Une pierre à la fois : Projet de conservation de Province House
Lieu historique national Province House
Une pierre à la fois est un bulletin d’information périodique qui présente les histoires de Province House et les efforts déployés pour sauver cette pièce emblématique de notre patrimoine culturel.
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Poils de chèvre, « brosses de guerre » et « chemins de fer » : Une incursion dans l’art du plâtrage traditionnel L’une des dernières étapes de la restauration de Province House consiste à plâtrer les murs et les plafonds. Dennis Kwan, architecte de la conservation et conseillers en patrimoine bâti à Parcs Canada, explique : « Aussi beau que le grès de l’intérieur de l’Île puisse être, il n’était pas considéré comme une finition murale appropriée pour ce type de bâtiment vu sa somptuosité et son raffinement à l’époque. Donc, qu’est-ce qui est une finition murale intérieure traditionnelle? C’est là qu’interviennent les lattes et le plâtre. » Un ensemble de compétences rares Le plâtrage traditionnel fait appel à des compétences spécialisées et de plus en plus rares, puisque les cloisons sèches ont, de façon générale, remplacé le plâtre pour la finition intérieure des murs et des plafonds. En fait, l’entreprise retenue pour s’occuper du plâtrage, Heritage Grade, a réuni une équipe de dix plâtriers traditionnels qui proviennent des quatre coins du globe, notamment de l’Ukraine, du Botswana, de l’Écosse, de l’Ontario et de l’Île-du-Prince-Édouard. Kieran Reid, plâtrier traditionnel en chef pour le projet de Province House, a fait son apprentissage de quatre ans en Écosse, puis a travaillé dans le domaine du plâtrage en Nouvelle-Zélande avant de venir au Canada en 2016. À sa connaissance, il s’agit du plus grand projet de plâtrage traditionnel au Canada. Outre les possibilités d’emploi, un projet aussi important que celui-ci offre des possibilités de formation, en particulier pour les apprentis dans l’équipe. Ce projet contribue à développer ces compétences rares au sein de la main-d’oeuvre canadienne. Le processus de base M. Reid explique le processus de base pour plâtrer les murs et les plafonds. D’abord, un lattis métallique ou un treillis rigide est fixé aux montants. Dans le cadre du processus de conservation, on utilisait des lattes en bois, mais on a utilisé un lattis métallique pour accroître la solidité et la longévité de l’ouvrage. La première couche de plâtre, la « couche éraflée », est plutôt grossière. Elle est composée de sable et de chaux auxquels sont mélangés des poils de chèvre. Traditionnellement, on utilisait du crin de cheval, mais le crin de chèvre est aujourd’hui plus facile à trouver sur le marché. Cette couche est appliquée directement sur le lattis, puis on la laisse sécher de 5 à 7 jours, puisqu’on n’y a ajouté aucun polymère ou agent de durcissement. Pendant que le plâtre durcit, l’humidité et la température doivent être soigneusement contrôlées. La deuxième couche, appelée la « couche brune », sert à égaliser la surface, recouvrant la plupart des creux et des bosses, et c’est celle qui nous permet de commencer à voir la forme finale du mur ou du plafond. De la chaux et du sable sont mélangés au plâtre pour cette couche; des tonnes et des tonnes de sable de l’Île sont intégrées dans les murs et les plafonds de Province House. Avant de laisser durcir le plâtre, les ouvriers passent une « taloche » en bois sur la surface pour la lisser, puis ils utilisent un « chemin de fer » pour créer des tourbillons qui servent de « clef », une surface rugueuse à laquelle peut adhérer la troisième (et dernière) couche, et qui préviennent la délamination. Après une nouvelle période de séchage de 5 à 7 jours, on applique la « couche de finition ». Il faut deux jours pour appliquer la chaux et le gypse et polir cette couche à l’aide d’une truelle et d’une brosse de plâtrage, souvent appelée « brosse de guerre ». Ce polissage permet non seulement d’obtenir un aspect lisse, mais aussi de compacter et de renforcer le plâtre. La couche de finition durcit pendant 5 à 7 jours, puis le plafond est prêt pour la pose des « embellissements » ou éléments décoratifs, comme des corniches et des médaillons, des fleurs de lys et des volutes (voir « Les éléments décoratifs » dans le numéro 10 d’Une pierre à la fois). Ce processus d’application de trois couches donne un plâtre de près de 3 cm d’épaisseur sur certains murs. Avantages du plâtre traditionnel Pourquoi avoir recourt au plâtrage traditionnel? D’abord et avant tout, parce qu’il préserve la valeur patrimoniale du bâtiment. Il reproduit l’aspect et la texture qui se rapprochent le plus de l’original, tant pour les murs et les plafonds lisses et froids que pour les corniches incurvées et les médaillons élaborés. Sam Van Esch, un plâtrier de Guelph, en Ontario, fait valoir d’autres avantages du plâtre traditionnel. « Les finitions traditionnelles sont très perméables à l’air », explique M. Van Esch. Le mélange naturel de chaux et de sable et l’absence de pare-vapeur permettent à l’humidité et à l’air de passer, ce qui est bon pour la longévité de la maçonnerie extérieure et des couches intérieures. La respirabilité est plus saine pour le bâtiment et la qualité de l’air est plus saine pour les personnes à l’intérieur. Il ne faut toutefois pas oublier l’aspect esthétique. « Je trouve que le plâtre est beaucoup plus beau », déclare M. Van Esch avec enthousiasme. « Il m’attire parce que - pratiquement depuis toujours - j’aime vraiment les surfaces lisses et fines… C’est un domaine qui me passionne. » Touches personnelles Emma Johansson, une menuisière devenue plâtrière de l’Ontario, aime la fluidité et la créativité de ce matériau. « Je trouve ça très artistique, c’est un matériau très fluide avec lequel on a l’occasion de travailler, et tout le monde peut y mettre sa petite touche créative. » M. Reid ajoute : « À différents moments de la journée, il y a beaucoup de lumière qui éclaire le travail à la truelle, et on peut voir les marques laissées par la truelle de différentes personnes et la façon dont ces personnes ont laissé une touche personnelle au plafond… On dirait que ce n’est pas vraiment parfait, mais ce n’est pas censé l’être. Chaque imperfection raconte une histoire. » Réparer ou recréer? Le délicat équilibre de la conservation du patrimoine Une des grandes questions qui se posent lors de la restauration d’un édifice patrimonial est de savoir ce qui est en assez bon état pour être réparé et ce qui doit être recréé à l’aide de méthodes traditionnelles. Par exemple, sur certains murs, le lattis en bois traditionnel et le plâtre étaient en assez bon état pour être laissés en place, et il ne s’agissait que de rainurer et de réparer les sections abîmées. Cependant, la plupart des murs ont dû être entièrement refaits, à partir de zéro. Les médaillons sont un autre exemple des choix inhérents aux projets de conservation. L’un des médaillons de la Salle de l’Assemblée législative, qui avait perdu une grande partie de ses détails sous les couches de peinture, sera restauré pour retrouver l’aspect qu’il avait lorsqu’il était frais et neuf dans les années 1800 - une « pièce maîtresse », comme l’a qualifié M. Reid. Ce médaillon comporte environ 90 feuilles ainsi que d’autres éléments, créés séparément par divers artisans dans les années 1800, et chacun d’entre eux a été soigneusement retiré, conservé ou refondu, puis réapposé. Les médaillons de la bibliothèque étaient de conception plus simple et pouvaient donc être refondus en une seule pièce. En revanche, d’autres médaillons ont été conservés essentiellement « tels quels », pour montrer l’usure naturelle qui se produit au fil des ans.
