façon. Lorsque vous aurez appris une meilleure façon, vous ferez mieux. »

    Aucun d’entre nous ne peut revenir en arrière. Nous pouvons cependant tous, collectivement, CHOISIR de faire mieux!

    Au nom de la famille Gavey, nous vous remercions encore et nous sommes profondément reconnaissants. Nous sommes impatients de « faire mieux », à vos côtés!

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Consultez le communiqué de presse diffusé à la suite de l'événement

Quel est l'état d'avancement du projet ?

Suivant l’annonce de novembre 2022, l’équipe de Parcs Canada a amorcé un travail de réflexion et de planification en étroite collaboration avec le Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance et des membres des familles expropriées directement concernées par le projet. Ce travail a permis de jeter les bases de ce grand projet. Il reste encore beaucoup de détails à attacher à cette étape-ci, mais nous avançons, ensemble.

Voici les grandes lignes de ce qui a été entrepris :

2022 et 2023

  • Mise sur pied d’un comité de suivi externe pour le projet. Ce comité est formé de représentants du Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance et de membres de familles directement concernées par le projet.
  • Travail pour documenter la généalogie et l’histoire des familles de Grande-Grave associées aux ensembles bâtis conservés.
  • Documentation de différents aspects techniques des bâtiments et du site par des inspections, des relevés architecturaux et patrimoniaux et des avis archéologiques.
  • Développement des plans et devis de la maison Joseph-Gavey et du concept d’aménagement et du design d’intérieur. La maison Joseph-Gavey est la première maison sur laquelle des travaux seront effectués. Rappelons qu’en 2018, Parcs Canada a effectué des interventions sur la fondation et la structure de cette maison. Les travaux prévus dans le cadre du présent projet sont complémentaires et vont au-delà de ceux entrepris jusqu’ici. De plus, il est important de mentionner que nous comptons tirer profit de l’expérience qui sera acquise sur ce chantier pour guider les interventions sur les autres bâtiments.
  • Restauration des fenêtres des maisons Joseph-Gavey et Elias-Gavey.
  • Conception des systèmes de traitement des eaux usées et d’alimentation en eau potable.
  • Conception et construction des chemins d’accès et des stationnements des maisons.
  • Caractérisation de contaminants et de matière dangereuse ainsi que la décontamination requise dans les maisons.

À venir :

  • Poursuite de la construction des chemins d’accès et des stationnements des maisons.
  • Ouverture du chantier pour la conservation de la maison Joseph-Gavey (été 2024).
  • Développement des plans et devis et du concept d’aménagement et du design d’intérieur de la maison Elias-Gavey.
  • Développement des plans et devis du hangar de la maison Joseph-Gavey afin de le convertir en bâtiment de services techniques.
  • Planification des actions de conservation pour les maisons C.P.-Bartlett et Daniel-Gavey.
Dessin d’artiste qui illustre assez fidèlement le projet.
Construction des chemins d’accès.

 

Restauration d’une fenêtre de la maison Joseph-Gavey
Restauration d’une fenêtre de la maison Joseph-Gavey
Fenêtre restaurée de la maison Elias-Gavey
 
Quelle place ont les partenaires, dont le Regroupement de personnes expropriées et leur descendance, dans le développement du projet ?

Pour Parcs Canada, la réussite d’un tel projet passe d’abord par l’implication du Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance. Un travail de réflexion amorcé avec les représentants du Regroupement est en cours depuis plusieurs années concernant l’avenir des maisons du secteur de Grande-Grave. En 2018, un plan d’affaires a été développé avec eux afin de trouver un projet porteur et viable pour les maisons du secteur de Grande-Grave. L’idée d’utiliser les maisons pour des fonctions d’hébergement avait alors été présentée et retenue. Cela est conforme au rôle de Parcs Canada de protéger et de mettre en valeur les lieux patrimoniaux, tout en permettant une utilisation adaptative du patrimoine bâti et un rôle dynamique et vital continu dans leurs communautés.

Depuis que le parc national Forillon a obtenu des fonds pour aller de l’avant avec le projet, un comité de suivi formé de représentants du Regroupement et de représentant de familles expropriées directement concernées par le projet a été mis sur pied. D’autres partenaires, comme le comité consultatif du parc, est également partie prenante des discussions. Parcs Canada veut s’assurer que le projet développé soit le fruit d’une vision partagée et validée à chacune des étapes.

