SḰŦÁMEN QENÁȽ, ENEȻ SĆȺ – Projet de restauration écologique de l’île Sidney

Réserve de parc national des Îles-Gulf

Prononciation de SḰŦÁMEN QENÁȽ, ENEȻ SĆȺ

Écoutez l’Aîné W̱SÁNEĆ (hou-sé-notche) JSIṈTEN (j-cygne-tène, John Elliott) dire SḰŦÁMEN QENÁȽ, ENEȻ SĆȺ (skou-thé-mène quoi-né-lth eh-neque ché), qui signifie « prendre soin de l’île Sidney » dans la langue SENĆOŦEN (saine-cha-tène) des W̱SÁNEĆ.

Protéger une forêt unique

A tree with red, peeling bark.
L’arbousier qui est enrobé d’une écorce unique est une espèce emblématique de l’écosystème de la forêt côtière à douglas de Menzies.

La forêt côtière à douglas de Menzies est l’un des écosystèmes les plus menacés au Canada. La préservation de cet écosystème unique est la raison pour laquelles la réserve de parc national des Îles-Gulf a été créée en 2003.

L’écosystème de forêts côtières à douglas de Menzies, qui n’existe que le long de la côte sud de la Colombie-Britannique (et dans certaines parties des États de Washington et de l’Oregon), ne représente que 0,3 % de la superficie totale de la province. Il se produit dans l’ombre pluviométrique de l’île de Vancouver et de la presqu’île Olympic, ce qui lui confère un climat sec et ensoleillé unique qui abrite la plus grande diversité d’espèces végétales et le plus grand nombre d’espèces en péril de la province.

L’écosystème des forêts côtières à douglas de Menzies abrite également des espèces et des communautés écologiques (groupes d’espèces qui se rassemblent) rares que l’on ne trouve nulle part ailleurs au pays, comme l’arbousier emblématique ou les prés à chênes de Garry.

Malheureusement, cet écosystème est soumis à des pressions qui menacent sa survie à long terme. En raison des activités humaines, cet écosystème est fortement fragmenté. Les parties protégées de l’écosystème – qui ne représentent que 11 % de la superficie de l’écosystème – sont dispersées en petites parcelles dans toute la région. Dans de nombreux cas, ces parcelles sont également menacées par des espèces végétales ou animales envahissantes. 

SḰŦÁMEN (l’île Sidney) est un exemple de cet écosystème menacé. La réserve du parc national sur l’île Sidney représente environ 20 % de la superficie totale de l’île, le reste appartenant à des propriétaires privés. Les effets des espèces envahissantes ont des conséquences sur l’ensemble de l’île. Parcs Canada travaille avec les partenaires du projet pour restaurer et protéger la forêt de SḰŦÁMEN (l’île Sidney).


Restauration d’un paysage écoculturel

Parcs Canada collabore avec les Premières Nations locales pour protéger la riche histoire culturelle de cette région et en raconter les récits. La biodiversité que l’on y trouve est l’héritage d’un millénaire de gestion active des écosystèmes par les Premières Nations. Avant la colonisation, les Premières Nations entretenaient ce paysage de diverses manières, notamment en procédant à des brûlages écoculturels. Ils visitaient aussi régulièrement les nombreuses îles de la région, dont SḰŦÁMEN (île Sidney), pour y récolter des aliments et des remèdes.

ŚW̱ XELOSELWET (ch-hou-ol-ah-seul-ouète) Tiffany Joseph, gardienne du savoir des W̱SÁNEC, parle des liens qui unissent les W̱SÁNEĆ à SḰŦÁMEN (île Sidney).

La Nation W̱SÁNEC a déjà habité dans le village d’hiver de ȾELXOLU (tsell-hall-ou) sur ce qui est maintenant appelé l’île Sidney. Les îlots appelés roches Sallas par les colons étaient connus des W̱SÁNEĆ sous le nom de « XEXMELOSEṈ » (heu-mol-ah-sogne) bien avant l’arrivée des colonisateurs. Ce que Parcs Canada appelle l’îlot Eagle, les W̱SÁNEĆ nomment SḰEḰEŦÁMEN (skwou-kwé-thé-mène). Selon JSIṈTEN, lorsque les W̱SÁNEĆ pagayaient depuis leurs villages de la péninsule de Saanich pour se rendre dans les villages des îles San Juan, ils s’arrêtaient à W̱YOMEĆEṈ (hw-ya-mèche-ougne) pour se reposer. W̱YOMEĆEṈ signifie « lieu de prudence ». Il s’agissait peut-être d’un rappel pour les W̱SÁNEĆ de prendre soin d’eux-mêmes pendant leurs voyages. W̱IĆḴINEM (hw-ich-kin-èm) affirme que les aînés récoltaient, sur ces îles, des fougères qui pouvaient dépasser la taille d’un adulte.

