Pleins feux sur les espèces – La chevêche des terriers
Parc national des Prairies

Vous est-il déjà arrivé, lors d’une excursion dans les prairies, d’apercevoir un petit oiseau perché au sommet d’un monticule de terre, ou de discerner des yeux qui vous observent depuis un terrier? Si oui, vous avez peut-être eu la chance d’observer une chevêche des terriers! Ce petit rapace mesure de 19 à 28 cm de hauteur. Il se distingue par ses longues pattes, bien adaptées à la course au sol, ainsi que par ses grands yeux, qui lui permettent de scruter l’horizon dégagé des prairies. D’un jaune vif, ces yeux au regard étonnamment expressif constituent l’un de ses traits les plus reconnaissables. Chez les adultes, le plumage est brun tacheté aux tons sableux, tandis que les jeunes sont plus pâles et présentent moins de marbrures. Cette coloration leur assure un excellent camouflage dans le paysage sec des prairies. De loin, la chevêche des terriers est d’ailleurs souvent confondue avec le chien de prairie, en raison de sa petite silhouette trapue et du fait que les deux espèces partagent le même habitat.
Au printemps, les chevêches des terriers reviennent au Canada depuis leurs aires d’hivernage, dans le sud des États-Unis et au Mexique, afin de se reproduire et d’élever leurs petits. Après la parade nuptiale, le mâle entreprend d’aménager le terrier choisi pour en faire un site de nidification. Il en tapisse l’intérieur de végétaux secs et de fumier, une pratique qui contribuerait à réguler l’humidité et la température du terrier. Le fumier servirait également à masquer l’odeur des oiseaux, réduisant ainsi les risques de prédation pendant la période de nidification. La femelle pond ensuite de six à douze œufs, qu’elle couve pendant environ quatre semaines. Après l’éclosion, les oisillons commencent à s’aventurer hors du terrier au bout d’environ deux semaines, et vers l’âge de trois semaines, ils amorcent l’apprentissage de la chasse.
Importance de la chevêche des terriers

La chevêche des terriers (Athene cunicularia) est désignée espèce en voie de disparition en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Cette désignation signifie qu’elle risque de disparaître de certaines parties de son aire de répartition naturelle, voire d’y être localement éteinte. L’espèce est protégée en Alberta et en Saskatchewan, et les propriétaires fonciers sont également encouragés à prendre des mesures pour préserver son habitat. Malgré sa petite taille, la chevêche des terriers joue un rôle essentiel dans son écosystème en tant que prédateur de niveau supérieur. Une seule famille peut consommer jusqu’à 7 000 insectes et 1 800 rongeurs au cours d’une saison. Sa présence dans le paysage contribue à l’équilibre de la chaîne alimentaire et aide à réguler naturellement les populations d’insectes et de rongeurs. De plus, sa sensibilité aux variations de l’environnement en fait un précieux indicateur de la santé des écosystèmes. Dans le parc national des Prairies, la chevêche des terriers profite des terriers abandonnés des chiens de prairie à queue noire, des spermophiles de Richardson et d’autres petits mammifères fouisseurs pour s’y installer pendant la saison de nidification, offrant ainsi un lieu sûr pour l’élevage de ses petits. Ce comportement particulier explique pourquoi on trouve souvent ces chouettes à proximité des colonies de chiens de prairie, dont elles dépendent fortement.
Protéger l’espèce
La perte et la fragmentation de l’habitat constituent des facteurs importants qui contribuent au déclin de la chevêche des terriers. Les prairies ouvertes dépourvues d’arbres représentent son habitat de prédilection, mais ce sont aussi, malheureusement, des terres très prisées pour l’agriculture. En Saskatchewan, seulement 20 % de la prairie indigène subsiste. Ainsi, les chevêches qui reviennent de leurs aires d’hivernage peuvent être contraintes de s’installer dans des milieux moins appropriés, comme les fossés, les ponceaux ou les cours de ferme, où elles sont exposées à divers dangers, notamment la circulation routière, l’épandage de produits chimiques et le travail du sol. L’utilisation de pesticides représente une autre menace majeure, en particulier celle du carbofuran. Ce pesticide, couramment employé pour lutter contre les sauterelles, réduit les chances de succès reproducteur des chevêches et peut entraîner des malformations chez les jeunes, diminuer la disponibilité de proies et réduire l’abondance des mammifères fouisseurs. Les animaux sauvages peuvent également confondre les granules chimiques avec de la nourriture ou les ingérer lors du lissage de leur plumage. L’empoisonnement peut aussi survenir lorsque les chevêches consomment des sauterelles contaminées.
Où les observer

L’un des meilleurs endroits pour observer la chevêche des terriers dans le parc national des Prairies est le long de la route de l’Écocircuit. Au printemps, on peut souvent apercevoir des chevêches au sein des colonies de chiens de prairie, où elles s’affairent à prendre soin de leurs petits et à les élever. Ces petites chouettes privilégient les colonies de chiens de prairie non seulement en raison du grand nombre de terriers abandonnés qui s’y trouvent, mais aussi pour les vastes espaces dégagés et les points de vue étendus qu’offrent ces colonies. La chevêche des terriers a besoin de milieux ouverts, à végétation rase ou pâturée, plats et sans arbres, afin de pouvoir repérer efficacement ses proies et détecter les prédateurs, malgré sa faible hauteur.
Respecter la faune

Observer une chevêche des terriers au parc national des Prairies est une expérience mémorable. La route panoramique Écocircuit, facilement accessible, permet parfois de s’approcher à quelques mètres seulement de leurs nids. Il est toutefois essentiel de se rappeler l’importance de respecter la faune. Veillez à garder une distance suffisante afin de permettre aux chevêches de se déplacer librement, sans se sentir stressées ni menacées, surtout pendant la saison de reproduction. La chevêche des terriers est une espèce très sensible : même une distance qui peut sembler adéquate pour l’observateur peut néanmoins être source de stress pour l’oiseau.
Le parc national des Prairies est un lieu exceptionnel pour l’observation des oiseaux et la photographie. Cependant, assurez-vous d’observer depuis le côté opposé de la route et d’installer télescopes et matériel photographique à au moins 100 m des chevêches. Si les prises de vue rapprochées sont tentantes, votre proximité peut être perturbante pour l’animal. Privilégiez plutôt l’observation de comportements naturels et dynamiques, et envisagez de rester dans votre véhicule. Après 15 minutes, veuillez quitter les lieux afin de permettre aux chevêches de vaquer à leurs activités. Vous pourrez toujours revenir plus tard; une présence prolongée risque toutefois de les déranger.
Les chevêches des terriers sont déjà aux prises avec de nombreuses difficultés. Il est important que notre présence ne constitue pas une source supplémentaire d’échec de nidification ni une entrave à leurs comportements naturels, comme la chasse. En tout temps, respectez la faune et admirez‑la à distance.
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