Un bâtiment à la fois singulier et complexe Plusieurs membres de l’équipe de plâtrage ont souligné à quel point il était singulier de travailler à la réalisation du projet Province House. « Province House occupe une place tellement importante de notre histoire et représente un lieu architectural majeur à Charlottetown et à l’Île-du- Prince-Édouard, et c’est vraiment génial de dire que j’ai travaillé sur un bâtiment aussi important », déclare Mme. Johansson. M. Van Esch abonde dans le même sens : « Ce bâtiment est chargé d’histoire… et l’histoire continuera à s’y écrire, c’est vraiment génial de participer à la préservation d’un espace qui est important, et dont les gens vont pouvoir continuer à profiter pendant des années et des années encore. C’est assez spécial. » M. Reid parle de l’emblématique Salle de la Confédération : « C’est de loin la pièce du bâtiment la plus difficile à restaurer… C’est ma pièce préférée dans tout le bâtiment, parce qu’elle est un défi en soi… ». Outre la restauration des trois grands médaillons et d’autres éléments ornementaux de cette pièce, il y a des complexités supplémentaires, comme le fait de devoir recréer le plafond incurvé et faire les raccords avec les sections de plâtre d’origine. La Salle de la Confédération est aussi celle qui intéresse au plus haut point M. Van Esch. « Il y a beaucoup de détails et il a fallu prendre le temps réfléchir… on commence à voir comment tout ce travail, cette réflexion et cette planification commencent à porter fruit », explique-t-il. Et, au final, ce sera une pièce tellement extraordinaire à voir. » savoir plus... Alors que le projet de restauration de Province House entre dans la dernière ligne droite, les ouvriers et les étudiants se penchent sur les finitions. Comme toutes les étapes de la restauration de ce bâtiment historique, cette opération va bien au-delà des apparences. La première étape de ce processus complexe a consisté à démonter certaines des garnitures et à protéger les éléments qui resteraient sur place, tels que les cages d’escalier et les moulures de couronnement. En 2018, des diplômés du programme de menuiserie patrimoniale du Holland College ont été embauchés pour se concentrer sur ce travail. Les travaux ont duré environ un an et ont nécessité (comme le rappelle Brian Willis, responsable du chantier) deux chargements de semi-remorques de contreplaqué et deux chargements de semi-remorque de rouleaux géants de film à bulles faisant 4 pi de largeur. Le démontage des cadres de fenêtres lui-même a été une tâche immense et complexe, car l’épaisseur des murs extérieurs variait entre trois et cinq pieds. Josh Silver, responsable de l’apprentissage du programme de menuiserie patrimoniale du Holland College, se souvient : « En raison de leur taille, de leur complexité et de leur beauté, certaines de ces fenêtres comportent des centaines de pièces. Des centaines, littéralement. Nous devions donc les démonter très soigneusement, sans rien casser, puis étiqueter et cataloguer toutes les pièces avec précaution, afin que quelqu’un d’autre puisse tout réassembler par la suite. Ensuite, chaque “ensemble de fenêtre” devait être mis en caisse et emballé ».
Lors d’une récente visite à Province House, nous avons rencontré Gary Loo, un menuisier chevronné de Wheatley River (Î.-P.-É.) qui travaille avec Heritage Grade à Province House en tant que menuisier du patrimoine, qui s’affairait à réinstaller des garnitures de fenêtres. Il explique que les garnitures doivent être réajustées, car les dimensions du cadre en bois et des montants métalliques sont légèrement différentes à celles des éléments originaux. Ces montants séparent la pierre du bois, ce qui augmentera la longévité de la structure pour le futur. Dès que la pierre touche directement le bois, il y a un risque que l’humidité s’accumule sur la pierre froide et fasse pourrir le bois. Les montants métalliques permettent d’éviter ce problème. M. Loo et son collègue ont mis temporairement le cadre en place; d’autres pièces devront être ajoutées avant l’installation et la fixation définitives. La restauration des fenêtres, des portes, des planchers et des garnitures au moyen de ce processus en plusieurs étapes a été une formidable occasion d’apprentissage pour les étudiants. Diverses cohortes d’étudiants, ainsi que des diplômés du programme embauchés dans le cadre du projet, ont participé au projet de restauration de Province House. M. Silver explique que les étudiants commencent par se familiariser avec les styles architecturaux, les techniques et les matériaux appropriés, ainsi qu’avec les directives en matière d’édifice du patrimoine, avant de travailler sur des projets concrets tels que Province House. « C’est là une combinaison parfaite entre théorie et pratique, deux éléments qui doivent absolument aller de pair », explique M. Silver. Coulton Coles, étudiant du programme de menuiserie patrimoniale, se montre enthousiaste. « Quand il s’agit de poser des garnitures sur les fenêtres et les portes, il y a beaucoup de nuances, surtout selon les différents styles. On peut acquérir beaucoup d’expérience en travaillant sur une seule fenêtre ou porte. Le nombre de leçons que l’on peut tirer d’une seule tâche ici est presque inestimable ».