Sur les cartes anciennes, on aperçoit ce qui semble être des prés, en particulier dans la zone aujourd’hui occupée par une piste d’atterrissage. Ces prés étaient des endroits où les familles W̱SÁNEĆ pouvaient cultiver du ḰȽO,EL (kw-lha-eul) (camas). Il s’agissait d’un aliment de base pour ce peuple. De nombreux animaux, comme les cerfs, trouvaient également à se nourrir dans les prés où ils allaient brouter. Les chasseurs W̱SÁNEĆ en profitaient pour chasser les cerfs, dont ils nourrissaient leurs familles. Les zones humides attiraient aussi d’autres rapaces comme le faucon, et constituaient d’excellents habitats pour les amphibiens

À cette époque, SḰŦÁMEN (île Sidney) offrait au peuple W̱SÁNEĆ une très abondante biodiversité grâce aux plantes, aux amphibiens, aux oiseaux et aux insectes qu’elle abritait. Il n’y a pas si longtemps, on pouvait s’allonger dans les champs au son du bourdonnement des abeilles qui pollinisaient le pré. On peut sans doute encore entendre les grenouilles coasser pendant la lune WEXES (weu-huss)(la deuxième lune de l’année des W̱SÁNEĆ). Cette lune nous indique que le printemps est arrivé, que les fleurs vont bientôt s’épanouir et que nos voyages en canoë seront plus sûrs, maintenant que les tempêtes d’automne et d’hiver sont derrière nous. Ces ṮEṮÁĆES (tle-tlé-chesse) (îles) sont des parents des profondeurs, placés dans la mer par notre créateur XÁLS (hélz) pour protéger les peuples W̱SÁNEĆ. XÁLS a confié au peuple W̱SÁNEĆ la responsabilité de prendre soin aussi de ces ancêtres. La vie sur les îles, la récolte de fruits de mer, de viande, de plantes et de substances médicinales, l’entretien des prés au moyen de brûlages dirigés, la récolte sélective de billes de bois pour construire des maisons longues et des canots de cèdre, et la récupération de l’écorce de cèdre pour fabriquer des paniers et des vêtements contribuaient au bien-être du peuple W̱SÁNEĆ et de chaque région du territoire.


Problème en cause

À l’échelle mondiale, les espèces végétales et animales envahissantes constituent une menace majeure pour la biodiversité, et c’est également le cas sur SḰŦÁMEN (l’île Sidney). Dans les décennies qui ont suivi la colonisation européenne, diverses espèces de plantes et d’animaux envahissantes ont été introduits dans la région sud des îles Gulf. Nombre de ces espèces sont encore présentes aujourd’hui et ont une incidence sur la santé des écosystèmes indigènes.

Les animaux envahissants, comme le daim européen, exercent une pression en mangeant les plantes indigènes et en créant des zones stériles où les espèces envahissantes peuvent prendre le dessus. L’abroutissement par les daims pendant des décennies a fortement dégradé l’écosystème forestier de l’île Sidney. Les plantes envahissantes comme l’aubépine monogyne, le genêt à balais et la ronce discolore dominent actuellement les espaces où les arbustes indigènes et les arbres à feuilles caduques auraient autrefois poussé. L’effet combiné des espèces végétales et animales envahissantes crée un environnement dans lequel les espèces indigènes ont du mal à trouver une nourriture et un habitat adéquats, ce qui finit par réduire la biodiversité et la capacité de l’écosystème à survivre à des menaces comme des incendies, des parasites et le changement climatique.

La photo de gauche montre le sous-étage stérile de l’île Sidney, en contraste avec la photo de droite d’une île voisine, qui montre un sous-étage indigène luxuriant pouvant fournir de la nourriture et un habitat pour les espèces indigènes.

