L’Anse aux Meadows : l’épisode de balado « La saga du Vinland »

Lieu historique national de L’Anse aux Meadows

Découvrez les récits qui ont façonné le Canada avec ReTrouver, un balado de Parcs Canada qui fait revivre l’histoire. Grâce à des entrevues avec des spécialistes, une narration captivante et une conception sonore immersive, ReTrouver met en lumière les personnes, les lieux et les événements fascinants qui ont marqué le passé du pays. Chaque épisode transporte les auditeurs dans un véritable voyage à travers le temps, en explorant l’héritage des lieux historiques les plus emblématiques du Canada.

Dans l’épisode L’Anse aux Meadows : la saga du Vinland, ReTrouver plonge au cœur de l’incroyable histoire des explorateurs nordiques qui ont posé le pied en Amérique du Nord il y a plus de 1 000 ans. Cet épisode démêle les mystères du seul établissement viking connu dans l’hémisphère occidental, en mêlant archéologie, légendes et analyses d’experts pour donner vie à l’épopée du Vinland. Que vous soyez passionné d’histoire ou simplement curieux du passé viking du Canada, cet épisode vous fera vivre une aventure inoubliable dans l’un des sites les plus extraordinaires du pays.

Pour en savoir plus sur ReTrouver et écouter les autres épisodes, visitez : ReTrouver : un balado de Parcs Canada.

L'Anse aux Meadows : La Saga du Vinland

Les façons d’écouter

Notes sur les épisodes, transcription et bibliographie

L'Anse aux Meadows : La Saga du Vinland

Saviez vous que des explorateurs scandinaves de l’ère des vikings ont été les premiers Européens à fouler le sol de l’Amérique du Nord?

Un voyage scandinave diversifié d’experts incluant des historiens, des archéologues et des interprètes vous attend au lieu historique national de L’Anse aux Meadows sur l’île de Terre-Neuve où se trouvent des ruines datant de l’ère des vikings.

En apprendre davantage :

Le Programme national de commémoration historique repose sur la participation des Canadiens afin d’identifier les lieux, les événements et les personnages d’importance historique nationale. Tous les membres du public peuvent proposer un sujet afin qu’il soit étudié par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

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Transcription

Voix: Vous écoutez un balado signé Parcs Canada. This podcast is also available in English.

Christine Boucher: Du IXe au XIe siècle, un groupe de Scandinaves a pillé, ravagé et conquis une grande partie de l’Europe du Nord et même au-delà de ce territoire.

Il s’agissait de guerriers scandinaves possédant des flottes de navires, qui avaient la réputation d’être des pirates sauvages.

Vous connaissez peut-être ces gens sous le nom de Vikings.

Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que des explorateurs scandinaves ont été les premiers Européens à fouler le sol de l’Amérique du Nord.

Je m’appelle Christine Boucher, et vous êtes à l’écoute de Re:Trouver – La saga du Vinland.

Parcs Canada est connu dans le monde entier comme un chef de file de la conservation de la nature, mais nous faisons bien plus que cela. Avec nos partenaires, nous commémorons les personnages, les lieux et les événements qui ont façonné le pays que nous appelons maintenant le Canada. Rejoignez-nous pour rencontrer des experts de tout le pays et explorer les lieux, les récits et les artéfacts qui donnent vie à l’histoire.

Dans cet épisode, nous remontons mille ans dans le temps à lère des Vikings, et nous explorons le premier établissement européen en Amérique du Nord. Bienvenue au lieu historique national de L’Anse aux Meadows, sur l’île de Terre-Neuve.

Mais tout d’abord, mentionnons que le mot Viking n’est pas la bonne appellation pour désigner ce groupe d’explorateurs scandinaves.

Le terme « viking » désigne l’acte de piller des villages et de conquérir des terres. En vieux norrois, Viking se traduit par quelque chose comme : « raid de pirates ».

Cependant, tous les Scandinaves de cette époque n’étaient pas des Vikings. La plupart d’entre eux étaient des agriculteurs et des marchands - seuls quelques-uns se sont lancés dans des raids et des conquêtes. Ainsi, au lieu de se référer à ce groupe en tant que « vikings », nous allons les appeler les Scandinaves.

Entre les années 800 et 1050, les Scandinaves étaient originaires de la région connue aujourd’hui sous le nom de Scandinavie - le Danemark, la Norvège et la Suède. Ils ont établi de vastes routes commerciales et colonisé des terres à l’Est et à l’Ouest, franchissant de grandes distances dans leurs navires.