Melinda Burke, qui a été attirée par le programme de menuiserie patrimoniale en raison de sa passion pour les bâtiments patrimoniaux et de son désir de perpétuer une tradition familiale d’artisanat, partage le même avis. « Le savoir-faire de ces artisans est tout simplement incroyable… Et puis, on peut démontrer les éléments et voir les marques laissées, il y a des centaines d’années, par la plane de ces personnes. C’est vraiment génial. » M. Silver encourage les apprenants à aborder leur travail comme des détectives. M. Coles ajoute : « C’est vraiment intéressant, dans certains cas, on peut voir étape par étape le raisonnement de quelqu’un pendant le processus, comment il a construit quelque chose, et c’est vraiment génial à voir. Cela nous aide également, lorsque nous essayons de refaire ce qu’ils ont fait. Pour une fenêtre sur laquelle j’ai travaillé, toutes les mesures étaient notées à côté, ce qui nous a beaucoup aidés à la restaurer ». Le travail est difficile et complexe, mais satisfaisant, affirme M. Coles. « Il faut essayer de respecter l’état d’origine de la pièce, notamment en s’efforçant de reproduire ce qui a été fait auparavant… Les matériaux et les techniques de construction étaient différents, il est donc difficile d’obtenir un résultat identique. Même si l’on arrive à 90 % du résultat souhaité, c’est très gratifiant lorsqu’un élément est terminé et que l’on peut reculer pour admirer le travail accompli sans vraiment voir qu’il a été refait. C’est notre idéal : faire en sorte que les choses ressemblent à ce qu’elles étaient ».
Travailler sur des bâtiments emblématiques est significatif. « Voir son nom sur quelque chose que les gens vont visiter, devant lequel ils vont passer… quelque chose qu’ils vont photographier ou qu’ils vont pouvoir admirer, ne serait-ce qu’une seconde… C’est important pour moi de pouvoir dire que j’ai contribué à une telle oeuvre », explique M. Coles. Mme. Burke fait écho à ces propos, et ajoute une note personnelle. « C’est formidable d’avoir participé à quelque chose qui nous dépasse. C’est vraiment gratifiant, car vous pouvez passer devant et dire : “Regardez, c’est moi qui l’ai fait” ». Elle ajoute : « Je ne veux pas que ces techniques et ces compétences particulières d’artisan se perdent. Mon grand-père était tonnelier et avait mille autres talents, c’était un homme à tout faire à l’esprit universel. Je ne veux pas que ce savoir-faire se perde dans ma famille, c’est pourquoi je veux apprendre ces techniques et les transmettre ». Un groupe d’artisans qualifiés d’Heritage Grade utilise une technique séculaire pour recréer le plâtre décoratif au lieu historique national Province House. Les travaux de plâtrage font partie de la phase 3 du projet de conservation de Province House, qui vise à préserver les éléments caractéristiques du patrimoine tout en adaptant le bâtiment au XXIe siècle.
L’équipe est dirigée par Kieran Reid, spécialiste du plâtre traditionnel, dans un atelier à Charlottetown, sur l’Île-du-Prince-Édouard.
Les éléments décoratifs comprennent la corniche (moulure décorative située en haut d’un mur intérieur) et les médaillons (pièces centrales détaillées autour des luminaires au plafond). Au total, l’équipe remplace environ 2 000 pieds linéaires de corniche et 18 médaillons dans le bâtiment.
« Nous recréons les éléments tels qu’ils étaient, affirme Reid. Il y a certains endroits où les rénovations des années 1950 vont rester, donc nous faisons correspondre l’ancien et le nouveau, et nous essayons de faire en sorte que tout soit homogène. »
Reid indique que les membres de l’équipe fabriquent les moulures hors site plutôt que sur place, ce qui leur permet de les alléger. Des moulures plus légères risquent moins de se fissurer au fil du temps.
Certains des ouvrages décoratifs complexes en plâtre sont créés à l’aide de moules en silicone.
Les plâtriers versent du plâtre sur le banc avant de passer le gabarit dessus pour créer une corniche (moulure décorative le long du haut des murs intérieurs) au lieu historique national Province House.
Le gabarit, un modèle découpé en bois et en zinc que l’on traîne le long du banc pour créer une corniche.
La réalisation d’une corniche consiste à créer un profil qui correspond à la corniche d’origine. Il y a environ dix profils de corniche différents dans le bâtiment. Les plâtriers appliquent un enduit de plâtre à l’aide de truelles sur un banc, puis utilisent un gabarit (un modèle découpé en bois et en zinc qui correspond au profil) et le traînent le long du banc en le poussant manuellement d’un bout à l’autre. Ce processus est effectué environ de 40 à 50 fois et est de plus en plus difficile à chaque passage. L’enduit de plâtre dégage beaucoup de chaleur en se dilatant et en séchant. Le gabarit reste coincé si le plâtrier ne le traîne pas assez vite le long du banc.
« L’enduit se fixe très rapidement, et il faut donc le faire en l’espace de 20 à 25 minutes, indique Reid. Il s’agit d’un travail à haute pression et très intense. »
Les médaillons sont fabriqués à l’aide de moules en silicone, car les sillons et les détails profonds ne peuvent pas être réalisés de la même façon sur un banc.
Selon Reid, les éléments les plus décoratifs sont les médaillons situés dans la salle de la Confédération et la salle de l’Assemblée législative.
« Les médaillons sont très détaillés. Ils sont ornés et contiennent de nombreux éléments différents qui racontent une histoire. »
L’équipe travaillera également sur place pour réaliser les murs. Les murs sont composés de trois couches : la première couche est faite de chaux, de sable et de poils; la deuxième couche est faite de chaux et de sable; et la troisième couche est faite d’un enduit à la chaux. Les structures de ce type sont durables et résistantes au feu. Elles permettent aux murs de respirer et préviennent l’accumulation d’humidité provenant des murs extérieurs en pierre.
Reid dit aimer les défis posés par les travaux de plâtrage dans les bâtiments patrimoniaux.
« J’aime ce travail parce que chaque jour est différent. Chaque jour est un nouveau défi. »
Le nouveau toit en ardoise du lieu historique national Province House combine des matériaux traditionnels et des éléments modernes qui permettront de réduire la fréquence des travaux d’entretien et de réparation. Le toit a été une source de problèmes chroniques pour ce bâtiment historique. Au fil des ans, l’infiltration d’eau par le toit près des avant-toits et le cycle annuel de gel/dégel ont été les plus grands ennemis des murs intérieurs et extérieurs en pierre du bâtiment. Le dernier remplacement de la toiture remonte aux années 1980, et l’ardoise avait été obtenue d’une carrière du Vermont. Comme la carrière était incapable de fournir les matériaux de remplacement, l’équipe du projet de restauration du lieu historique national Province House a dû s’approvisionner en ardoise ailleurs. Après avoir mené de nombreuses recherches, elle a trouvé dans le nord du pays de Galles le même type d’ardoise utilisée pour construire le toit original entre 1843 et 1847.
