Caverne Castleguard
Parc national Banff
La caverne Castleguard est fermée
La caverne Castleguard est fermée et inaccessible au public en vertu du Règlement général sur les parcs nationaux. Uquiconque tente de pénétrer sans autorisation dans une caverne située dans un parc national s’expose à une arrestation et à des accusations déposées en vertu de la Loi sur les parcs nationaux du Canada.
La caverne Castleguard, le plus célèbre des réseaux souterrains du pays, figure parmi les plus grands trésors du parc national Banff.
Située à l’extrémité nord du parc, cette caverne de calcaire s’est formée dans d’anciens chenaux d’écoulement glaciaire du champ de glace Columbia. Son existence a été consignée pour la première fois il y a plus de 100 ans, mais elle était probablement connue des peuples autochtones avant cette époque.
Depuis la première expédition officielle dans la caverne Castleguard en 1967, des spéléologues des quatre coins du globe s’y rendent pour y mener des recherches et approfondir nos connaissances sur cette zone clé pour la biodiversité.
Quelques faits
- Il s’agit de la caverne à entrée unique la plus longue connue au Canada, la partie arpentée s’étendant sur un peu plus de 21 km.
- C’est aussi la seule caverne de la planète à se trouver sous un glacier ou un champ de glace.
- Elle constitue l’habitat vital de l’amphipode de la caverne Castleguard (Stygobromus canadensis), un petit crustacé d’eau douce aveugle que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur Terre.
Au sujet de la caverne
La caverne Castleguard est la cavité souterraine canadienne la mieux connue des spéléologues, et pour cause : il s’agit de la seule caverne sous-glaciaire connue de la planète, et elle abrite quelques caractéristiques qui n’ont été recensées nulle part ailleurs sur Terre. Certaines études disent que la grotte s'est formée il y a déjà 1,25 million d'années.
La caverne compte plus de 21,3 km de passages arpentés, ce qui en fait le réseau souterrain à entrée unique connu le plus long du pays. Des « bouchons de glace » en marquent les extrémités ou « terminus ». En été, la caverne Castleguard est inondée par de l’eau de fonte provenant du champ de glace Columbia. En hiver, l’eau de fonte restante gèle dur près de l’entrée ou demeure à l’état liquide à d’autres endroits, comme c’est le cas dans le « siphon », un passage submergé de la caverne Castleguard.
Abstraction faite de la lumière qui, depuis l’entrée, pénètre sur une distance de 200 m à l’intérieur de la caverne, tous les passages arpentés de la caverne Castleguard sont plongés dans l’obscurité totale. Il existe une seule entrée connue, le champ de glace Columbia bloquant les autres ouvertures possibles.
[traduction] « À toutes fins pratiques, les cavernes sont plus reculées et s’explorent beaucoup moins facilement que les îles les plus septentrionales de l’Arctique. »
La caverne Castleguard a été classée zone clé pour la biodiversité en 2023, l’un des premiers sites en Alberta à se voir attribuer cette désignation d’importance mondiale. Elle constitue l’habitat vital d’un organisme qui ne se retrouve nulle part ailleurs sur la planète : l’amphipode de la caverne Castleguard (Stygobromus canadensis). Cette désignation ne lui procure aucune protection juridique supplémentaire, mais elle contribue à accroître la visibilité de cet écosystème d’exception et à mieux le faire connaître. La caverne Castleguard est située dans la “zone I (Préservation spéciale)” du parc national Banff et bénéficie ainsi du plus haut niveau de protection prévu à la Loi sur les parcs nationaux du Canada.
Histoire
De nombreux groupes autochtones, tels que les Ktunaxa, les Iyarhe Nakoda et les Niitisitapi (Blackfeet) fréquentaient les cols de montagne, de sorte que la caverne a probablement accueilli de multiples visiteurs avant que son existence ne soit consignée au XXe siècle.
