Publié initialement le 11 septembre 2023.
Le 14 septembre 2014, le Fonds de souvenirs de guerre canadiens est désigné événement historique national par le gouvernement du Canada. Créé pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918) par William Maxwell Aitken (lord Beaverbrook), le Fonds est le premier programme d’art militaire du Canada et institue la pratique d’illustrer l’expérience de guerre canadienne au moyen d’œuvres d’art.
Né à Maple, en Ontario, en 1879, Aitken grandit à Newcastle (Miramichi), au Nouveau-Brunswick; il a déjà la réputation de financier controversé lorsqu’il déménage avec sa famille à Londres, en Angleterre, en 1900, et fait ses débuts en politique britannique. Au cours de la Première Guerre mondiale, il représente le gouvernement canadien en Grande-Bretagne à titre d’observateur officiel du Canada et dirige la création du Bureau canadien des archives de guerre en 1916. Aitken a accès à une foule de documents officiels, dont des cartes et des photographies, que le Bureau canadien des archives de guerre recueille à Londres et utilise à des fins de propagande.
Il se rend rapidement compte qu’il existe très peu de représentations visuelles des Canadiens au front, y compris de la deuxième bataille d’Ypres ou des batailles de Festubert, de Saint-Éloi et de Givenchy, où les troupes canadiennes se sont distinguées. En fait, peu de véritables photographies ont subsistées, et les illustrations forgées abondent. D’autres pays envoient des artistes pour rendre compte de la guerre, dont l’Allemagne et l’Autriche (1914), la France (1916) et la Grande-Bretagne (1916). Le Canada suit le mouvement en créant le Fonds de souvenirs de guerre canadiens en novembre 1916.
Le Fonds de souvenirs de guerre canadiens engage contre rémunération 116 hommes et femmes de différentes nationalités à titre d’artistes de guerre. Ceux-ci utilisent différentes formes d’art, de la peinture à l’huile et à l’aquarelle en passant par le dessin au fusain, le croquis, la sculpture et la lithographie, entre autres. Le style des œuvres varie grandement, du traditionnel au moderne sans oublier l’impressionnisme et le cubisme, par exemple, et le sujet des œuvres varie tout autant.
Certains artistes illustrent les activités sur le front intérieur. C’est le cas de Frances Loring, de Florence Wyle et d’Henrietta Mabel May dont les œuvres représentent des Canadiennes participant aux travaux industriels et agricoles pour soutenir l’effort de guerre. D’autres artistes accompagnent les troupes canadiennes outre-mer. S’ils ne sont pas déjà soldats, le gouvernement veille à ce qu’ils aient un grade militaire et leur fournit les uniformes et ressources nécessaires. Parmi ceux-là, on compte A. Y. Jackson, qui fera ultérieurement partie du célèbre Groupe des Sept. En 1917, il parcourt les régions rurales de la Belgique et de la France afin de peindre les paysages dévastés du front occidental. Même s’ils restent généralement à une distance sécuritaire du champ de bataille, les artistes se retrouvent parfois sous les tirs de l’ennemi. Le Fonds de souvenirs de guerre canadiens acquiert également des œuvres produites par des soldats, comme celle de William Topham intitulée An Artist’s Home on the Somme qui dépeint son « studio » dans les tranchées en 1916.
Le Fonds de souvenirs de guerre canadiens commandera près de 1 000 œuvres d’art. Plusieurs sont exposées au Canada, aux États-Unis et en Grande-Bretagne après la guerre et suscitent beaucoup d’enthousiasme. Elles sont ultérieurement intégrées dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada et rarement vues du public, jusqu’à leur transfert au Musée canadien de la guerre en 1971. Aujourd’hui, bien des œuvres ont été restaurées et sont présentées dans le cadre d’expositions permanentes et itinérantes au Canada.