Les anciens manuels d’histoire glorifiaient souvent « l’ère de l’exploration », lorsque des Européens comme Christophe Colomb, Jacques Cartier et John Cabot ont, entre guillemets, « découvert » le Nouveau Monde à partir de 1492. Brisons donc ce mythe : personne ne peut « découvrir » un lieu habité depuis des millénaires.

Et... d’après les preuves recueillies à L’Anse aux Meadows, les Scandinaves - qui n’ont pas non plus « découvert » l’Amérique du Nord - sont arrivés près de 500 ans avant Christophe Colomb.

Et l’endroit où les Scandinaves ont débarqué était la pointe nord de la grande péninsule du Nord de Terre-Neuve.

Cet endroit est connu sous le nom de L’Anse aux Meadows - un petit village situé à environ 1000 km au nord-ouest de Saint-Jean - la capitale de Terre-Neuve-et-Labrador.

L’anse aux Meadeaux, ou “L’Anse aux Meadows”(Prononcé en anglais) est un mélange linguistique intéressant, qui s’explique en partie par le fait que la région a été le théâtre d’activités de pêche par les Français, tout d’abord, puis ensuite par les Anglais. Pour connaître les détails de ce nom unique, nous avons pris contact avec un habitant de la région.

Loretta Decker: Il existe une ancienne carte qui fait référence à L’Anse aux Médée. Donc, selon toute vraisemblance, L’Anse aux Médeau a en fait été nommée d’après un bateau de pêche français.

CB: Voici Loretta Decker, une interprète de Parcs Canada au lieu historique national de L’Anse aux Meadows. Sa famille vit à L’Anse aux Meadows depuis que son ancêtre William Decker a fondé le village vers 1835.

LD: L’Anse aux Meadeaux était une petite communauté de pêcheurs. Tout le monde pêchait et à l’époque, On pouvait aller en bateau vers différentes localités s’il n’y avait pas de glace.

S’il y avait de la glace ou de la neige, on pouvait aller avec un attelage de chiens. Ainsi, on pouvait marcher 23 kilomètres pour voir sa petite amie.

CB: Loretta est l’un des 16 résidents qui habitent à l’année L’Anse aux Meadows aujourd’hui.

Bien que le village soit un peu plus fréquenté ces jours-ci pendant la saison touristique, c’est toujours le genre d’endroit où on peut rencontrer un troupeau de caribous - c’est ce qui est arrivé à Loretta le jour où nous lui avons parlé!

Depuis les années 1960, L’Anse aux Meadows, qui n’était qu’un village de pêcheurs accessible par bateau, est devenu le seul site de peuplement scandinave officiellement reconnu en Amérique du Nord, ce qui lui a valu deux désignations historiques importantes : un site historique national en 1968 et un site du patrimoine mondial de l’ UNESCO en 1978.

Mais avant que les Scandinaves n’arrivent ici, de nombreuses nations autochtones ont vécu dans la région pendant des milliers d’années.

C’est pourquoi plusieurs générations de villageois ont pensé que les monticules de terre soulevés dans un champ voisin étaient les vestiges d’un ancien camp autochtone. Il faudra un couple de chercheurs norvégiens pour révéler ce qu’ils étaient vraiment...

Mais pourquoi les Scandinaves sont-ils venus ici en premier lieu?

À l’époque des Vikings, les Scandinaves ont colonisé ou envahi une grande partie de l’Europe côtière, de l’Asie et d’ailleurs, pour finalement établir une importante colonie en Islande.

Un explorateur scandinave, Erik le Rouge, s’est installé en Islande avec sa famille lorsqu’il était enfant. À l’âge adulte, il a assassiné une personne de trop et a été exilé. Désormais considéré comme hors-la-loi, il décide de naviguer vers l’Ouest et finit par établir une petite colonie sur le lointain Groenland. Une génération plus tard, son fils, Leif Ericcson, mène une expédition pour explorer le territoire situé encore plus à l’ouest.

Cette information nous est connue grâce à une série de récits épiques, à savoir les sagas islandaises.

Ces sagas sont des récits de l’ère viking transmis au fil des siècles. Mais comme pour le jeu du téléphone, certains détails ont été modifiés avec le temps. Finalement, quelques siècles après que les événements se soient produits, quelqu’un les a transcrits. Ainsi, si certaines parties sont archéologiquement vérifiables, beaucoup d’autres ne le sont pas.

Nous allons nous concentrer sur les deux récits qui font mention de l’Amérique du Nord, connus collectivement sous le nom de sagas du Vinland.

Voici à nouveau Loretta - notre interprète de Parcs Canada avec l’histoire du Vinland.