[traduction] « Tout ce que j’ai vu après avoir contourné le coude, c’est cette grosse caverne qui s’étendait devant moi… »
Le premier document faisant état de l’existence de la caverne Castleguard est le récit d’une expédition dirigée par le pourvoyeur Cecil Smith, qui, en rassemblant ses chevaux un matin, se retrouve par hasard à l’entrée de la caverne. Smith travaille alors comme guide pour Charles Walcott, paléontologue américain et secrétaire de la Smithsonian Institution, et sa femme, Mary Vaux Walcott, dans divers secteurs du parc national Banff au cours de l’été 1921. À la demande de Walcott, Smith accompagne le couple jusqu’au champ de glace Columbia, même s’il n’y est jamais allé lui-même. Avec le couple, il explore la caverne à la lueur d’une allumette et observe la crue saisonnière à l’entrée.
Dans les années qui suivront, d’autres groupes tenteront d’explorer la caverne Castleguard avec des moyens primitifs. Ces excursions audacieuses comportent cependant des risques : inondations saisonnières, coincement et perte de vie représentent des dangers bien réels pour quiconque ose y prendre part. Par exemple, Ulysse La Casse, qui visite le secteur Castleguard au cours des expéditions de 1923 et de 1924, tombera apparemment dans une crevasse glaciaire au cours de chacun de ses deux voyages.
La première expédition officielle dans la caverne a lieu en 1967 et réunit des membres du Karst Research Group de l’Université McMaster de Hamilton, en Ontario. Par la suite, divers spéléologues, explorateurs de grottes et chercheurs des quatre coins du monde, armés des permis exigés par Parcs Canada, réaliseront des expéditions dans la caverne dans des buts scientifiques bien précis.
L’expédition de 1967 dirigée par le spéléologue canadien Derek Ford débouche sur la découverte de nouvelles espèces, qui seront identifiées plus tard, en 1980, par l’Américain John Holsinger, célèbre biologiste du monde souterrain surnommé « capitaine Karst ».
Importance écologique
L’exploration officielle de la caverne Castleguard n’a débuté qu’au milieu du XXe siècle. Les expéditions exploratoires se sont multipliées dans les années 1970 et 1980, et des chercheurs ont alors signalé l’existence de minuscules invertébrés blancs rampant dans les ruisseaux et les bassins d’eau.
Ces invertébrés vivent dans l’eau de fonte glaciaire à une température de 2 °C, dans un environnement faible en nutriments et dépourvu de lumière. Ces créatures sans pigmentation sont de la taille d’un grain de riz cru. Leurs sources de nourriture, leur cycle de reproduction et leur durée de vie restent inconnus. Bien que rares et mystérieux, ces minuscules organismes jouent un rôle important, car ils nous fournissent des indices concernant la vie sur Terre avant la dernière glaciation.
Deux espèces d’invertébrés uniques en leur genre ont été recensées dans la caverne :
Stygobromus canadensis
Amphipode de la caverne Castleguard
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Le Stygobromus canadensis est un petit crustacé amphipode d’eau douce aveugle qui vit dans la caverne Castleguard et nulle part ailleurs sur la planète.
Le mot latin « canadensis » sert à en désigner l’origine canadienne.
Salmasellus steganothrix
Isopode de caverne strict
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Le Salmasellus steganothrix est un petit crustacé isopode d’eau douce aveugle qui vit exclusivement dans les eaux souterraines. Il a aussi été recensé dans quelques autres cavernes et des sources en Alberta et dans l’État de Washington (États-Unis).
Le Stygobromus canadensis semble avoir survécu à la glaciation du territoire environnant durant la dernière période glaciaire, qui a débuté il y a entre 100 000 et 75 000 ans et qui s’est terminée il y a environ 11 000 ans (glaciation wisconsinienne). En fait, les scientifiques qui étudient les caractéristiques souterraines, appelées spéléothèmes (stalagmites et stalactites, entre autres), peuvent affirmer que l’intérieur de la caverne est intact et exempt de glace depuis au moins 700 000 ans. Mettons les choses en perspective : la première preuve avérée de la présence de l’humain (Homo sapiens) sur Terre date de près de 500 000 ans plus tard.
