Estimations actuelles et historiques des populations

Parc national Jasper

Référence photographique Carte du parc national Jasper et du nord du parc national Banff montrant la proportion relative de caribous qui utilisent l’habitat des parcs nationaux ainsi que la taille approximative des populations.

Quatre hardes de caribous trouvent refuge dans le parc national Jasper : l’À la Pêche au nord, la Brazeau, ainsi que les hardes de la Maligne et de la vallée Tonquin, plus au sud.

Les hardes de la vallée Tonquin et de l’À la Pêche sont stables ou en augmentation depuis 2015. La harde de la vallée Tonquin comprend environ 47 caribous (entre 43 et 50), et on estime que la harde de l’À la Pêche compte jusqu’à 250 caribous, dont environ la moitié passent une partie ou la totalité de l’année dans le parc national Jasper.

Les trois derniers caribous connus de la Brazeau ont été transférés au Centre d’élevage de conservation du caribou de Parcs Canada en mars 2025. Il ne reste plus de caribous dans les secteurs de la Maligne et de Banff.

Historiquement, il y avait plus de caribous qui occupaient un plus grand nombre de régions du parc national Jasper

Il est difficile de déterminer avec précision combien de caribous vivaient jadis dans le parc national Jasper. Les caribous passent la plupart de leur temps dans des régions éloignées, et les dénombrements ainsi que la surveillance régulière n’ont commencé qu’au début des années 2000. Cependant, les connaissances autochtones, les données archéologiques et les documents écrits montrent que les hardes de caribous étaient autrefois beaucoup plus nombreuses et parcouraient une plus grande partie du parc.

Des pratiques de gestion du début du XXe siècle à l’origine du problème

Les caribous échappent aux prédateurs en fréquentant des zones rarement visitées par ces derniers et par les autres ongulés : une stratégie efficace lorsque le nombre de prédateurs est faible.

De nombreuses populations de caribous des bois au Canada ont diminué en raison de la fragmentation ou de l’altération des forêts anciennes par le développement industriel. Ces changements créent de meilleurs habitats pour les wapitis, les cerfs et les orignaux, ce qui attire davantage de prédateurs.

À Jasper, plutôt que de modifier le paysage, les pratiques de gestion de la faune dans les premières années après la création du parc national ont entraîné des décennies de prédation accrue sur le caribou.

Référence photographique : Caribous du point de vue des collines Bald, vallée de la Maligne. John Stelfox, 1971

En 1920, des wapitis provenant du parc national de Yellowstone ont été amenés dans le parc national Jasper

Quand les 88 wapitis sont arrivés à Jasper en 1920, un programme de contrôle des prédateurs maintenait l’effectif des populations de loups à un niveau très bas. En l’absence de prédateurs, la population de wapitis a explosé pour atteindre environ 3 000 individus au milieu des années 1930. On estimait qu’il y avait entre 200 et 650 caribous à Jasper à cette époque.

Une harde de wapitis sur la route du Lac-Pyramid. Les wapitis ont été transportés par chemin de fer jusqu’à Jasper par le gouvernement fédéral à la fin de l’année 1919. Musée et centre d’archives de la société historique Jasper-Yellowhead PA 18-49

Le contrôle des prédateurs a été brusquement interrompu en 1959

Lorsque ces pratiques de gestion de la prédation ont pris fin, les loups ont trouvé une abondance de wapitis à chasser, ce qui a entraîné une augmentation rapide de leur population. À mesure que la concurrence entre les meutes de loups s’intensifiait, celles-ci ont élargi leurs territoires. Les loups se sont déplacés des vallées, où se trouvent leurs proies de prédilection comme les wapitis, les cerfs et les orignaux, pour s’aventurer vers des altitudes plus élevées, là où se trouvent les caribous.

Number of elk and number of wolves by year
Tendances dans l’abondance approximative des wapitis (orange) et des loups (violet) près de l’habitat du caribou dans le parc national Jasper, de 1900 à 2023. Le wapiti a été réintroduit en 1920, alors que les populations de prédateurs faisaient l’objet d’un contrôle actif (jusqu’en 1959). Les hivers rigoureux de la fin des années 1940 et du début des années 1970 ont affecté la population de wapitis.

