Cette semaine en histoire

Helena Gutteridge (1879-1960)

Helena Gutteridge, vers 1911. © Archives de la Ville de Vancouver / AM54-S4-2-: CVA 371-2693

Pour la semaine du 12 janvier 2026. 

Le 12 janvier 2010, le gouvernement du Canada a désigné Helena Gutteridge comme personnage historique national. Suffragette, syndicaliste et politicienne municipale, celle-ci a joué un rôle important dans les mouvements féministe et syndical du début du XXe siècle à Vancouver, en Colombie-Britannique.

Helena Rose Gutteridge naît le 8 avril 1879 à Londres, en Angleterre. Issue d’une famille ouvrière, elle quitte le domicile familial à l’âge de 14 ans afin de travailler dans le secteur de la confection. Au cours des dix années suivantes, elle gravit les échelons jusqu’à atteindre le poste de coupeur, une fonction respectée et généralement occupée par des hommes. Dès 1906, elle milite dans le mouvement féministe, en tant que membre de la Women’s Social and Political Union dirigée par les Pankhurst, où elle apprend à s’exprimer en public. Même si comme la plupart des autres suffragettes, elle partage un héritage européen occidental, elle se distingue dans un mouvement dominé par les femmes de la classe moyenne, et ce tant en Grande-Bretagne qu’au Canada, par son appartenance à la classe ouvrière.

En 1911, Gutteridge quitte l’Angleterre avec un groupe de suffragettes à destination du Canada. Elle arrive à Vancouver le 21 septembre. La ville, point d’arrivée du chemin de fer du Canadien Pacifique complété en 1885, voit sa population passer d’environ 13 000 habitants en 1891 à plus de 100 000 en 1911. Le recensement canadien de 1911 fait état de 6 452 femmes salariées à Vancouver (soit 12,7 % de la population active totale). Gutteridge gagne rapidement sa place dans le secteur de la confection et devient en 1913 membre de la Journeymen Tailors’ Union of America ainsi que de la Vancouver Trades and Labour Union, organisation dont elle devient la première femme à siéger au conseil d’administration en 1914.

Gutteridge est une porte-parole de premier plan pour les femmes au sein du mouvement syndical, qui est largement dominé par les hommes. Elle se bat pour l’adoption de lois sur le salaire minimum, pour l’amélioration des conditions de travail et pour assurance chômage pour les femmes. Peu de temps après son arrivée au Canada, soit vers 1911, elle adhère à la British Columbia Political Equality League et au Vancouver Local Council of Women. Elle crée l’Evening Work Committee et la Women’s Employment League, qui visent respectivement les femmes de la classe ouvrière et les chômeuses. Dans le cadre de la campagne en faveur du droit de vote des femmes, elle contribue à l’unification des organisations féministes au sein de l’United Suffrage Societies of Vancouver. Grâce à cette campagne, les Britanno-Colombiennes d’origine européenne obtiennent, en avril 1917, le droit de vote. Toutefois, les Peuples autochtones et les Canadiens d’origine asiatique n’obtiennent pas ce droit.

En octobre 1919, Gutteridge épouse James Purvis Oliver (Ollie) Fearn. Deux ans plus tard, le couple s’installe dans une ferme avicole à Mount Lehman, dans la vallée du Fraser. Leur mariage est annulé en 1928. Quatre ans plus tard, Gutteridge retourne à Vancouver où elle reprend ses activités au sein des milieux syndicaux et féministes. Après 1935, elle travaille comme organisatrice de parti et occupe diverses fonctions au sein de la Co-operative Commonwealth Federation (CCF), une coalition de groupes syndicaux, agraires et socialistes. Elle est notamment secrétaire-trésorière de la conférence sur le chômage, qui a été organisée par la CCF en réponse à la Grande Dépression. En 1937, Gutteridge, qui représente la CCF, devient la première femme élue au conseil municipal de Vancouver. À ce titre, elle milite en faveur des logements à loyer modique jusqu’à sa défaite électorale de 1940.

Après avoir perdu une autre élection en 1941, Gutteridge travaille comme gestionnaire des services de bien-être social dans un camp d’internement pour les Canadiens d’origine japonaise près de Slocan, en Colombie-Britannique. Camp, où, en pleine montée du racisme anti-asiatique, le gouvernement regroupe les personnes expulsées de force de la côte du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Par ce geste, elle espère ainsi aider les personnes d’origine japonaise. Par la suite, elle retourne à Vancouver et à son travail au sein de la CCF, où elle devient membre de son conseil provincial des femmes. Jusqu’à sa mort, le 3 octobre 1960, elle continue à défendre les travailleuses.

Helena Gutteridge est désignée personnage historique national en 2010. La Commission des lieux et monuments historiques du Canada conseille le gouvernement du Canada sur la commémoration de personnages historiques nationales – des individus qui ont apporté des contributions uniques et durables à l’histoire du Canada.

Le Programme national de commémoration historique repose sur la participation des Canadiens et des Canadiennes pour identifier des lieux, des personnes et des événements d’importance historique nationale. Tout membre du public peut proposer un sujet à la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Voyez comment participer à ce processus.

 


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