« Une grande partie du projet de rénovation concerne le toit », explique Mick Davies, expert-conseil en chantiers chez DFS inc. affecté au lieu historique national Province House. « Les travaux que nous avons effectués sur le toit protégeront le bâtiment pendant de nombreuses années. » L’entreprise Robertson Restoration se spécialise dans la restauration historique et a effectué les travaux de toiture du lieu. Le personnel a retiré tous les vieux revêtements d’ardoise et de toit jusqu’aux chevrons, et il a remplacé les chevrons pourris et ramené la ligne de toit au bord de la maçonnerie. La nouvelle conception inclut l’utilisation d’un revêtement en cuivre autour des gouttières et des solins afin de créer un joint d’étanchéité. Sous l’ardoise, il y a deux couches de contreplaqué avec isolant thermique de deux pouces d’épaisseur, des pare-vapeur et une membrane d’étanchéité. Mike Copan, de l’entreprise Robertson Restoration, possède 20 ans d’expérience en restauration historique et a suivi sa formation en Écosse et en Angleterre. Il a travaillé sur divers bâtiments historiques partout au pays. « Nous essayons de respecter le style de l’époque à laquelle le bâtiment a été construit », indique M. Copan. « Nous utilisons une meilleure sous-couche. À l’époque, ils utilisaient du goudron et du papier goudronné. Grâce à la technologie moderne, la longévité de ces produits est de loin supérieure à ce qu’elle était il y a 100 ans. » La nouvelle conception et les éléments modernes garantissent que les infiltrations d’eau ne seront plus un problème à l’avenir. Les travaux de toiture ont été achevés en août 2022. « Nous avons accompli un excellent travail pour sceller le bâtiment », déclare M. Davies. « Je ne pense pas que nous aurons des problèmes avec le toit, comme cela a été le cas dans le passé » Dans le cadre d’un partenariat avec Parcs Canada, les étudiants du programme de menuiserie patrimoniale du Collège Holland ont restauré et réinstallé avec beaucoup de soin deux des fenêtres originales du lieu historique national Province House. Les étudiants ont amorcé ces travaux de conservation unique en leur genre en 2019. Le processus consistait à désassembler les fenêtres, y compris les carreaux en verre, le mastic et la peinture pour examiner l’état des cadres de bois dénudés. Ils ont déterminé ce qu’il fallait remplacer, ils ont dû fabriquer le nécessaire et procéder à l’installation. Ils ont dû également reconstruire les cadres des fenêtres en installant le verre et le mastic avant de les repeindre avec de l’huile de lin. L’étape finale, soit la réinstallation des fenêtres, a eu lieu du 2 au 6 mai.
Les fenêtres conservées par les étudiants sont les originales du bâtiment, construit de 1843 à 1847. En tout, il y a 101 fenêtres à restaurer. De ce nombre, 99 fenêtres ont été envoyées à une installation spécialisée en Ontario. Les deux autres fenêtres ont été restaurées par les étudiants du programme.
Situées à la gauche de l’entrée principale du bâtiment, les fenêtres se trouvent parmi les premiers éléments que les visiteurs pourront apercevoir une fois que le bâtiment sera à nouveau accessible au public. Nicolle Gallant, gestionnaire de projet au sein de l’Unité de gestion de l’Î.-P.-É. à Parcs Canada (à droite), et Heather Harris, étudiante du programme de menuiserie patrimoniale du Collège Holland, au lieu historique national Province House, où les étudiants ont procédé à la réinstallation complexe de ces fenêtres centenaires en mai 2022. Mme Harris est l’une des quatre étudiants diplômés du programme de menuiserie patrimoniale qui ont été embauchés pour aider à réinstaller les autres fenêtres du lieu. Cette rare expérience de formation pratique en milieu de travail est devenue une occasion d’apprentissage incroyable pour les étudiants du programme de menuiserie patrimoniale, comme Heather Harris.
Originaire de Kensington, en Île-du-Prince-Édouard, Mme Harris était l’une des 16 étudiants qui ont participé cette année à la reconstruction et à la peinture des cadres de fenêtres. Elle a également participé au processus compliqué de la réinstallation sur place.
« Je devais contribuer à un chapitre de l’histoire, a dit Mme Harris. Jamais, je n’aurais imaginé faire partie d’un tel projet. Je pense que c’est vraiment spécial que le Collège Holland ait collaboré avec Parcs Canada sur ce projet. »
Mais, ce projet n’a pas été de tout repos. Par exemple, l’ajout des coupe-froid aux fenêtres a représenté un défi. Ce procédé a été introduit en 1880, peu de temps après la construction du lieu historique national Province House. Les coupe-froid améliorent l’efficacité énergétique en réduisant les fuites d’air et en empêchant l’humidité extérieure de pénétrer dans les fenêtres.
Selon Mme Harris, le coupe-froid a ajouté environ un huitième de pouce de chaque côté des fenêtres et, par conséquent, celles-ci ne rentraient pas tout à fait dans le cadre.
« Nous avons dû faire de petits ajustements ici et là pour faire rentrer les fenêtres, ce qui a demandé un peu de travail », a-t-elle expliqué.
Josh Silver, gestionnaire de l’apprentissage pour le programme de menuiserie patrimoniale, a expliqué que le plan original était de conserver et de réinstaller les fenêtres avec une cohorte d’étudiants, mais en raison de la pandémie de COVID-19, environ 45 étudiants seulement ont eu la chance d’être inclus dans le projet.