La population de loups est demeurée élevée de 1959 à 2014

La population de wapitis a éventuellement commencé à décliner à des niveaux plus naturels en raison du grand nombre de loups dans le parc. Les populations de caribous ont également diminué, mais dans une bien plus grande mesure. Les caribous sont moins abondants que les wapitis et se reproduisent plus lentement. Dans les années 1980, la population de caribous de Jasper avait chuté à seulement 200.

Caribous dans le col Maligne. John Stelfox, 1972.

Parcs Canada a agi pour réduire bon nombre des facteurs contribuant au déclin du caribou

Le caribou des bois a été inscrit sur la liste des espèces menacées au Canada en 2003

À mesure que notre compréhension des interactions prédateurs-proies s’est approfondie, Parcs Canada a pris des mesures pour minimiser l’impact des humains sur les populations de wapitis et de loups. Cela comprenait le déplacement des wapitis hors de la ville, où ils trouvaient refuge contre les prédateurs, ainsi que l’élimination des carcasses d’animaux le long des routes pour empêcher les loups de s’en nourrir facilement.

Parcs Canada a pris des mesures pour réduire les menaces auxquelles sont exposés les caribous du parc national Jasper

Ces mesures ont permis d’améliorer les conditions de survie et de rétablissement du caribou. Cependant, des décennies de prédation accrue avaient déjà presque conduit les hardes de caribous de Jasper à l’extinction au moment où les populations de loups sont revenues à des niveaux plus naturels en 2014.


La Loi sur les parcs nationaux du Canada et Loi sur les espèces en péril protègent le caribou et son habitat. À partir de 2006, Parcs Canada a instauré les mesures suivantes dans le parc national Jasper :

  • adoption d’une nouvelle méthode d’élimination des carcasses d’animaux tués sur les routes pour éviter que les loups ne puissent y avoir accès et ainsi compléter artificiellement leur régime, empêchant de ce fait toute croissance non naturelle de la population de prédateurs;
  • interdiction d’accès au territoire occupé par le caribou en hiver, afin d’éviter que les chemins et les pistes tracées par les humains ne facilitent l’accès des loups au territoire du caribou par des moyens non naturels;
  • arrêt du traçage de pistes de ski de fond et du recours aux motoneiges (pour les opérations du parc et les activités des pourvoyeurs) dans l’habitat du caribou, dans le but d’empêcher la formation de pistes de neige compacte que les loups pourraient emprunter en hiver;
  • approbation des lignes directrices pour la gestion de la station de ski Marmot Basin et de son plan à long terme, ce qui a permis de réduire de 17 % la superficie du domaine à bail de la station de ski, de restituer 118 ha d’habitat de nature sauvage, et d’imposer des limites à l’aménagement des remonte-pentes dans le domaine skiable;
  • interdiction d’accès aux vélos et aux chiens, ainsi que des activités de décollage et d’atterrissage en parapente et en deltaplane pour éviter de déranger les caribous;
  • interdiction d’aménager des sentiers dans le territoire du caribou, réduction de la taille des groupes autorisés à y pratiquer le camping sauvage et diminution du nombre de permis délivrés;
  • adoption de lignes directrices pour les aéronefs qui effectuent des vols au-dessus des zones alpines du parc où se trouvent des animaux sauvages;
  • réduction des limites de vitesse et installation de panneaux d’avertissement pour protéger les caribous contre les collisions dans les secteurs où ils ont l’habitude de traverser la route;
  • évaluation continue des propositions de projet, y compris les brûlages dirigés, pour en analyser les impacts sur le caribou et son habitat;
  • surveillance continue des loups, des wapitis, des cerfs et des caribous pour mieux comprendre les changements qui surviennent dans leurs populations;
  • recherche et surveillance continues pour comprendre les changements à grande échelle qui pourraient survenir dans l’habitat en raison du feu, des insectes forestiers, des changements climatiques, de l’activité humaine, des espèces non indigènes ou des pratiques de gestion de la faune.