 
Comment les familles du secteur de Grande-Grave peuvent-elles contribuer ?
Joseph, Jane, Franklin et Gertrude Gavey, sur la galerie de la maison Joseph-Gavey house. Collection Larry Gavey.

 

En plus d’évoquer la fonction première des maisons Gavey et Bartlett, soit celle de loger des gens, le projet de les convertir en lieu d’hébergement authentique vise à mettre en valeur l’histoire des familles qui les ont habitées. Pour ce faire, nous sollicitons la collaboration des familles qui habitaient autrefois le secteur de Grande-Grave pour trouver des photos ou des objets témoignant de leur histoire familiale et/ou de la vie avant la création du parc. À travers ces souvenirs, nous souhaitons en apprendre davantage afin de mieux raconter l’histoire de ces personnes.

Cet appel vise spécifiquement les descendants des familles ayant habité les maisons concernées par le projet :

  • Maison Elias-Gavey (dont le dernier propriétaire était M. Samuel Norman Roberts).
  • Maison Joseph-Gavey (dont le dernier propriétaire était M. John Barry West Gavey, fils de M. George Harold Gavey et de Mme Ethel Jane West).
  • Maison Daniel-Gavey (dont le dernier propriétaire était M. Wayne Franklin Gavey).
  • Maison Charles-Philip-Bartlett (dont la dernière propriétaire était Mme Maude Amelia Bartlett, épouse de M. Phillip Stanley Hotton).
  • Des membres de votre famille ont habité ces maisons et vous souhaitez vous impliquer en joignant un comité formé pour assurer le bon développement du projet? Vous avez des photos ou des objets témoignant des histoires familiales et/ou de la vie avant la création du parc?

    Joignez-nous dès maintenant par courriel à l’adresse caidensimon1@gmail.com ou par téléphone au 418 368-5505 pour nous signifier votre intérêt.

     
    Ce projet est-il une priorité du plan directeur du parc ?

    Le plan directeur du parc national Forillon (2022) fait l’objet d’une approche de gestion consacrée au secteur de Grande-Grave. Déjà, le plan directeur de 2010 proposait de consacrer le secteur de Grande-Grave comme pôle majeur pour la mise en valeur des anciens villages du parc, afin de reconnaitre le legs laissé par les occupants antérieurs de ce territoire. Ceci a notamment engendré une réflexion plus approfondie sur la vocation du secteur et des besoins pour assurer sa conservation et son rayonnement.

    Lors des consultations publiques menées dans le cadre du processus de renouvellement du plan directeur (2020-2022), une grande majorité de répondants nous a clairement indiqué qu’ils voulaient voir l’intégrité physique des bâtiments et des ouvrages patrimoniaux à Grande-Grave s’améliorer afin de conserver leur valeur patrimoniale. Ils ont également mentionné vouloir qu’une fonction d’utilisation soit attribuée aux bâtiments. Considérant ceci, le projet proposé de conservation et de mise en valeur des bâtiments patrimoniaux du secteur de Grande-Grave cadre avec les orientations du plan directeur. Cela correspond bien à l’un des rôles de Parcs Canada qui est d’offrir un espace où les Canadiens et Canadiennes peuvent en apprendre sur l’histoire du Canada selon divers points de vue, et partager leurs propres histoires. De plus, la création de programmes et de services nouveaux et novateurs permet à plus de Canadiens et Canadiennes, y compris les jeunes et les nouveaux arrivants, de faire l’expérience du plein air et d’apprendre au sujet de l’histoire.

     

     

    Un devoir de Mémoire

    Beaucoup de chemin a été parcouru depuis la création du parc. Il y a des décennies, on n’aurait jamais cru possible l’esprit de collaboration qui caractérise aujourd’hui les actions entreprises à Forillon.

    Consultez la section sur le contexte de création du parc national Forillon pour en apprendre davantage sur le sujet

    Maison patrimonial et ses bâtiments à flanc de côteau au coucher de soleil

    La maison Blanchette

    Date de modification :