Cette photo prise sur l’île Sidney montre une parcelle de semis d’arbres entièrement composée de sapins grandissimes — une espèce largement évitée par les daims, car la grande quantité d’huile contenue dans leurs aiguilles ne les attire pas. Comme les daims préfèrent les autres semis d’arbres, le sapin grandissime est en train de devenir le seul arbre à pousser jusqu’à l’âge adulte avec un certain succès. Le sapin grandissime est plus sensible au feu et à la sécheresse que les autres arbres de cet écosystème. Par conséquent, le risque d’incendie dans l’écosystème actuel de l’île Sidney est élevé. En raison de la pression d’abroutissement continue par la population surabondante de daims européens envahissants, la forêt deviendra dominée par un seul type d’arbre qui n’est pas résistant aux conditions environnementales changeantes.

Cette photo de l’île Sidney illustre la différence entre la végétation poussant à l’intérieur d’une zone clôturée à laquelle les daims n’ont pas accès, et la végétation limitée poussant à l’extérieur de la zone protégée. Dans les zones où les daims continuent à manger les plantes indigènes, les espèces envahissantes d’arbustes et d’herbes poussent facilement. Les espèces indigènes les moins goûteuses, comme le salal, tentent de pousser au milieu des plantes envahissantes.

Cette photo prise en juin 2024 montre que le broutage des daims continue de nuire à la croissance de la végétation dans le sous-étage de la forêt. Le sol de la forêt est principalement constitué de mousse et de litière, sauf à l’intérieur de l’exclos.

En plus d’avoir une incidence écologique, les daims ont aussi une incidence culturelle sur l’île Sidney. Lisez la suite pour découvrir comment les daims sont un symbole de la colonisation européenne ici et dans le monde entier.

Le daim, qui est originaire de la région méditerranéenne, est une espèce semi-domestiquée depuis environ 3 000 ans. À travers l’histoire, les puissances impériales – des Phéniciens aux Romains en passant par l’Empire britannique – les ont transportés dans le monde entier aux fins d’élevage et de chasse sportive. En raison de leur incidence sur les écosystèmes forestiers et l’agriculture, ils sont considérés comme des espèces envahissantes ou nuisibles dans de nombreux endroits.

Les représentants des Premières Nations W̱SÁNEĆ ont indiqué que sur l’île Sidney, les daims sont un symbole des répercussions de la colonisation sur l’écologie de cette région. La présence continue du cerf dans la partie réserve de parc de l'île empêche les Premières Nations locales d’exercer leurs droits ancestraux et leurs droits issus de traités, comme la chasse et la récolte de plantes comestibles et médicinales indigènes. L’éradication de cette espèce envahissante facilite non seulement le rétablissement écologique, mais aussi le rétablissement des pratiques culturelles et du plan d’intendance des Premières Nations dans la réserve de parc national.


Mesures mises en œuvre

Actuellement, il y a une abondance de plantes envahissantes sur SḰŦÁMEN (l’île Sidney) et une absence de nombreuses plantes indigènes que l’on devrait trouver dans cet écosystème de forêts côtières à douglas de Menzies. En coopération avec partenaires, le personnel de Parcs Canada s’efforcent d’éliminer les plantes envahissantes et de rétablir les populations d’arbres, d’arbustes et de plantes à fleurs indigènes, afin d’améliorer la santé générale de l’écosystème et d’augmenter la quantité de nourriture et la zone d’habitat disponible pour les oiseaux et les pollinisateurs indigènes.

Parcs Canada collabore avec des membres des Premières Nations locales pour élaborer conjointement la gestion à long terme des daims dans la partie de la réserve de parc national SḰŦÁMEN et dans l’ensemble de la réserve de parc national des Îles-Gulf. Au début du printemps 2025, Parcs Canada et des participants de plusieurs Premières Nations ont travaillé en collaboration pour tester des battues selon une méthode traditionnelle de chasse au cerf chez les Autochtones, non loin de l’île de la réserve du parc national.

Parcs Canada travaille également avec la communauté de l’île Sidney dans le but de coordonner la gestion des daims entre les différents territoires de compétence sur l’île Sidney.

À l’automne 2021, les bénévoles en parallèle du personnel du Parcs Canada ont planté de la végétation indigène dans dix exclos de l’île Sidney. The fences protect the plants from deer browse and the result is more than 90% of plants have survived and many have quadrupled in height. This kind of survival and growth is not observed outside the fenced areas.

Le personnel de Parcs Canada a coupé l’aubépine monogyne envahissante et appliqué un traitement aux souches pour empêcher sa repousse. Dans les années à venir, des arbustes et des arbres indigènes seront plantés dans ces zones.