« À titre d’enseignant, je n’aurais pas pu demander mieux, a mentionné M. Silver. C’est un projet qui se trouvera sur le curriculum vitae de nos diplômés pour le restant de leur vie. » Grâce à ce partenariat inestimable, Mme Harris est l’une des quatre étudiants diplômés du programme de menuiserie patrimoniale qui ont été embauchés par Heritage Grade (le sous-traitant responsable de la restauration et de la réinstallation des fenêtres) pour aider à réinstaller les fenêtres restantes du lieu historique national Province House. « Parcs Canada est exceptionnellement fier de cette collaboration, qui permet de susciter un sentiment d’appartenance et de fierté chez les étudiants qui ont contribué à la conservation de ces fenêtres d’une valeur culturelle et architecturale incommensurable », a déclaré Karen Jans, directrice de l’Unité de gestion de l’Î.-P.-É. Parcs Canada et le Collège Holland examinent actuellement comment les étudiants du programme de menuiserie patrimoniale pourraient participer à la troisième phase du projet de conservation. « Mes étudiants et moi avons eu une merveilleuse expérience, a ajouté M. Silver. Ils ont ouvert les portes et déroulé le tapis rouge. L’apprentissage et l’éducation que mes étudiants ont reçus au fil des ans sont sans égal. » Robert Morrison aime relever les défis lorsqu’il s’agit de pratiquer l’un des plus vieux métiers du monde. Morrison, originaire de Bristol, en Angleterre, possède 41 ans d'expérience comme maçon en pierres. Il a travaillé sur divers bâtiments historiques au Canada et au Royaume-Uni. Deux cent cinquante heures plus tard, Morrison a achevé l’une des œuvres les plus difficiles sur le plan technique de toute sa carrière – le chapiteau ionique pour le projet de conservation du lieu historique national Province House. « Ce fut un travail particulièrement complexe », dit Morrison. « Un tel ouvrage, ça n'arrive qu’une fois dans une vie. » En plus d’être maçon en pierres, Morrison est aussi dessinateur agréé en conception assistée par ordinateur. Il agit également comme directeur de production pour RJW Stonemasons, l’entrepreneur qui réalise les travaux de maçonnerie pour le projet de conservation du lieu historique national Province House.
Les travaux de maçonnerie ont débuté à l’automne 2018 et se poursuivent. Environ 2 500 réparations de la pierre sont effectuées au moyen des mêmes outils que ceux utilisés lors de la construction de l’édifice Province House entre 1843 et 1847 : un marteau et un ciseau.
On procède également au remplacement de 1 300 pierres extérieures. Morrison a aidé à dessiner, à couper et à façonner la pierre de Wallace, en Nouvelle-Écosse, qui est utilisée pour les murs extérieurs de l’édifice.
Selon Morrison, ce qui a rendu la sculpture du chapiteau ionique si difficile est la taille même de la pierre et le fait que cette œuvre s’est avérée unique en son genre parmi toutes les recherches faites par le maçon.
Un chapiteau ionique est la partie supérieure d’une colonne sur une façade (la structure aux allures de porche aux entrées des bâtiments symétriques de conception classique). L’édifice du lieu historique national Province House compte huit chapiteaux ioniques. Si ces derniers semblent être de style classique, les volutes (l’ornement aux allures de banderole sur le chapiteau ionique) ont une taille et une proportion considérablement différentes de celles utilisées dans les méthodes traditionnelles.
Par conséquent, Morrison a dû trouver manuellement le centre de chaque courbe qui forme des spirales dans les volutes, créer son propre gabarit, puis mesurer avec précision chaque section et la sculpter à la main.
Il n’y a aucune marge d’erreur dans ce travail délicat.
Morrison explique : « Il faut avoir les idées claires et penser trois ou quatre coups d’avance pour éviter de couper quelque chose dont on pourrait avoir besoin plus tard. » Robert Morrison sculpte les volutes (ornement aux allures de banderole sur la pierre du chapiteau ionique) au lieu historique national Province House.
Morrison a amorcé sa carrière de maçon en pierres en 1980. Il a tout de suite été fasciné par ce métier. Il a travaillé au palais de Westminster (construit en 1016), au palais de Buckingham, au Balliol College à Oxford et à plusieurs cathédrales importantes en Angleterre.
Morrison et une équipe de maçons en pierres sont déménagés au Canada en 1986, dans le cadre d’un contrat de 22 mois, pour aider à redynamiser le secteur de la maçonnerie en pierres. À ce moment, de nombreux bâtiments historiques au pays avaient grandement besoin d’être restaurés.
Pour leur premier projet, ils ont travaillé à l’édifice de l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse (que l’on appelle également Province House). L’équipe a pris sous son aile 12 employés locaux pour leur apprendre les techniques traditionnelles de la maçonnerie en pierres.
Morrison a par la suite fait du Canada son pays de résidence et a travaillé sur divers bâtiments historiques. Parmi ses projets récents, mentionnons le lieu historique national Province House et la cité parlementaire.
Morrison dit que le chapiteau ionique au lieu historique national Province House est une véritable œuvre de portfolio.
À propos de l’achèvement du chapiteau ionique, Morrison déclare : « J’éprouve une grande fierté. L’occasion d’avoir pu travailler sur cette œuvre est tout à fait unique. »
Lorsque Morrison réfléchit à sa carrière de maçon en pierres, il n’a aucun regret.
« J’ai apprécié chaque minute de ma carrière, dit-il. Si vous aimez ce que vous faites, vous n’aurez jamais l’impression de travailler. »
Un chapiteau ionique est la partie magnifiquement ornée qui coiffe une colonne. Au lieu historique national Province House, le bâtiment compte huit colonnes situées sur les façades nord et sud. Le chapiteau ionique au coin sud-ouest de la façade sud devait être remplacé dans le cadre du projet de conservation du lieu historique national Province House. Le 14 avril 2023, Heather Harris travaillait sur les solives de plancher se trouvant sous le balcon sud-ouest de la Salle de la Confédération lorsqu’elle a remarqué une écriture. Mme Harris, une diplômée du programme de menuiserie patrimoniale du Collège Holland, avait découvert plusieurs signatures depuis le début de sa participation au projet et était excitée d’en trouver une autre. Comme elle n’arrivait pas à comprendre ce qui était écrit, elle a fait venir un de ses collègues, Evan Karl, pour l’aider à déchiffrer l’écriture cursive.
Il y a eu un moment de silence. « Est-il vraiment écrit Smith? », a demandé Karl.
Mme Harris n’a d’abord pas cru qu’il était possible qu’elle ait trouvé la signature d’Issac Smith, l’architecte qui a conçu Province House et supervisé la construction du bâtiment entre 1843 et 1847.
« Aucune chance. Ça ne peut pas être… n’est-ce pas? », a répondu Mme Harris.
C’est alors que Brian Willis, gestionnaire de projet sur place, est entré dans la salle. Les deux collègues lui ont demandé de s’approcher pour qu’il examine la signature.
« Nous avons examiné l’écriture, et la façon dont les lettres cursives étaient écrites nous donnait vraiment l’impression qu’il y avait deux mots », a indiqué M. Willis. « On aurait dit qu’il était écrit Mme Smith ou M. I. Smith. Pendant un moment, nous avons aussi pensé qu’il s’agissait peut-être de la signature de Mme Smith. »
Il est courant qu’un constructeur laisse sa signature dans un endroit dissimulé. Jusqu’alors, aucune signature de M. Smith n’avait été trouvée.