Le nombre de caribous a fortement diminué entre 2000 et 2015

À mesure que la taille des populations diminue, ces dernières deviennent encore plus vulnérables aux menaces naturelles, telles que les prédateurs, les maladies et les accidents. Les 5 derniers caribous de Banff ont péri dans une avalanche en 2009. Le nombre de caribous parmi les hardes de la Brazeau, de la Maligne et de la vallée Tonquin est passé de 150 en 2000 à moins de 50 en 2015.

Les hardes de caribous ont commencé à se stabiliser à des niveaux faibles en 2015

La harde de la vallée Tonquin a connu une croissance, passant de 28 caribous en 2015 à 50 en 2022. Cette tendance encourageante montre que de nombreuses menaces ont été réduites et que les conditions de vie du caribou se sont améliorées.

Les hardes de la Brazeau et de la Maligne, déjà au bord de l’extinction, sont demeurées très réduites jusqu’à la disparition des trois derniers caribous de la Maligne en 2018.

graphique
Évolution de l’abondance approximative des caribous dans les hardes de la Brazeau, de la Maligne et de la vallée Tonquin du parc national Jasper, entre 2007 et 2024. Les dénombrements minimaux sont indiqués pour les hardes de la Brazeau, de la Maligne et de la Tonquin. Les estimations issues des excréments de caribou de la vallée Tonquin (ADN fécal) et les estimations de la population de la harde de la vallée Tonquin obtenues à partir d’un modèle intégré de population (MIP) sont également présentées. Les barres d’erreur indiquent des intervalles de confiance à 95 %. La zone en rose représente les intervalles de crédibilité à 95 % pour l’estimation du MIP.

Le parc national Jasper peut désormais soutenir de plus grandes populations de caribous

Le parc national Jasper renferme de vastes étendues qui peuvent servir d’habitat au caribou

Le parc constitue un espace protégé exceptionnel où les hardes de caribous des montagnes du Sud ont peut-être les meilleures chances de rétablissement et de survie à long terme. Environ 86 % du territoire du parc national Jasper constitue un habitat essentiel pour le caribou. Les aires protégées avoisinantes peuvent aussi soutenir le caribou, notamment les parcs provinciaux du mont Robson, du mont Assiniboine, de Hamber, de Kakwa et de Willmore.

Un équilibre prédateurs-proies plus sain a été rétabli

Les populations de loups et de wapitis ont diminué et se sont maintenues à de faibles niveaux, réduisant ainsi la pression de prédation et de compétition sur le caribou. Entre 2017 et 2024, la densité moyenne des loups à Jasper était de 1,6 par 1 000 km², soit environ la moitié de celle observée entre 2009 et 2016. Depuis 2015, le nombre de wapitis à Jasper se maintient autour de 300, contre plus de 1 000 au début des années 2000, et il ne devrait pas varier de manière significative dans l’avenir.

Les efforts de conservation ont réduit les menaces

Photo : Lalenia Neufeld

Parcs Canada réduit les perturbations et protège l’habitat du caribou. Des activités de recherche et de surveillance sont en cours pour évaluer le risque de prédation sur le caribou, ainsi que l’impact de nos mesures de conservation, des changements climatiques et d’autres facteurs incertains.

La menace la plus importante pour le caribou dans le parc national Jasper est l’impact de la petite taille de la population. Trop peu de faons naissent chaque année d’un petit nombre de femelles reproductrices, ce qui rend la survie de la harde de la Tonquin précaire et, sans aide, empêche le rétablissement de la harde de la Brazeau.

Le programme d’élevage de conservation du caribou mené par Parcs Canada vise à rétablir les hardes de caribous

Avec des populations stables dans les hardes de l’À la Pêche et de la Tonquin, et des conditions écologiques favorables, Parcs Canada œuvre à reconstituer la harde de la vallée Tonquin et, éventuellement, celles de la Brazeau et de la Maligne, en augmentant la population de caribous à Jasper grâce à l’élevage de conservation.

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