La première photo montre un exclos en 2020, et la seconde montre son état en 2024. Les exclos serviront de source d’alimentation et de nidification pour les animaux sauvages qui aideront à répandre les graines dans d’autres zones de l’île.


Partenaires du projet

De nombreux groupes ont consacré du temps, des compétences et des connaissances au SḰŦÁMEN QENÁȽ, ENEȻ SĆȺ – Projet de restauration écologique de l’île Sidney. Parcs Canada a travaillé et continue de travailler avec les partenaires suivants, tous engagés dans une approche collaborative pour restaurer l’écosystème forestier naturel de SḰŦÁMEN (l’île Sidney).

  • le W̱SÁNEĆ Leadership Council
  • la Première Nation Tsawout
  • la Première Nation de Pauquachin
  • la Première Nation Malahat
  • la province de la Colombie-Britannique
  • l’Islands Trust Conservancy
  • La communauté résidentielle du sud de l’île Sidney
Les tribus Cowichan et Penelakut ont également apporté leur participation et leur soutien.

Historique et état d’avancement du projet

La chasse sportive est pratiquée sur l’île Sidney depuis que des daims européens ont été introduits à cette fin dans les années 1960. Entre 1981 et 2023, près de 15 000 daims ont été chassés ou abattus dans la partie privée de l’île. Depuis 2005, les Autochtones chassent annuellement dans la réserve du parc national. La population de daims de l’île se reproduit si rapidement que la chasse et l’abattage n’ont traditionnellement pas permis de maintenir leur nombre à un niveau durable ou à un niveau permettant à l’écosystème de se rétablir.

Parcs Canada — qui a pour mandat de protéger l’intégrité naturelle et culturelle des écosystèmes des parcs nationaux et des réserves de parc national — s’engage à assurer la santé à long terme de la réserve de parc national des Îles-Gulf. Depuis 2018, les partenaires du projet ont mené des études, puis planifié et commencé à mettre en œuvre un projet de restauration forestière durable et à long terme sur SḰŦÁMEN (l’île Sidney). Le projet avait trois objectifs principaux :

  1. Éliminer la population de daims européens, une espèce envahissante.
  2. Éliminer les espèces végétales envahissantes et y planter des arbustes et des arbres indigènes.
  3. Planifier la gestion durable à long terme des cerfs mulets indigènes.

En 2023, des tireurs de précision qualifiés ont retiré 84 daims de l’île Sidney pendant une période de dix jours dans le cadre de la première phase de l’éradication prévue des animaux. Les animaux ont été éliminés au moyen d’une combinaison de chasse au sol et de travail aérien, ce qui a permis aux tireurs de précision de cibler les daims dans les zones les plus difficiles d’accès. Le personnel de Parcs Canada a travaillé en étroite collaboration avec les chasseurs autochtones pour récupérer la viande, les peaux, les sabots et d’autres matériaux utilisables afin de les distribuer au sein des communautés locales des W̱SÁNEĆ. Les chasseurs ont récupéré un total approximatif de plus de 800 kg (1 800 lb) de viande.

Le bien-être de la faune est une priorité pour Parcs Canada et les partenaires du projet. Le traitement sans cruauté de la faune sauvage a été au cœur de la sélection des méthodes utilisées et du choix d’éliminer complètement les daims européens envahissants de l’île Sidney. L’ensemble des éliminations d’animaux a été effectué conformément aux lignes directrices du Conseil canadien de protection des animaux. La SPCA a également observé l’opération à plusieurs reprises pour s’assurer qu’elle était conforme aux directives relatives au bien-être des animaux. Des agents de sécurité de Parcs Canada et un agent de liaison communautaire étaient présents pour superviser la mise en œuvre en toute sécurité des activités du projet et pour faire le point auprès des membres de la communauté résidentielle de l’île Sidney tout au long de l’opération. L’opération s’est déroulée avec succès, sans aucun incident de sécurité.

À l’automne 2024, Parcs Canada a pris la décision de réimaginer le projet. Parcs Canada continuera à mener des efforts de conservation sur l’île Sidney et travaille avec des partenaires du projet pour explorer d’autres méthodes de gestion des cerfs envahissants dans le but d’éradiquer le daim. Ce processus est en cours et prendra du temps. Actuellement, les activités se concentrent sur d’autres aspects importants du projet. Les efforts actuels se concentrent sur la gestion de la végétation, la propagation des plantes indigènes, la réduction des risques d’incendies forestiers et l’utilisation de techniques de chasse traditionnelles autochtones.

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