« Ils mettent leurs signatures à des endroits qui ne sont pas évidents », a mentionné M. Willis. « C’est vraiment ce qu’il a fait dans ce cas-ci. Personne n’aurait pu trouver cette signature à moins de faire des travaux de restauration dans le bâtiment. »
Le 15 novembre 2023, un moment très spécial et mémorable s’est déroulé au cours d’une visite à l’intention des intervenants de Province House.
Kathy Large est l’arrière-arrière-arrière-petite-fille d’Isaac Smith et elle était sur place en compagnie de son beau-frère Ian Scott. Ce jour-là, ils avaient emporté avec eux quelques artefacts, notamment une bible familiale portant la signature de M. Smith.
On a rapidement montré à Mme Large et à M. Scott la signature sous le balcon sud-ouest. L’excitation des personnes dans la salle était palpable.
« Après avoir vu la signature d’Isaac Smith dans la bible, nous savions qu’il s’agissait de la signature de l’architecte sur un morceau de bois rugueux plutôt que sur un morceau de papier bien lisse », a indiqué M. Willis. « L’écart très important entre le M. I. et le Smith me laisse croire qu’il a signé à l’envers. »
Mme Harris a eu l’occasion de rencontrer Mme Large et M. Scott et de leur parler de la façon dont elle a découvert la signature.
« J’étais au bon endroit au bon moment. Si j’avais été seule, j’aurais facilement pu voir l’écriture, puis passer à autre chose parce que je n’arrivais pas à la déchiffrer », a mentionné Mme Harris. « J’ai été ravie de pouvoir discuter avec sa descendante et d’établir ce lien. » En juillet 2020, lorsqu’un maçon retirait une petite pierre du jambage de porte à l’entrée sud est, il a trouvé quelque chose d’inhabituel : une feuille de polyéthylène qui se trouvait entre le jambage de porte et la pierre située tout juste derrière. Après avoir enlevé la feuille de polyéthylène, le maçon a découvert, à sa grande surprise, une sculpture représentant un visage humain. La pierre était censée être remplacée; c’est pourquoi on peut voir des marques de perçage autour du visage, mais, heureusement, ces marques n’ont pas endommagé l’œuvre tout à fait particulière. La sculpture donne l’impression d’être un moule en trois dimensions. Les yeux du visage souriant sont tournés vers le côté, son nez et ses joues ressortent légèrement, et des mèches de cheveux encadrent le visage. Une des joues a un pigment rocheux original, lui donnant un teint rosé. En raison de la feuille de polyéthylène et de l’utilisation plus récente de mortier, on se demande si le visage a été sculpté par un des maçons en pierres de la construction (James Watts, William Bain ou Francis McDuff), puis enlevé et réinstallé au cours de rénovations ultérieures, ou s’il a plutôt été taillé par un autre maçon plus tard dans l’histoire du bâtiment. Il est fort probable que nous ne saurons jamais vraiment qui l’a sculpté, mais nous pouvons supposer que quelqu’un a voulu laisser sa marque en créant un moule de son propre visage dans la pierre. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la personne qui l’a fait avait un bon sens de l’humour et ne pensait pas qu’on découvrirait son œuvre.Articles en vedette
Kieran Reid, plâtrier traditionnel en chef et contremaître avec Heritage Grade
Sam Van Esch, plâtrier traditionnel avec Heritage Grade
Emma Johansson, diplômée du programme de menuiserie patrimoniale du Holland College, qui met ses talents au service du plâtrage et travaille aujourd’hui avec Heritage
Grade.
Une structure complexe et difficile à recouvrir de plâtre.
Plafond incurvé montrant la deuxième couche avec des tourbillons qui facilitent l’adhérence de la troisième couche.
En haut à gauche : Feuille en plâtre originale. En haut à droite : Recréation de cette feuille réalisée par Emma Johansson, diplômée du programme de menuiserie patrimoniale du Holland College, qui travaille désormais le plâtre.
Un ouvrier montre une des feuilles semblables à celle que Mme. Johansson a utilisée ci-dessus.Touches finales : Le caractère complexe de la restauration des garnitures
Melinda Burke, étudiante du programme de menuiserie patrimoniale du Holland College, perpétue la tradition familiale liée à l’artisanat
Les éléments décoratifs de Province House
Selon Reid, dans un bâtiment historique comme Province House, aucun des murs n’est au niveau, d’aplomb et d’équerre. Par conséquent, il y a beaucoup de mesures à prendre, de coupes et de fabrication sur place pour s’assurer que chaque pièce s’intègre dans l’aménagement naturel du bâtiment.
« Il s’agit d’un bâtiment assez ancien, indique Reid. Il faut beaucoup plus de temps et d’efforts pour donner l’impression que les éléments ont toujours été là. » Restauration du toit de Province House
Une image prise par un drone des travaux de toiture terminés.
Une image prise par un drone des travaux de toiture terminés.
Gros plan sur les nouveaux bardeaux d’ardoise du lieu historique national Province House. La nouvelle ardoise provient du même endroit où les matériaux ont été extraits à l’époque de la construction de Province House, entre 1843 et 1847.
Les étudiants du Collège Holland restaurent et réinstallent les fenêtres patrimoniales au lieu historique national Province House.
Les étudiants du Collège Holland restaurent et réinstallent les fenêtres patrimoniales au lieu historique national Province House.
L’amour du métier : Robert Morrison est un expert dans son domaine. Il compte 41 années d’expérience dans le secteur de la maçonnerie en pierres.
L’amour du métier : Robert Morrison est un expert dans son domaine. Il compte 41 années d’expérience dans le secteur de la maçonnerie en pierres.

Les mystères du lieu historique national Province House
La signature d’Isaac Smith, l’architecte qui a conçu Province House, à Charlottetown, et supervisé la construction du bâtiment entre 1843 et 1847, a été découverte sous le balcon sud-ouest de la Salle de la Confédération au printemps 2023.
