Personnage historique national de Chanie Wenjack (1954–1966)

Personnage historique national de Chanie Wenjack, vers 1965
Chanie Wenjack, vers 1965
© Permission du Gord Downie & Chanie Wenjack Fund

Chanie Wenjack a été désigné personnage historique national en 2025.

Importance historique : l'histoire de sa vie d’élève au pensionnat indien Cecilia Jeffrey et de sa mort découlant de sa fugue de l’établissement témoigne des expériences de milliers d’enfants incarcérés dans le système des pensionnats indiens.

Plaque commémorative : pas de plaque installéeFootnote 1

Chanie Wenjack (1954–1966)

Chanie Wenjack est un garçon anishinaabe de la Première Nation de Marten Falls, dans le Nord de l’Ontario, qui réside pendant trois ans au pensionnat indien Cecilia Jeffrey, près de Kenora. Sa vie d’élève au pensionnat et sa mort découlant de sa fugue de l’établissement témoignent des expériences de milliers d’enfants incarcérés dans le système des pensionnats indiens qui, poussés par la solitude, la maltraitance et le désespoir, se sont enfuis pour essayer de retourner au foyer familial. Il se distingue toutefois des milliers d’enfants qui se sont enfuis parce que l’histoire de sa vie et de sa mort est amplifiée à l’époque par les procédures officielles et la couverture médiatique nationale.

Chanie Wenjack naît le 19 janvier 1954 et grandit à Ogoki Post, qui fait partie de la Première Nation de Marten Falls, dans le Nord de l’Ontario. Il passe les neuf premières années de sa vie dans sa communauté, auprès de sa famille, apprenant les rudiments de la chasse, de la pêche et du piégeage en compagnie de son père, jouant avec ses frères, sœurs et cousins qui n’ont pas encore quitté la communauté pour aller au pensionnat et étant élevé selon les philosophies de la parentalité douce qui sont au cœur de la culture anishinaabe. Comme il n’y a pas d’externat dans la communauté, Chanie et ses frères et sœurs sont envoyés au pensionnat Cecilia Jeffrey situé près de Kenora, à plus de 600 kilomètres d’Ogoki Post. Ouvert en 1929, ce pensionnat est dirigé par l’Église presbytérienne et financé par le gouvernement fédéral. Dans les années 1960, tandis que le gouvernement du Canada passe à un modèle d’éducation des Autochtones basé sur l’intégration plutôt que sur l’assimilation, le pensionnat Cecilia Jeffrey sert de résidence aux 150 enfants autochtones qui fréquentent les écoles publiques environnantes. Wenjack habite au pensionnat et fréquente l’école publique Rabbit Lake.

Le 16 octobre 1966, Wenjack et deux amis s’enfuient du pensionnat, ne portant que des vêtements légers en coton. Les trois garçons parcourent 31 kilomètres à pied la première journée et passent la nuit dans la maison d’un inconnu, qui les nourrit et les laisse dormir sur le plancher. Le lendemain, ils se rendent chez l’oncle des deux autres garçons. Le 19 octobre, l’oncle emmène ses neveux à sa ligne de piégeage et Wenjack poursuit sa route vers Ogoki Post, qui se trouve encore très loin. Il n’a avec lui qu’un pot en verre contenant des allumettes. Wenjack marche le long de la voie ferrée du Canadien National, sous la pluie verglaçante et la neige, pendant encore 19 kilomètres. C’est un mécanicien de train qui découvre son corps à côté de la voie ferrée, le 23 octobre. La famille de Wenjack demande que son corps soit envoyé à Ogoki Post et, malgré le refus initial du ministère des Affaires indiennes, la mère de Wenjack et plusieurs de ses sœurs accompagnent finalement la dépouille jusqu’au foyer familial. Il avait 12 ans. Chanie Wenjack est enterré le 27 octobre 1966.

Les événements entourant la mort de Wenjack entraînent une enquête du coroner puis une enquête ministérielle sur les conditions au pensionnat Cecilia Jeffrey. Peu après le drame, Pearl, l’une des sœurs de Wenjack, entreprend de raconter ce que son frère a vécu. Depuis les dernières années, la vie et la mort de Wenjack suscitent un grand intérêt à l’échelle nationale. Des artistes et organismes autochtones et non autochtones relatent l’histoire de Chanie Wenjack pour sensibiliser les Canadiens à l’histoire des pensionnats pour Autochtones et aux séquelles qu’ils ont laissées.

« L’histoire de notre frère Chanie ne représente qu’un des 150 000 récits liés au régime des pensionnats. En rendant hommage à Chanie, on rend aussi hommage à tous les enfants que l’on a arrachés à leur famille et à leur communauté et privés de leur langue et de leurs traditions. Notre famille est très fière de la désignation de Chanie comme personnage historique national. Son legs perdurera ainsi dans la conscience canadienne pour qu’il ne soit jamais oublié et pour qu’on se souvienne aussi des milliers d’autres enfants autochtones qui ne se sont jamais rentrés à la maison. J’espère que cette désignation incitera à l’éducation, à la réflexion et à la prise de mesures concrètes pour améliorer la justice et aider à la guérison. »

Pearl Achneepineskum
Au nom de la famille Wenjack

« Au fil de l’histoire, le nom d’innombrables victimes du régime des pensionnats a été effacé, tout comme la culture et l’identité de ces personnes. Il y a beaucoup de récits comme celui de Chanie Wenjack, mais son nom perdure, un rappel bouleversant du trop grand nombre d’enfants dont le nom et le récit sont tombés dans l’oubli. Le legs de Chanie nous incite à reconnaître les voix qui ont été réduites au silence et à prendre en compte les répercussions continues de ce chapitre tragique de notre histoire. »

Paige Meikle
Enseignante et proposante de la désignation

« Je suis ravie que le projet de classe d’une étudiante — proposer la désignation d’un personnage, d’un lieu ou d’un évènement d’importance historique nationale — ait mené à la nomination de Chanie Wenjack dont le récit démontre de façon percutante l’ampleur du tort causé par le régime des pensionnats du Canada. Cette désignation est une étape importante qui aidera à la réconciliation. »

Rhonda L. Hinther
Rrofesseure d’histoire, Université de Brandon

La présente fiche d’information a été rédigée au moment de l’annonce ministérielle en 2025.

Le Programme national de commémoration historique repose sur la participation des Canadiens afin d’identifier les lieux, les événements et les personnages d’importance historique nationale. Tous les membres du public peuvent proposer un sujet afin qu’il soit étudié par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

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