LD:Il y avait un commerçant appelé Bjarni qui avait l’intention de passer l’hiver avec son père en Islande. Quand il est arrivé en Islande, son père n’était plus là. Son père avait déménagé au Groenland, alors il a pris son bateau et son équipage, et a navigué vers le Groenland. N’y étant jamais allé, il ne savait pas vraiment à quoi ressemblait le Groenland, mais il a été dévié par une tempête. Il a vu cette terre et il a été conté que les hommes voulaient vraiment accoster et qu’il a refusé. Ils ont aussi vu un certain nombre de créatures mythiques et de choses comme dans les sagas.

Puis, ils sont passés devant une longue plage et toute cette zone boisée. Il y avait du bois de valeur là-bas évidemment, mais encore une fois, il ne voulait pas s’amarrer. Ce n’était pas le Groenland. Finalement, ils ont repéré une autre terre couverte de pierres plates. C’était une terre inutile, dit la saga. Ils ne se sont pas accoster. Ce n’était pas le Groenland. Cependant, il finit par revenir au Groenland et il décrit les terres qu’ils ont vues et les ressources qu’ils y ont découvertes. Ainsi Leif Erickson, qui est le fils d’un chef autoproclamé du Groenland, Éric le Rouge, décide qu’il va y aller. Mais il a dit qu’ils ont fait mieux que Bjarni puisqu’ils ont vraiment débarqué. Une fois débarqués, les sagas parlent de la rosée de l’herbe et de sa douceur, ainsi que des prairies. Ils ont même apporté leurs sacs de couchage sur la rive.

CB: Les sagas décrivent trois régions à l’ouest du Groenland. Pendant son expédition, Leif a nommé ces terres Helluland, Markland et Vinland. Les historiens considèrent que Helluland – la terre des pierres plates – est l’actuelle île de Baffin, Markland – la terre des forêts – représente le Labrador, alors que Vinland – qui se traduit par terre de vin ou terre d’herbe – correspond à Terre-Neuve et aux provinces maritimes du golfe du Saint-Laurent.

Les sagas décrivent le Vinland comme une terre d’abondance, pleine de ressources précieuses pour les Groenlandais, comme le bois et la fourrure. Et le campement de L’Anse aux Meadows faisait probablement partie de la région du Vinland. C’était un emplacement de choix, avec du poisson, de l’eau douce et du bois.... les clés d’un établissement côtier réussi. - mais le site avait beaucoup plus d’atouts

LD: Les Scandinaves ont choisi L’Anse aux Meadows comme site du camp de base parce qu’elle présentait certains avantages qui ne sont pas toujours perceptibles pour les gens modernes. L’Anse aux Meadows se trouve à l’extrémité de la grande péninsule du Nord qui s’avance dans l’océan. Il y a quatre grandes îles au large, pas trop loin du rivage, qui peuvent constituer des points de repère.

CB:Le choix d’un lieu doté de points de repère évidents et faciles à décrire a permis aux Scandinaves du Groenland de retrouver leur chemin.

Ils ont construit leur établissement sur un site surplombant une baie - par temps clair, il est possible de voir jusqu’au Labrador. Il y avait des collines ondulées avec de l’herbe longue et des arbustes, une forêt à proximité et, à l’ouest, un ruisseau qui coulait d’une tourbière jusqu’à l’océan - aujourd’hui, on l’appelle le ruisseau Black Duck.

Étant donné la proximité de L’Anse aux Meadows avec ce que l’on appelle aujourd’hui l’allée des icebergs, il y avait probablement des icebergs qui flottaient chaque été.

Les Scandinaves ont construit 8 maisons longues, la plupart d’entre elles étaient des quartiers d’habitation, qui semblaient jaillir organiquement de la terre, avec de l’herbe poussant sur les toitures.

LD: Les structures originales en tourbe de L’Anse aux Meadows ont été construites dans le style islandais. Cela signifie qu’il s’agit d’une structure en bois avec des couches de tourbe, des murs de tourbe, des briques de tourbe, essentiellement. Ils sont découpés dans la tourbière, en morceaux de 15 à 20 cm d’épaisseur et de 1,5 m de long

CB: La tourbe est présente à l’état naturel dans les tourbières et autres zones humides, et est constituée de couches de plantes en décomposition. Une fois récoltée et séchée, la tourbe peut être transformée en briques, que les Scandinaves utilisaient pour construire des murs solides et permettant une bonne isolation thermique.

LD: Et ils sont juste posés dans les murs. Comme on poserait des briques.