À chacun sa marque
À chacun sa marque
Ekua Quainoo se découvre une passion pour la conservation du patrimoine
Ekua Quainoo travaille pour Heritage Grade, une entreprise spécialisée dans la conservation du patrimoine, en tant que coordinatrice de projets de construction pour l’équipe de plâtriers traditionnels (voir l’article à la page 2 du présent numéro) et pour l’équipe de menuisiers. Lorsqu’on lui demande de décrire une journée typique, elle répond : « C’est très intéressant et dynamique; ça change tout le temps. Comme il s’agit de rénovation de bâtiments, chaque jour apporte son lot de défis, et il faut que je suive tout cela de près. Je dois donc superviser le personnel, planifier les tâches quotidiennes et futures, et accomplir de nombreuses tâches administratives. » Mme. Quainoo a toujours été intéressée par la construction, mais il n’y avait pas beaucoup de possibilités dans ce domaine dans son pays d’origine. Elle a quitté le Botswana pour s’installer en Ontario en quête de meilleures possibilités d’emplois et a commencé à travailler à Heritage Grade en novembre 2023. Ceci l’a amenée à l’Île-du-Prince-Édouard, où elle travaille à la conservation de Province House. « J’ai décidé que c’était peut-être la voie que je voulais suivre, je vais sans doute continuer dans le domaine de la restauration du patrimoine. Je trouve ça très passionnant! » Elle précise : « Quand on regarde un bâtiment, on ne réalise pas le travail qui a été nécessaire, ni le degré de planification ou à quel point les choses étaient différentes autrefois. Au fur et à mesure que la restauration avance, on peut également se faire une idée des méthodes utilisées autrefois. » Elle ajoute : « C’est la transformation qui est vraiment passionnante. On a un petit aperçu du passé. » En ce qui concerne les défis liés au projet, Mme. Quainoo fait remarquer : « Il y a eu beaucoup d’imprévus, car on ne sait jamais ce qui se cache derrière un mur. Chaque fois que nous retirons une couche de matériaux, nous faisons de nouvelles découvertes. Essentiellement, nous traversons les époques. Les méthodes de reconstruction ont varié au fil des ans, donc en enlevant des couches, nous découvrons constamment de nouvelles choses et faisons face à des défis inattendus. » Le plaisir de Mme. Quainoo réside dans les détails historiques et artisanaux. « Je pense que c’est adorable. C’est un très beau bâtiment historique. Il y a beaucoup de petits éléments que les gens ont peut-être négligés, mais lorsque l’on y réfléchit, on se rend compte que leur réalisation a exigé beaucoup d’efforts. Par exemple, nous avons trouvé des clous avec des têtes de différents types, et j’ai trouvé cela très intéressant, car chacune de ces têtes a dû être façonnée à la main, une par une. » En montrant le médaillon en plâtre au-dessus de sa tête, elle explique comment son équipe a réalisé les moulages des différents éléments, puis les a soigneusement reproduits avant de les réinstaller. Mme. Quainoo sourit : « Je n’en ai installé que deux, mais je suis ravie d’avoir participé à leur mise en place et j’espère qu’ils vont durer longtemps. Et si vous les examinez de près, vous constaterez que bon nombre d’entre eux ont leurs propres caractéristiques, ce qui est vraiment très joli. » Elle ajoute : « Tout est fait à la main. Il a fallu beaucoup de réflexion et d’efforts, même pour les positionner. Vu d’en dessous, le résultat est vraiment ravissant! » Lorsqu’on lui demande ce qu’elle pense de Province House, Mme. Quainoo propose une analogie intéressante. Au Botswana, où elle vivait, son lieu de travail était situé à côté d’une réserve faunique, et elle voyait donc des animaux sauvages tous les jours. « Je compare Province House à un éléphant en raison de son apparence, plus particulièrement à la façon dont les briques sont disposées. La peau d’un éléphant est incroyablement épaisse… C’est une structure très résistante… Et les éléphants ont également une excellente mémoire : ils se souviennent d’où ils viennent, savent où ils doivent aller et se déplacent en troupeaux. C’est pourquoi je comparerais ce bâtiment à cet animal, car il est là depuis longtemps, la communauté s’en souvient et appuie sa reconstruction, et je pense qu’ensemble, nous contribuons tous à sa restauration. » savoir plus... Brian Willis
Brian Willis est une figure bien connue au lieu historique national Province House. M. Willis, qui a grandi sur Kingston Road dans l’Île-du-Prince-Édouard, a occupé diverses fonctions tout au long de sa participation au projet de conservation de Province House : chef de chantier de construction, spécialiste de la conservation du patrimoine et, plus récemment, gestionnaire de projet sur le chantier. « J’ai passé énormément de temps dans ce bâtiment. Je me suis rarement absenté et j’ai vu et rencontré à peu près tout le monde qui est passé par ici. » Il a commencé à travailler sur le chantier en avril 2017 et a collaboré étroitement avec Services publics et Approvisionnement Canada ainsi qu’avec Parcs Canada. Il sert d’intermédiaire pour tous les acteurs, en particulier pour les experts-conseils, les inspecteurs, les sous-traitants, les fournisseurs et les clients. Il est au courant de tout ce qui se passe sur place et s’assure du respect des protocoles et des spécifications. « Je fais mon possible pour que tout le monde travaille dans le même sens, a déclaré M. Willis. Par exemple, si les architectes précisent une chose, mais que les fournisseurs ont une autre idée en tête, il faut le signaler. Il faut savoir ce qui se prépare, connaître les besoins et ensuite gérer tous les facteurs de base comme la météo, la circulation, les défilés, les jours fériés et la disponibilité de la main-d’œuvre. » Il ajoute que l’un des aspects les plus importants de son travail est de veiller au respect du code de sécurité sur le chantier et de s’assurer que des plans d’urgence sont en place avec l’entrepreneur général du projet. « Vous êtes essentiellement responsable, au propre et au figuré, de la santé et de la sécurité de toutes les personnes qui se trouvent sur le chantier. Si un problème survient, c’est à vous que l’on s’adresse. » Ce qu’il préfère dans son travail, ce sont les liens qu’il a tissés avec les autres et les visites guidées du bâtiment qu’il propose aux membres de l’équipe qui s’y rendent pour la première fois. Il pense qu’entre 500 et 600 personnes ont participé au projet de conservation du lieu historique. « Ils n’oublieront certainement pas cette étape dans leur carrière, c’est un moment fort, a signalé M. Willis. Je considère que le travail que nous faisons dans le domaine du patrimoine représente le summum de ce qui est envisageable pour un bâtiment dans l’Île-du-Prince-Édouard. » Il lui arrive de se demander comment la construction de ce bâtiment grandiose aurait bien pu se dérouler au cœur de Charlottetown, entre 