Suivre mon parcours : comment le Fonds pour la formation des employés autochtones a ouvert des portes
Parc national Pukaskwa
Par Candace Deschamps
Je navigue chaque jour entre deux mondes: le monde de mon rôle professionnel d’employée de Parcs Canada et le monde de mon identité de femme autochtone liée à mon territoire ancestral, où chaque expérience est une occasion d’apprendre, de bâtir des relations et de poursuivre mon chemin de reconnexion. Cet équilibre façonne ma façon d’aborder mon travail, la façon dont je grandis et la raison pour laquelle ce chemin compte si profondément pour moi. Mon histoire est ancrée dans la terre, la communauté et la responsabilité, mais elle parle aussi de croissance, de guérison et de trouver ma voix en saisissant des occasions.
Avant tout, je suis mère. Ma fille de sept ans est ma plus grande motivation et responsabilité. Je veux l’élever avec amour, lui enseigner le respect de l’environnement et l’aider à comprendre qui elle est en tant qu’Autochtone. Je suis membre de Netmizaaggamig Nishnaabeg (Première Nation Pic Mobert), née et élevée à Marathon, en Ontario, sur la rive nord du lac Supérieur. Comme beaucoup de familles autochtones, la mienne porte les cicatrices durables des pensionnats. Mes grands-parents étaient déconnectés de leur langue et de leurs cérémonies, et cette perte a marqué mon enfance.
Aujourd’hui, je travaille comme agente de conservation des ressources au parc national Pukaskwa, situé juste à l’extérieur de ma ville natale, sur le territoire ancestral de Netmizaaggamig Nishnaabeg, Biigtigong Nishnaabeg et dans la vaste région du traité de Robinson Superior. Mon travail me garde étroitement connectée à la terre et à l’eau. Je surveille la qualité de l’eau, étudie les cours d’eau, réalise des relevés sur le faucon pèlerin, suis les espèces envahissantes et travaille en étroite collaboration avec les espèces en péril, en particulier l’esturgeon jaune, grâce à la télémétrie.
Travailler sur cette terre repose sur une histoire complexe. Je travaille pour Parcs Canada, mais je suis aussi Autochtone et liée à ce territoire à travers les générations. Cette histoire inclut la perte et le mal, mais elle inclut aussi la résilience et la reconstruction. Parfois, cet équilibre semble lourd. Cependant, le plus souvent, je vois mon rôle comme un pont. J’intègre les valeurs autochtones que sont le respect, la réciprocité et l’inclusion, dans mon travail, et je m’efforce de refléter ces valeurs dans la façon dont je prends soin de la terre et de la faune. Ce travail n’est pas juste un emploi; cela reflète des responsabilités qui incombent aux peuples autochtones depuis la nuit des temps.
L’un des aspects les plus significatifs de mon expérience à Pukaskwa a été d’apprendre en parallèle avec les programmes des gardiens lorsque des occasions se présentent. Je ne suis pas une gardienne, ni officiellement impliquée dans la mise en œuvre du programme. Cependant, lorsque le travail chevauche les activités des gardiens, ou lorsqu’il y a du temps entre les tâches, la direction du parc encourage le personnel de Pukaskwa, moi, y compris, à être présent, à écouter et à apprendre, dans le cadre de la promotion de la compréhension, de l’apprentissage et des relations respectueuses. Ces moments m’ont permis de participer à des camps culturels, du grattage de cuir, de l’enseignement auprès des jeunes et des rassemblements communautaires. Le programme des gardiens joue un rôle essentiel comme pont entre Parcs Canada et les Premières Nations environnantes, et être témoin de ce travail de première main a approfondi ma compréhension de la collaboration, de la confiance et de la construction de relations.
En 2024, j’ai franchi une nouvelle étape dans mon parcours d’apprentissage grâce au Fonds pour la formation des employés autochtones (FFEA) de Parcs Canada. J’ai d’abord appris l’existence du fonds par un avis dans la cafétéria, et mon superviseur ainsi que mon gestionnaire m’ont encouragé à postuler. Le FFEA soutient les employés autochtones avec jusqu’à 5000$ pour le développement personnel, professionnel ou culturel. J’ai tout de suite su que je voulais profiter de cette occasion pour me reconnecter plus profondément à ma culture.
Grâce à ce fonds, j’ai assisté à Harvesting Spirit: An Exploration of Indigenous Food Sovereignty, un programme de sept jours dans les Rocheuses offert par Howl. L’expérience a été transformatrice. Les aînés nous ont appris à construire un fumoir, à préparer des aliments traditionnels, à utiliser des plantes à des fins médicinales et à travailler collectivement en communauté. Nous avons aussi soutenu une banque alimentaire locale et un jardin communautaire. Pour la première fois depuis de nombreuses années, je me suis sentie pleinement immergée, apprenant avec mes mains, mon cœur et mon esprit.
Être à Banff a aussi élargi ma perspective.
Au cours du programme, j’ai raconté mes propres expériences de travail à Pukaskwa, notamment des exemples de collaboration, d’apprentissage partagé et de soutien mutuel entre le parc et les Premières Nations voisines. Cette perspective a suscité des conversations significatives sur la façon dont les relations peuvent être différentes selon les parcs et les régions. Chaque parc national a sa propre histoire et sa relation avec les peuples autochtones dont il occupe les terres. Entendre les expériences des communautés de l’Alberta, certaines inspirantes, d’autres profondément douloureuses, a mis en évidence tout le travail qu’il reste à faire pour s’attaquer aux préjudices passés et avancer ensemble de manière positive.
Cette expérience a mené à une occasion inattendue. Howl m’a invitée à revenir à Banff pour la conférence Banff 140 en tant que panéliste et conférencière invitée. Je me suis sentie honorée, nerveuse et excitée à la fois. J’ai parlé de mon travail à Pukaskwa, de ce que j’ai appris en observant et en m’engageant avec les programmes des gardiens, ainsi que des solides relations qui se sont construites avec Netmizaaggamig Nishnaabeg et Biigtigong Nishnaabeg, ainsi qu’avec d’autres agences, à travers des objectifs communs, comme la récupération du lac Sturgeon. J’ai aussi souligné l’importance d’un leadership qui soutient la réconciliation par l’action.
Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les voix des aînés et des jeunes, des histoires qu’on ne trouve pas dans les manuels scolaires, et des jeunes désireux de ramener leur apprentissage à leur école et à leur communauté. Cet échange intergénérationnel a été puissant et a confirmé pourquoi cette œuvre est importante.
Je suis rentrée chez moi en me sentant puissante et plus confiante en moi. Prendre la parole, raconter des expériences vécues et contribuer à des conversations plus larges sur la collaboration m’a aidé à voir le leadership non pas comme un titre, mais comme une pratique dans laquelle je continue de grandir. En raison de cette croissance, je prévois postuler de nouveau au Fonds pour la formation des employés autochtones, cette fois pour participer à un programme de leadership des femmes autochtones à Montréal en 2026. Je veux continuer à renforcer ma voix, non seulement pour moi, mais aussi pour ma fille et ma communauté.
Aux autres membres du personnel autochtone de Parcs Canada: je vous encourage à postuler au Fonds pour la formation des employés autochtones. Suivez votre passion, que ce soit la culture, le leadership, la langue ou apprendre quelque chose de nouveau. Le soutien est là, et les possibilités peuvent changer la vie.
Pour en savoir plus sur le Fonds pour la formation des employés autochtones, visitez l’intranet de Parcs Canada.
Credits photo: Rocky Mountain Photo Company
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