CB: Toute cette tourbe isolante dans les murs et le toit, ainsi qu’un foyer intérieur, étaient importants pour garder les Scandinaves au chaud tout au long d’un hiver du nord de Terre-Neuve.

Au total, cette colonie pouvait accueillir environ 80 résidents.

Certains bâtiments avaient un usage un peu différent. Après avoir quitté le Groenland, les Scandinaves devaient réparer leurs navires, et pour ce faire, ils avaient besoin de bois et de métal. L’une de ces maisons a donc été construite pour traiter le fer. Dans cette maison, les Scandinaves ont construit un four et une fournaise pour fabriquer des outils en fer et des clous - qui étaient nécessaires pour réparer leurs navires.

Cette colonie a très probablement servi de camp de base pour l’expédition de Leif Ericcson et d’autres explorateurs qui ont suivi, permettant une exploration plus poussée le long du golfe du Saint-Laurent. C’était aussi un endroit pour ramasser du bois, réparer leurs navires et les charger de ressources à ramener au Groenland - un dur labeur qui nécessitait des hommes forts. Mais les femmes avaient également des rôles importants à jouer dans la société nordique de l’époque, cuisinant, réparant les vêtements et s’occupant de la lessive et du nettoyage - et les sagas mentionnent que certaines femmes se joignent à au moins un des voyages vers le Vinland.

Avec tout le travail de maintien du fonctionnement de la colonie et d’exportation des ressources, c’était probablement un endroit fort animé.

Mais... après quelques décennies, il semble que les Scandinaves aient brusquement abandonné leur camp nord-américain et n’y soient jamais revenus.

L’utilisation du site de la colonie scandinave s’est poursuivie après leur départ, cette fois par des groupes des Premières Nations, dont les ancêtres des Béothuks. Les Innus du Labrador venaient occasionnellement dans la région pour chasser et piéger, et les Inuits du Labrador pour y faire du commerce. À partir du début des années 1500, les navires français venaient en saison pour pêcher la morue. À la fin des années 1700, des établissements familiaux ouverts toute l’année ont commencé à apparaître sur la côte nord de Terre-Neuve, notamment le village de L’Anse aux Meadows.

Au XXe siècle, 900 ans après le départ des Scandinaves, la recherche des avant-postes vikings est devenue un passe-temps populaire pour certains aventuriers, historiens et archéologues.

Au début des années 1900, un homme d’affaires de Terre-Neuve nommé William Azariah Munn a étudié les sagas et le littoral de Terre-Neuve et du Labrador, en essayant de trouver des traces du Vinland, disparu depuis longtemps. En 1914, il a publié une théorie dans le St. John’s Daily Telegram, selon laquelle la région de L’Anse aux Meadows était l’emplacement du campement de Leif Ericsson, mais il a fallu attendre un autre demi-siècle avant de trouver des preuves concluantes... Entre alors en scène Helge Ingstad.

Helge a commencé sa carrière en Norvège comme avocat, mais il avait de plus grandes ambitions et une soif d’aventure. Après avoir vendu son cabinet d’avocat, il a passé plusieurs années comme trappeur dans les Territoires du Nord-Ouest au Canada, puis est devenu gouverneur d’une région appelée « Terre d’Erik le Rouge » - une partie du Groenland qui a été brièvement annexée par la Norvège dans les années 1930. Peu après, il a été nommé gouverneur du Svalbard.

En 1941, Helge épouse l’archéologue Anne Stine Moe. Ensemble, ils ont exploré les vestiges d’anciens avant-postes scandinaves le long de la côte ouest du Groenland, endroits correspondant aux sagas. Leurs aventures ont conduit à la recherche du Vinland. - À l’aide d’une carte créée par un érudit islandais au cours des années 1500 et de la brochurede Munn de 1914 comme références, Helge et Anne Stine ont passé la fin des années 1950 à parcourir la côte canadienne en bateau, en avion et à pied pour trouver les lieux légendaires de Helluland, Markland et Vinland.

HI:Il y avait toujours des déceptions.

CB: Voici Helge Ingstad qui raconte les recherches à une équipe de documentalistes de l’Office national du film du Canada.

HI: Lorsque j’ai interrogé les pêcheurs de Terre-Neuve au sujet des ruines, beaucoup d’entre eux secouait la tête et me croyait fou de vouloir chercher une telle chose au lieu d’occuper un emploi sérieux

Le tout dernier endroit où je suis arrivé s’appelle L’Anse aux Meadows. C’était un endroit très isolé, il n’y avait pas de routes. Ils vivaient tout seuls. C’est là que j’ai rencontré un vieux monsieur très gentil, du nom de George Decker. Oui, m’a-t-il dit tout de suite, il y a des ruines.