1843 et 1847. L’architecte Isaac Smith et son équipe ont dû tout faire manuellement, depuis le creusement du sol et le transport des pierres extérieures à partir d’un bateau au port. M. Willis suppose également que le chantier aurait été moins bruyant. Les seuls bruits auraient été les conversations et les outils taillant la pierre et le bois. « Je trouve incroyables les efforts qu’Isaac Smith a dû déployer pour construire ce bâtiment, a affirmé M. Willis. La tâche a dû être ardue, c’est le moindre qu’on puisse dire. » M. Willis a précisé que si la construction n’a jamais été parfaite, c’est en raison des limites liées aux matériaux et aux technologies disponibles à l’époque. « En tant que bâtisseur, Isaac Smith s’est fié à son bon sens. C’était un homme intelligent qui a fait un travail remarquable avec les moyens à sa disposition, a déclaré M. Willis. Aujourd’hui, tout a changé. On peut faire mieux, plus facilement. À mon avis, si M. Smith était encore vivant, il éviterait de commettre les mêmes erreurs. » M. Willis estime qu’il ne sera probablement pas nécessaire de procéder à des travaux de conservation de cette ampleur pour les 180 à 200 prochaines années. « Nous avons pris les mesures qui s’imposent. Le travail que nous avons accompli pour améliorer l’état du bâtiment est exceptionnel. Il est maintenant en meilleur état qu’il ne l’était à l’origine, a déclaré M. Willis. Isaac Smith aurait été fier. » Malve Petersmann est gestionnaire de projet de l’Expérience du visiteur au sein de l’équipe du Service national de réalisation de projets à Parcs Canada. Mme Petersmann, qui vit à Kjipuktuk, Miꞌkmaꞌki, aussi connu sous le nom de Halifax, en Nouvelle-Écosse, travaille depuis plus de 17 ans à Parcs Canada, où elle a occupé différents postes liés à l’Expérience du visiteur. Elle s’est jointe à l’équipe responsable du projet d’exposition de Province House à l’été 2019 pour participer à la quatrième et dernière partie du projet : la conception, l’élaboration et l’installation de la nouvelle expérience du visiteur offerte au lieu historique national Province House.
Son travail consiste à s’assurer que les bonnes personnes sont assises autour de la table du projet au bon moment, notamment les experts en la matière, les historiens et les conservateurs, les rédacteurs et les traducteurs, les concepteurs, les fabricants et les intervenants.
« Quand on organise une exposition, il y a une suite d’étapes à traverser pour accomplir le travail, et je suis responsable de voir au respect de cette séquence des travaux », explique Malve Petersmann. « Je fais en sorte que les discussions entre les principaux membres de l’équipe responsable du projet d’exposition de Province House aient lieu pour que la prise de décisions soit efficace et que le projet avance bien ».
Elle est également responsable de la livraison des expositions dans le respect du budget et des délais, mais elle constate que cette responsabilité prend une tout autre ampleur lorsqu’il s’agit d’un projet d’interprétation.
« Vous devez vous assurer que les histoires à transmettre le sont d’une manière inclusive, respectueuse et précise, et que les méthodes que vous utilisez correspondent aux besoins et aux préférences de vos publics cibles afin que les visiteurs s’investissent facilement dans l’expérience, qu’ils soient touchés et inspirés en visitant l’exposition ».
Le projet d’exposition de Province House est l’un des plus grands projets auxquels elle a été affectée au cours de sa carrière à Parcs Canada, non seulement par sa portée, mais aussi par l’importance du sujet.
« Je pense que pendant le déroulement du projet, l’équipe responsable du projet d’exposition de Province House est devenue de plus en plus consciente que beaucoup de perspectives, d’opinions et d’expériences ont traditionnellement été exclues de la façon dont Parcs Canada a représenté certaines histoires », a déclaré Mme Petersmann. « Nous avons utilisé le Cadre pour l’histoire et la commémoration de Parcs Canada comme guide pour modifier la façon dont nous représentons les histoires racontées à Province House ».
Le Cadre pour l’histoire et la commémoration est un document qui a été publié en 2019 pour présenter des principes directeurs et des pratiques guidant la façon dont Parcs Canada communique l’histoire du Canada (https://www.pc.gc.ca/fr/lhn-nhs/plan/cadre-framework). Ce guide a été élaboré à la suite du rapport de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada. Il comprend des appels à l’action visant à orienter la façon dont le gouvernement canadien compose avec les répercussions encore bien présentes des pensionnats sur les survivants et leurs familles.
L’une des principales approches utilisées par l’équipe du projet d’exposition de Province House dans l’élaboration des expositions repose sur la création de plusieurs comités consultatifs et sur un dialogue avec les communautés autochtones locales et nationales ainsi que d’autres communautés d’intérêts, qui ont généralement été sous-représentées et exclues des histoires racontées au lieu historique national Province House.
« Nous avons eu de nombreuses conversations très profondes, honnêtes et fructueuses avec des experts du patrimoine culturel autochtone d’un bout à l’autre du pays, et nous avons collectivement tiré des leçons de plusieurs de ces rencontres qui se sont avérées être de grandes épiphanies, des prises de conscience sur l’histoire que nous représentons sur ce site ».
Selon Mme Petersmann, ce projet est une excellente occasion pour Parcs Canada de montrer sa volonté de prendre des mesures en faveur de la réconciliation, non seulement avec les communautés autochtones, mais aussi avec d’autres communautés marginalisées.
Elle décrit sa participation à ce projet comme une expérience d’apprentissage incroyable, totalement gratifiante et enrichissante.
« Je me sens privilégiée de travailler avec l’équipe du projet d’exposition de Province House que nous avons constituée, et je me sens très soutenue dans le travail que nous accomplissons », a-t-elle exprimé. « J’ai été très touchée par l’envergure du soutien que nous avons reçu de la part des différents ministères et de la haute direction de Parcs Canada ».
Mme Petersmann espère que le nouvel espace d’exposition sera accueillant pour chacun et que tous les visiteurs repartiront inspirés.
« Notre espoir est que les visiteurs quittent l’expérience en ayant vraiment le sentiment d’avoir appris quelque chose qu’ils ne savaient pas, qu’ils ont eu une grande prise de conscience ou une expérience transformatrice, et qu’ils repartent avec un sentiment d’avoir joué un rôle, remplis d’espoir pour la suite des choses au Canada. »La série Profils
Ekua Quainoo, coordinatrice de projets pour Heritage GradeBrian Willis
Brian WillisMalve Petersmann
Malve Petersmann
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