Événement historique national de la contestation judiciaire Quong Wing (1912-1914)

Carte postale présentant une vue de Moose Jaw depuis Main Street, en direction du nord-ouest, vers 1910
Carte postale représentant une vue de Moose Jaw depuis la rue Main, orientée vers le nord-ouest, vers 1910
© Lewis Rice / Rice's Studio Collection / Service des archives de la bibliothèque publique de Moose Jaw / Domaine public

La contestation judiciaire Quong Wing (1912-1914) a été désignée comme un événement historique national en 2024.

Importance historique : un exemple des efforts inlassables déployés par les Canadiens d’origine chinoise pour lutter contre la discrimination raciale dans les tribunaux au début du XXe siècle.

Plaque commémorative : pas de plaque installéeFootnote 1

La contestation judiciaire Quong Wing (1912-1914)

La contestation judiciaire Quong Wing (1912-1914) est un exemple des efforts inlassables déployés par les Canadiens d’origine chinoise pour lutter contre la discrimination raciale dans les tribunaux au début du XXe siècle. Quong Wing conteste sa déclaration de culpabilité en vertu de la loi intitulée An Act to Prevent the Employment of Female Labour in Certain Capacities (Loi interdisant l’emploi de travailleuses dans certaines fonctions), déposée en Saskatchewan en 1912, qui lui interdit d’employer des femmes identifiées comme « blanches » à son restaurant à Moose Jaw. Finalement, les tribunaux confirment la constitutionnalité de la Loi, ce qui révèle les limites du système judiciaire face au racisme institutionnel.

En 1912, la Saskatchewan dépose une Loi qui interdit à toute personne d’ascendance asiatique d’employer ou d’héberger une femme ou une fille blanche au risque d’encourir jusqu’à 100 $ d’amende ou d’être condamnée à deux mois d’emprisonnement. Des lois semblables sont adoptées au Manitoba (1913-1940), en Ontario (1914-1947) et en Colombie-Britannique (1919-1968). La Saskatchewan modifie sa loi en 1913 afin qu’elle ne s’applique qu’aux personnes d’origine chinoise. Cette disposition législative reflète des croyances sexistes et racistes communes selon lesquelles les femmes blanches doivent être protégées des hommes chinois. Le racisme contre les Chinois est largement répandu au sein de la société canadienne, ce qui encourage les gouvernements fédéral et provinciaux à exclure les personnes d’origine chinoise ainsi qu’à limiter leurs droits et libertés au début du XXe siècle.

Peu après l’entrée en vigueur de la Loi en 1912, la police accuse Quong Wing d’employer Nellie Lane et Mabel Hopham comme serveuses dans son restaurant, le CER Restaurant, au coin des rues Main et Manitoba à Moose Jaw. Quong Wing interjette appel de sa condamnation. L’avocat de la défense soutient que la Loi ne peut pas être appliquée, puisqu’elle ne donne pas les définitions sur lesquelles elle repose. Du même coup, il remet en question la croyance populaire que les identités ethniques ont un fondement biologique et sont immuables et facilement identifiables. Le magistrat de police de la Ville de Moose Jaw rejette ces arguments et accepte sans discernement que Quong Wing soit identifié comme « Chinois », ce qui l’assujettit à la Loi.

 

Vue de la rue Main, Moose Jaw, Saskatchewan, vers 1910-1913
Vue de la rue Main, Moose Jaw, Saskatchewan, vers 1910-1913
© Lewis Rice / Rice's Studio Collection / Service des archives de la bibliothèque publique de Moose Jaw / Domaine public
Vue des rues Main et Manitoba, Saskatchewan, vers 1910-1913
Vue de la rue Main et Manitoba, Moose Jaw, Saskatchewan, vers 1910-1913
© Lewis Rice / Rice's Studio Collection / Service des archives de la bibliothèque publique de Moose Jaw / Domaine public
 

Quong Wing interjette appel de sa condamnation, avec le support de la communauté chinoise, mais celle-ci est confirmée par la Cour suprême de la Saskatchewan (1913) et la Cour suprême du Canada (1914). Plus tard en 1914, le Comité judiciaire du Conseil privé en Angleterre refuse d’entendre tout autre appel. Face à des pressions diplomatiques de la Chine et à l’opposition manifestée par la communauté chinoise de la Saskatchewan, le gouvernement provincial supprime toute référence explicite à l’identité ethnique des employeurs dans la Loi en 1919 lorsqu’il oblige les restaurants et les blanchisseries à obtenir un permis spécial pour embaucher des femmes blanches. À la suite d’autres contestations judiciaires, la Saskatchewan remplace la Loi par une autre intitulée An Act respecting the Employment of Female Labour (Loi sur l’emploi de travailleuses) en 1926, qui accorde aux municipalités le pouvoir d’octroyer ou de refuser un permis pour n’importe quelle raison. Cette nouvelle loi est modifiée plusieurs fois, mais n’est révoquée qu’en 1969.

« La désignation de la contestation judiciaire de Quong Wing (1912-1914) comme événement historique national reconnaît le refus d’un homme d’affaires sino-canadien d’accepter une loi raciste lui interdisant d’employer des femmes « blanches » dans son restaurant de Moose Jaw. Sa condamnation a été confirmée par plusieurs tribunaux supérieurs, révélant les limites d’un système judiciaire ancré dans le racisme institutionnel. Nous tenons à défendre la justice, même si le chemin qui y conduit est long. »

Dre Helen Chang, M.D. FCFP M.Éd.
Directrice, Chinese Cultural Society of Saskatchewan et promotrice de la désignation

La présente fiche d’information a été rédigée au moment de l’annonce ministérielle en 2025.

Le Programme national de commémoration historique repose sur la participation des Canadiens afin d’identifier les lieux, les événements et les personnages d’importance historique nationale. Tous les membres du public peuvent proposer un sujet afin qu’il soit étudié par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

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