Il y avait une belle terrasse près du petit ruisseau Black Duck Brook. Sur cette terrasse, on pouvait voir les contours très, très fins de quelque chose qui avait dû être des habitations.

CB: Si le nom « Decker » vous semble familier, vous avez raison - George Decker, était un membre de la famille de Loretta Decker :

LD: George Decker était mon grand-père. Il a conduit les Ingstad sur le site et leur a montré les endroits où il y avait des vestiges évidents de bâtiments.

On pouvait suivre les contours des murs et pendant des générations, les gens savaient qu’à un moment donné, des autochtones avaient occupé ces terres, ils ne savaient rien des Scandinaves et des Vikings. Ils n’avaient aucune raison de supposer qu’il s’agissait d’autres peuples que des Autochtones à une certaine époque.

CB: Au cours des huit années suivantes, les Ingstad, en collaboration avec une équipe d’archéologues, ont découvert les secrets de L’Anse aux Meadows - un travail que Parcs Canada a ensuite poursuivi. Tous les objets archéologiques mis au jour au cours de cette première période appartiennent à la province de Terre-Neuve-et-Labrador.

Birgitta Wallace: Je m’appelle Birgitta Wallace et j’ai d’abord été archéologue employée, puis archéologue principale pour la région Atlantique.

CB: Birgitta Wallace est maintenant à la retraite de Parcs Canada, mais a été l’une des archéologues principales lors des premières fouilles.

Elle vit à Halifax, en Nouvelle-Écosse, avec son mari, qu’elle a rencontré alors qu’elle travaillait à L’Anse aux Meadows.

Son engagement a commencé lorsqu’elle a rencontré Anne Stine lors d’une conférence. Ils ont réalisé leur passion commune pour l’histoire et l’archéologie scandinaves et Anne Stine a engagé Birgitta pour aider aux fouilles en 1964. Birgitta a quitté son emploi au musée Carnegie de Pittsburgh et s’est rendue dans le petit village de L’Anse aux Meadows.

BW: Il n’y avait pas d’électricité à L’Anse aux Meadows. Il n’y avait pas de route pour y accéder. C’était vraiment isolé.

CB:Même dans les années 1960, L’Anse aux Meadows était encore un petit village sans hôtel, et Birgitta a donc été hébergée par une famille locale.

BW: La fille de la maison, Mildred, qui avait alors 14 ans, s’est moquée de moi parce que je ne savais pas comment faire fonctionner une lampe à pétrole. Il n’y avait bien sûr pas d’eau courante ni d’installations d’aucune sorte.

Cet été là le temps était généralement très froid et humide, nous avions une petite cabane sur le site où nous pouvions faire du café.En fait, nous avons préparé du thé et nous ne vivions que pour les pauses, en creusant et en gelant. Le travail de fouille était très difficile, mais nous avons beaucoup ri.

CB: L’équipe a passé les années suivantes à fouiller les restes des bâtiments, à la recherche de preuves pouvant mener à la conclusion que le site était bel et bien scandinave. Birgitta, elle, était confiante :

BW: Je savais que c’était Scandinave, car j’avais vu des ruines identiques en Islande. Cependant, en 1964, lorsque j’étais là, Anne Stine m’a demandé de creuser une tranchée juste à l’extérieur de la plus grande maison. Elle était avec moi sur le site et il y avait un jeune garçon, Tony Birchy, dont le père soutenait activement les travaux sur le site.

Il creusait et voyait des choses, il n’arrêtait pas de dire, en montrant une pierre, « Est-ce que c’est quelque chose? Et ça? » Il a ensuite brandi une pierre, un petit morceau de stéatite en forme de beignet avec un trou au milieu. Il m’a dit : « Birgitta, est-ce que c’est quelque chose? » Et j’ai reconnu qu’il s’agissait d’une fusaïole, de type scandinave, utilisée à l’époque des Vikings. J’ai demandé à Anne Stine de s’approcher. Elle est venue me voir et m’a dit : « Tu es folle? ». Et nous avons sauté et dansé.

CB: Cette fusaïole était un outil européen courant utilisé pour filer la laine en fil, un artéfact qui pourrait sans aucun doute être lié aux Scandinaves. Il était utile pour fabriquer des tissus pour les vêtements et des voiles pour les navires.

BW: C’était donc, le premier élément officiellement trouvé. C’était une grande consolation pour nous tous. Je pense que c’était vraiment fascinant.

