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Le système des aboiteaux

La reconstruction d’un aboiteau au lieu historique national de Grand-Pré. © Parcs Canada / Meghann Jack

Pour la semaine du lundi 18 septembre 2023

Le 22 septembre 1997, le système des aboiteaux est désigné événement historique national par le gouvernement du Canada. L’utilisation des aboiteaux est un exemple d’assèchement du paysage - une ancienne technique de drainage des terres utilisée en Europe que les colons acadiens ont adaptée aux conditions environnementales de la baie de Fundy au XVIIe siècle.

Depuis longtemps, les peuples autochtones comptent sur les zones de marée pour se nourrir, puisqu’elles regorgent d’anguilles et d’autres poissons, de crustacés, de faune aquatique et de plantes, dont le riz sauvage et la spartine. Les colons provenant des régions maritimes de l’Europe comprennent eux aussi l’importance des animaux et des végétaux des marais intertidaux. Ils trouvent les moyens de construire des digues munies d’une dalle de drainage (écluse) et d’un clapet, appelées aboiteaux en Acadie, qui empêchent la marée d’atteindre les hauts marais et en évacuent l’eau afin de pouvoir cultiver ces terres riches en nutriments.

D’après les registres, les colons acadiens, que l’on appelle alors des défricheurs d’eau, construisent le premier aboiteau à Port‑Royal, un établissement français dans le Mi’kma’ki, territoire traditionnel non cédé des Mi’kmaq. À mesure que la population acadienne augmente, de nouveaux établissements sont fondés dans les marais de Chignecto (Beaubassin) et du bassin Minas (Grand Pré). La construction des aboiteaux à ces endroits n’est pas une tâche facile, puisqu’il faut lutter contre les plus hautes marées au monde. En effet, deux fois par jour, des marées atteignant jusqu’à 12 mètres de haut vont et viennent dans les marais de la baie de Fundy. Les Acadiens construisent les aboiteaux dans les parties les plus basses des marais pour empêcher que les marées viennent inonder les zones en amont et prolongent les digues jusqu’à ce qu’ils aient ceinturé pratiquement tout le marais. L’eau douce qui s’accumule derrière la digue est drainée grâce à l’aboiteau, une dalle de drainage (ou écluse) en bois qui traverse la digue. Dans l’écluse, du côté de la mer, il y a une porte à charnière (ou clapet) qui s’ouvre automatiquement pour laisser l’eau douce s’évacuer lorsque la marée est basse et qui, lorsque la marée monte, reste fermée par la pression qu’exerce l’eau.

La première étape de la construction d’un système de drainage à aboiteaux consiste à bâtir une digue, c’est-à-dire une levée qui mesure plusieurs mètres de hauteur et est faite de mottes de pré, d’argile et de broussailles, puis est recouverte de gazon. Munis de pelles, de fourches et de haches, tous les membres de la communauté prêtent main-forte pour construire la digue. Cette collaboration contribue à forger un fort sentiment de communauté et d’identité. Ensuite, le côté faisant face à la mer est recouvert d’herbes des marais pour protéger la digue contre l’érosion provoquée par les vagues. À l’origine, on utilise un tronc d’arbre évidé pour former la dalle. Une fois que l’eau de la mer ne peut plus atteindre les parties les plus hautes du marais, il faut compter jusqu’à cinq ans pour que l’eau douce emporte le sel qui se trouve dans le sol et que la terre soit propre à la culture, c’est ce qu’on appelle le dessalement. Par la suite, le sol riche en nutriments produit d’excellentes cultures de foin et de céréales, tandis que la spartine est récoltée dans les marais non cultivés pour nourrir le bétail.

Les marais de l’Acadie sont intégrés à la Nouvelle-Écosse britannique en 1713. Le territoire continue de faire l’objet de disputes jusqu’en 1755, année à laquelle une grande partie de la population acadienne est expulsée de force de la colonie. On trouve encore des aboiteaux dans les Maritimes et ceux-ci sont devenus un symbole de l’identité, de l’ingéniosité et de la résilience des Acadiens.


Dans La récolte, un tableau de Claude Picard, on peut voir un aboiteau en arrière-plan et des familles acadiennes récoltant du foin des marais. © Parcs Canada/ Claude Picard / 2006

Le système des aboiteaux est désigné événement historique national en 1997. Port-Royal, Grand-Pré, et Beaubassin sont désignés lieux historiques nationaux en 1923, en 1982, et en 2005, respectivement. La Commission des lieux et monuments historiques du Canada (CLMHC) conseille le gouvernement du Canada sur la commémoration d’événements historiques nationaux, qui évoquent des moments, des épisodes, des mouvements ou des expériences importants de l’histoire du Canada, et sur celle de lieux historiques nationaux, qui peuvent englober une vaste gamme de lieux patrimoniaux, dont des jardins, des cimetières, des groupements de bâtiments et des paysages culturels.

Le Programme national de commémoration historique repose sur la participation des Canadiens pour identifier des lieux, des personnes et des événements d’importance historique nationale. Tout membre du public peut proposer un sujet pour considération à la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Voyez comment participer à ce processus.


Apprenez-en plus au sujet de l’approche de Parcs Canada sur l’histoire publique en consultant Le cadre pour l’histoire et la commémoration (2019) sur notre site web.
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