[traduction] « C’est d’abord et avant tout ce que l’espèce peut nous révéler sur la vie avant la dernière glaciation… Cette espèce a survécu à l’intérieur de la caverne alors que les glaciers transformaient le paysage extérieur durant la dernière période glaciaire. »
En 2007, les scientifiques ont dénombré 40 Stygobromus canadensis, et, en 2021, ils n’en ont trouvé que huit. Précisons toutefois qu’il est difficile de repérer de si petits invertébrés sur plus de 21 km de passages froids et mal éclairés. Il faudra davantage de recherches pour pouvoir tirer des conclusions à partir de ces chiffres.
En raison de son histoire géologique très longue et stable, il se peut que la caverne Castleguard ait permis à ces créatures d’évoluer pour devenir des espèces distinctes ou de s’adapter autrement que ne l’ont fait les espèces apparentées à l’extérieur de la caverne. Les invertébrés pourraient même être des reliques de très vieilles populations préglaciaires ayant survécu uniquement grâce à la caverne, qui leur a servi de refuge sous la glace.
Zone clé pour la biodiversité

En 2023, la Wildlife Conservation Society Canada a attribué à la caverne Castleguard le statut de zone clé pour la biodiversité (ZCB) parce qu’elle abrite des espèces d’invertébrés rares, dont certaines ne se retrouvent nulle part ailleurs sur la planète.
Cette désignation ne procure aucune protection juridique supplémentaire à la caverne, mais elle contribue à mieux faire connaître cet écosystème particulier et ses espèces rares. Ce statut de ZCB peut aussi contribuer à attirer l’attention du monde sur ce milieu souterrain unique en son genre, qui risque d’être inondé plus souvent par suite de la fonte glaciaire attribuable aux dérèglements climatiques ou à d’autres changements.
Importance géologique
La caverne Castleguard est le seul réseau souterrain connu de la planète à se trouver sous un glacier ou un champ de glace. De nombreux passages explorés sont obstrués par des « bouchons de glace », qui y auraient été poussés par le glacier sus-jacent. Ces masses gelées ont très peu changé en près de 60 ans depuis le début des expéditions officielles. Les images qui suivent montrent le même bouchon de glace à neuf ans d’intervalle. Seule une différence de 1 à 2 cm a été constatée, signe de la relative stabilité de l’environnement de la caverne. Cependant, les récents changements observés dans les niveaux de glace à l’entrée et le mouvement de grandes quantités de roches dans la caverne pourraient être l’œuvre du changement climatique et des précurseurs de plusieurs autres transformations : fonte accélérée des glaciers, déplacement de l’eau souterraine et éventuelle perte de ces sources d’eau dans l’avenir.

(Source de la photo : Anthony Waltham)

(Source de la photo : Stein-Erik Lauritsen)

(Source de la photo : Kathleen Graham)
La position sous-glaciaire de la caverne offre aux chercheurs une occasion exceptionnelle d’approfondir leurs connaissances sur ce paysage et son évolution. Fait extraordinaire, l’intérieur de la caverne Castleguard est stable depuis au moins 700 000 ans. Par comparaison, le territoire situé à la surface a été affouillé par les glaciers lors de la dernière glaciation, et, après 10 000 ans, il peut être considéré comme « presque nouveau ».
[traduction] « C’est une caverne spéciale dans un paysage appartenant aux temps anciens. »
Si la caverne Castleguard revêt une grande importance écologique en tant que zone clé pour la biodiversité, ce n’est pas là son seul mérite : elle abrite aussi l’un des cinq exemples connus sur la planète de billes insolites de forme presque cubique appelées « perles de caverne ».


La caverne Castleguard recèle diverses autres caractéristiques particulières, dont des stalagmites et des stalactites, des dépôts de gypse et d’hydromagnésite ainsi que des minéraux rares. À l’extérieur de la caverne, le secteur environnant se distingue par d’importantes caractéristiques karstiques.