CB: En poursuivant leurs fouilles, Birgitta et son équipe ont trouvé une aiguille cassée fabriquée à partir d’os. Le fuseau et l’aiguille - des outils importants pour fabriquer et réparer les vêtements - donnent de la crédibilité aux références concernant les femmes du Vinland - y compris l’histoire de Gudrid, laquelle a donné naissance à un bébé nommé Snorri, le premier Européen né en Amérique du Nord.

Les fouilles ont également mis au jour une épingle de cape en bronze. Avant l’apparition des fermetures éclair, les épingles en bronze étaient couramment utilisées pour attacher les deux extrémités d’une cape ensemble. Une cape en laine drapée sur les épaules était un moyen de rester au chaud dans les climats froids.

L’une des découvertes les plus intéressantes, cependant, était un clou en fer unique et intact.

Le fer était essentiel pour les Scandinaves et leur mode de vie - c’était la matière première nécessaire à la fabrication d’outils qui leur permettaient notamment de cultiver, de chasser et de construire des navires.

Voici à nouveau Loretta.

LD: Le fer était donc très important pour les Scandinaves, car il les aidait à construire des navires de haute mer. Les planches des bateaux étaient superposées et clouées les unes sur les autres.

Ces joints étaient ensuite colmatés avec du goudron et de la laine de mouton pour assurer l’étanchéité.

CB:Soulignons que les bateaux scandinaves utilisaient également un type de clous en bois qui se comportent mieux dans les environnements océaniques humides, l’eau froide et salée préserve le bois au lieu de les faire rouiller comme les clous en fer.

BW: Nous étions vraiment excités de trouver un clou entier et dans un tel état...On pouvait voir qu’il avait été forgé à la main, mais sinon il ressemblait à un clou moderne.

CB: Or, les artéfacts en fer sont difficiles à dater, ce qui rend ardue de situer le clou trouvé dans la chronologie proposée de la colonisation scandinave.

Mais certains indices indiquent que le clou a été fabriqué à L’Anse aux Meadows par les Scandinaves.

BW: S’il n’avait pas été où il se trouvait, à environ 55cm de profondeur, bien en dessous de la surface et parmi des artéfacts que nous savions être scandinaves, nous aurions pensé qu’il s’agissait d’un clou moderne. Mais toutes ces circonstances nous ont fait réaliser que ce clou avait probablement été fabriqué ici même.

CB: La grande question demeure donc : d’où vient le fer?

La création du fer est une entreprise de grande envergure, même avec la technologie moderne, et pour les Scandinaves, c’était un processus extrêmement laborieux.

Essentiellement, les Scandinaves devaient ramasser du fer, sous forme de pépites de fer de tourbière, dans le ruisseau Black Duck voisin et dans la tourbière environnante. Le fer des tourbières ressemble à des roches brunes et se forme dans les tourbières. Toutes les plantes en décomposition produisent de l’acide tannique, laquelle extrait le fer de la roche qui se trouve en dessous, créant ainsi une sorte de soupe de fer. Lorsque l’eau ferrugineuse commence à s’écouler dans le cours d’eau, elle rencontre de l’oxygène et une réaction chimique crée de l’oxyde de fer, sous la forme de grumeaux de fer.

Ces morceaux sont recueillis et fondus, un processus qui consiste à faire chauffer le fer à haute température pour éliminer les impuretés. Le fer concentré est retiré et les résidus - appelés scories - sont jetés. Les barres de fer sont ensuite forgées (surchauffées et martelées) pour obtenir une forme telle qu’un clou ou un couteau.

Après avoir comparé les propriétés des tas de scories trouvés autour du site à celles du clou, les archéologues ont trouvé une correspondance parfaite, concluant que le clou avait été forgé à l’aide de fer de tourbe trouvé à L’Anse aux Meadows. C’est fascinant, car cela signifie que notre clou représente la plus ancienne preuve connue de la fusion du fer en Amérique du Nord.

Une question qui reste sans réponse est la suivante : les Scandinaves et les peuples autochtones de la région se sont-ils jamais rencontrés? Il n’y a pas beaucoup de preuves, mais un groupe d’artéfacts mis au jour à L’Anse aux Meadows pourrait fournir un indice : trois noix et une ronce de bois de noyer cendré. Le noyer cendré est un type de noyer qui est originaire de l’est de l’Amérique du Nord - mais pas de l’île de Terre-Neuve, - ce qui prouve peut-être que les Scandinaves ont poursuivi leurs explorations plus au sud, là où poussent les noyers, ou encore qu’ils commerçaient avec les peuples autochtones.

Depuis au moins 3 000 ans, de nombreuses cultures autochtones différentes, y compris des groupes pré-inuits comme les Groswater et les Dorset, et des peuples des Premières Nations comme les Beothuk et leurs ancêtres, vivent sur la côte du Labrador, sur l’île de Terre-Neuve et autour du golfe du Saint-Laurent.

Pour en apprendre davantage sur l’histoire des Autochtones à L’Anse aux Meadows, nous nous sommes entretenus avec Jenneth Curtis, une archéologue de Parcs Canada qui a étudié les fouilles autochtones à L’Anse aux Meadows et dans les environs.

Jenneth Curtis:Nous trouvons donc essentiellement les restes de leurs feux de camp, de la roche enflammée, du charbon de bois et des sols chauffés qui constituent des traces de leur passage. On trouve aussi quelques outils qui ont été abandonnés et certaines des preuves des activités de fabrication d’outils.

L’un de ces objets était un manche de harpon en bois, ce qui est une découverte très intéressante, il est très inhabituel de trouver un manche de harpon entier en bois. Il est actuellement exposé au centre d’accueil de L’Anse aux Meadows.

CB: Le carbone de ce manche de harpon date d’il y a 3000 ans, pendant l’occupation du peuple Groswater.

Mais plus près de l’époque des Scandinaves...

JC: Ainsi, les peuples autochtones qui vivaient probablement dans la région il y a environ 1000 ans auraient été les ancêtres des Premières Nations d’aujourd’hui, les Innus du Labrador et les Béothuks qui vivaient sur l’île de Terre-Neuve. Ces groupes étaient engagés dans un modèle d’habitation saisonnier.

Ils venaient régulièrement en été, pour chasser les oiseaux, ramasser les œufs et accéder aux ressources en bois.

CB: Quant à savoir si les Scandinaves et l’un de ces peuples se sont rencontrés, ce n’est pas clair.

JC: Nous avons dit que nous n’avions pas de preuves directes de la rencontre entre les Scandinaves et les peuples autochtones sur le site, mais l’une des choses que je trouve vraiment intéressantes, c’est qu’ils devaient savoir que d’autres personnes étaient là avant eux.

Lorsqu’ils sont arrivés sur le site de L’Anse aux Meadows, ils ont dû voir les restes d’une grande fosse de cuisson sur la terrasse que les Premières Nations avaient creusée quelques centaines d’années auparavant, et ils ont installé l’une de leurs maisons de terre juste à côté de ce grand trou. Les Scandinaves ont donc certainement remarqué qu’un autre peuple était là avant eux.

De même, les peuples autochtones qui sont venus sur le site après le passage des Scandinaves ont pu voir leurs huttes de terre, ainsi que les restes de bois et d’autres objets que les Scandinaves avaient laissés sur place.

CB: Il y a plusieurs hypothèses possibles pour expliquer pourquoi les Scandinaves ont abandonné L’Anse aux Meadows. Leur population dans les colonies du Groenland était faible, donc partir pour les voyages du Vinland signifiait moins de chasseurs et de fermiers à la maison.

Le Groenland étant déjà très éloigné de leurs partenaires commerciaux d’Islande et de Norvège, ils ne souhaitaient peut-être qu’un avant-poste pour explorer le Vinland et exporter des ressources. Des conflits avec au moins un groupe de peuples des Premières Nations peuvent également avoir influencé la décision de ne pas revenir.

Nous ne saurons peut-être jamais la véritable raison de leur départ, mais les preuves de leur séjour intriguent chercheurs et visiteurs depuis des décennies. Si vous avez la chance de visiter L’Anse aux Meadows, prenez quelques minutes pour imaginer à quel point le Canada que nous connaissons aujourd’hui serait différent si les Scandinaves étaient restés.

Et si vous n’êtes pas encore convaincu qu’une visite doit figurer sur votre liste de choses à faire au cours de votre vie, laissez-vous convaincre par un habitant de l’endroit.

LD: L’Anse aux Meadows est un endroit très spécial pour moi et ça l’a toujours été. Je me sens à ma place ici. C’est au bord de l’eau, à L’Anse aux Meadows, que je suis le plus à l’aise et le plus heureuse.

CB: Il y a aussi les couchers de soleil vraiment épiques, des baies délicieuses comme les pommes à cuire et les baies de perdrix, et même de temps en temps un iceberg à la dérive.