La caverne Castleguard et le secteur avoisinant (prés Castleguard) font partie de la zone 1 (Préservation spéciale) du parc national Banff. Les prés alpins qui entourent la caverne sont considérés comme un exemple exceptionnel de végétation alpine inviolée.
Accès à la caverne
La caverne Castleguard est un milieu fragile des temps anciens qui abrite des caractéristiques uniques en leur genre ainsi que des espèces présentes nulle part ailleurs ou dans seulement une poignée d’autres endroits sur Terre. Certaines parties de la caverne sont submergées pendant la majeure partie de l’année, ce qui donne aux déplacements à l’intérieur un caractère technique et intense.
La caverne Castleguard est située dans la zone 1 (Préservation spéciale) du parc national Banff, le niveau de protection le plus élevé dans les parcs nationaux. Parcs Canada y restreint l’accès depuis le début des années 1970; l’entrée est bloquée par une barrière verrouillée. Pour pénétrer dans la caverne, il faut obtenir une autorisation ainsi qu’un permis spécial délivré par le directeur d’unité de gestion.
Située loin dans l’arrière-pays du parc national Banff, la caverne ne se laisse explorer qu’au prix d’une expédition exigeant la maîtrise de plusieurs sports. Elle n’est accessible qu’en hiver, car la fonte de la neige et des glaciers entraîne des crues fréquentes et imprévisibles. Pour s’y rendre, il faut parcourir 20 km à skis au-dessus d’une plaine de gravier, d’un glacier, de moraines et de prés alpins. L’ouverture de la trace se fait dans de la neige épaisse et sous des vents forts qui créent des voiles blancs, ce qui complique grandement les déplacements jusqu’à l’entrée.
Vous voulez mener des recherches dans la caverne Castleguard?
Pour entrer dans la caverne Castleguard, il faut d’abord obtenir un permis d’activité restreinte approuvé par le directeur de l’Unité de gestion de Lake Louise, Yoho et Kootenay. Les personnes souhaitant y mener des recherches pourraient également devoir obtenir un permis de recherche et de collecte.
Pour protéger ce milieu fragile, Parcs Canada réserve les permis d’accès aux spéléologues chevronnés qui ont des motifs scientifiques impérieux et dont les recherches contribuent à élargir le bassin de connaissances sur ce trésor naturel. Pour que leur demande soit prise en considération, les demandeurs de permis doivent aussi posséder une connaissance et une expérience suffisantes des déplacements à l’intérieur de cavernes.
Rôle des chercheurs, des défenseurs de l’environnement et des spéléologues
La caverne Castleguard demeure l’un des plus grands joyaux du parc national Banff. Nos connaissances sur ce milieu souterrain remarquable et sur son écosystème progressent et s’approfondissent au fil des visites.
[traduction] « La caverne Castleguard, ça fait rêver. Des passages creusés par d’incroyables volumes d’eau, puis des périodes sèches où se forment des stalagmites, puis une période humide où les formations se dissolvent, suivie d’une nouvelle croissance. On y trouve des os d’écureuils roux datant de l’époque où une forêt recouvrait le mont Columbia; et ces vestiges sont restés piégés dans une grotte, sous 300 m de glace, pendant au moins 8 000 ans. »
Parcs Canada tient à saluer la persévérance et le travail acharné de tous les spéléologues, cavers, chercheurs et défenseurs de la conservation qui, au fil des ans, ont participé à l’élargissement du savoir entourant ce milieu exceptionnel. Bon nombre sont membres de l’Alberta Speleological Society et ont grandement contribué à une meilleure connaissance de la caverne Castleguard.
Parcs Canada souhaite aussi remercier la Wildlife Conservation Society Canada et les organisations de défense des zones clés pour la biodiversité. C’est grâce à leurs efforts si la caverne Castleguard est aujourd’hui reconnue en tant que zone clé pour la biodiversité.
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