Le lieu historique national de L’Anse aux Meadows est ouvert tous les jours de juin à octobre. Pour vous y rendre, vous pouvez prendre l’avion à l’aéroport de St Anthony ou conduire pendant 4 heures au nord du parc national du Gros-Morne en suivant la route 430, la piste des Vikings. Le site archéologique peut être visité. De plus, vous pouvez passer un moment agréable avec les acteurs en costumes scandinaves dans les huttes de terre reconstituées du campement. Pour voir les étonnants objets archéologiques que nous avons mentionnés, rendez-vous au Centre d’accueil ou au musée provincial de Saint-Jean nommé, “The Rooms”.

L’émission Re:Trouver est produite par Parcs Canada. Un grand merci à Loretta Decker, Darrell Markewitz, et à Jenneth Curtis. Un merci tout particulier à Birgitta Wallace pour son aide dans la réalisation de cet épisode et pour sa contribution de toute une vie à l’histoire et à l’archéologie scandinaves. Ses efforts inlassables ont permis de faire connaître ce fascinant chapitre de l’histoire sur la scène mondiale, et en 2015, son travail a été récompensé par le prix Smith-Wintemberg, à savoir la plus haute distinction décernée par l’Association canadienne des archéologues.

Un grand merci également à la province de Terre-Neuve-et-Labrador pour l’utilisation de ses collections archéologiques et à l’Office national du film du Canada pour les clips audio de Helge Ingstad.

Ici, Christine Boucher. Merci d’avoir été des nôtres!

Pour profiter d’une foule d’extras, y compris une exposition sur la plateforme Google Arts et Culture avec des images d’artéfacts et des cartes de la région, veuillez jetez un coup d’œil aux notes de l’émission ou visitez parcs.canada.ca/retrouver

Bibliographie

Sources de publication

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Krauskopf, Konrad B. Introduction to Geochemistry. New York: Mcgraw-Hill, 1979.

Kristensen, Todd J., and Jenneth E. Curtis. “Late Holocene Hunter-Gatherers at L’Anse Aux Meadows and the Dynamics of Bird and Mammal Hunting in Newfoundland.” Arctic Anthropology 49, no. 1 (2012): 68–87.

Larsson, Mats G. “The Vinland Sagas and Nova Scotia: A Reappraisal of an Old Theory.” Scandinavian Studies 64, no. 3 (1992): 305–35.

Martin, Douglas. “Helge Ingstad, Discoverer of Viking Site, Is Dead at 101.” The New York Times, le 30 mars, 2001. https://www.nytimes.com/2001/03/30/world/helge-ingstad-discoverer-of-viking-site-is-dead-at-101.html (en anglais seulement).

Stanton, Mark R., Douglas B. Yager, David L. Frey, and Winfield G. Wright. “Formation of Geochemical Significance of Iron Bog Deposits.” Chapter E14 of Integrated Investigations of Environmental Effects of Historical Mining in the Animas River Watershed, San Juan County, Colorado, edited by Stanley E. Church, Paul von Guerard, and Susan E. Finger. U.S. Department of the Interior, U.S. Geological Survey, Professional Paper 1651, 2007. https://pubs.usgs.gov/pp/1651/downloads/Vol2_combinedChapters/vol2_chapE14.pdf (en anglais seulement).

Thomson, Ornolfur, and Bernard Scrudder, eds. The Sagas of Icelanders. New York, New York: Penguin Group, 1997. Consulté à: https://archive.org/details/sagasoficelander0000unse (en anglais seulement)

Wallace, Birgitta. “L’Anse Aux Meadows and Vinland: An Abandoned Experiment.” In Contact, Continuity, and Collapse: The Norse Colonization of North America, édité par Patricia Sutherland, 207-238. Belgium: Brepols Publishers, 2003.

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Films :

Maud, Ralph, dir. The Man Who Discovered America. Montreal: Office national du film du Canada, 1981. https://www.onf.ca/film/man_discovered_america/

Pettigrew, William, dir. The Vinland Mystery. Montreal: Office national du film du Canada, 1984. https://www.onf.ca/film/vinland_mystery/

Documents gouvernementaux

Rick, John. “The L’Anse Aux Meadows Site, Newfoundland.” La Commission des lieux et monuments historiques du Canada, Rapport 1968-40, 109-110.

“L’Anse Aux Meadows - an Archaeological Review and Status Report.” CLMHC, Rapport 1967-5, 79-81.

Stopp, Marianne. “The Norse Greenlandic Navigator.” Direction générale de la conservation et de la commémoration du patrimoine, Parcs Canada, 2014.

Stopp, Marianne. “The Norse Greenlandic Shipwright - Resource Notes.” Direction générale de la conservation et de la commémoration du patrimoine, Parcs Canada. 2014.

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