Élevage de conservation du caribou

Parc national Jasper

Au cœur des parcs des Rocheuses canadiennes, site du patrimoine mondial de l’UNESCO, Parcs Canada est le fer de lance d’un programme de conservation ambitieux, fondé sur des données scientifiques, afin d’assurer la survie du caribou.

Les programmes d’élevage de conservation permettent d’accroître l’effectif des populations d’espèces sauvages menacées et en voie de disparition afin d’éviter leur extinction. Les animaux sauvages sont placés en captivité afin qu’ils se reproduisent et leur progéniture est mise en liberté dans la nature.

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Parcs Canada s’efforce de reconstituer des hardes de caribous saines et durables dans le parc national Jasper grâce à l’élevage de conservation.

Photo : Mark Bradley

Les populations de caribous s’accroissent lentement, mais peuvent décliner rapidement. Elles sont sensibles à l’augmentation de la prédation et aux perturbations de l’habitat en raison de leur faible taux de reproduction et de leur besoin d’un habitat étendu et non fragmenté.

Si les petites hardes et les caribous individuels peuvent survivre pendant de nombreuses années, une harde comptant moins de dix femelles reproductrices a peu de chances de se reconstituer. La harde finira par disparaître si l’on n’y ajoute pas d’autres caribous.

Renseignez-vous sur les estimations actuelles et historiques de la population de caribous dans le parc national Jasper.

Le programme d’élevage de conservation du caribou de Parcs Canada permet d’élever des caribous et de les relâcher dans la harde de la vallée Tonquin

Photo : Lalenia Neufeld

Pour exécuter ce programme d’élevage de conservation et de mise en liberté, le premier en son genre pour le caribou, Parcs Canada prendra les mesures suivantes :

  • déplacer un petit nombre de caribous sauvages vers le Centre d’élevage de conservation;
  • élever une harde de caribous au centre d’élevage où les faons naîtront chaque année;
  • mettre en liberté les caribous nés au centre d’élevage dans la harde de la vallée Tonquin lorsqu’ils sont âgés de 14 à 16 mois;
  • surveiller les animaux et collaborer avec des partenaires et des experts pour adapter le programme selon les leçons apprises;
  • envisager de libérer des caribous du centre d’élevage à l’endroit où les hardes ont disparu dans le parc national Jasper.
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Calendrier montrant les six étapes de la planification et de la mise en œuvre du programme d’élevage de conservation. La version texte suit.
Version texte

Calendrier montrant les six étapes de la planification et de la mise en œuvre du programme d’élevage de conservation.

2021/ 2022 : Planification

2022/ 2023 : Évaluation d’impact détaillée, consultations, conception

2023/ 2024 : Construction

2025 : Première capture de caribous sauvages et déplacement vers le Centre d’élevage de conservation

2026/ 2027 : Deuxième capture de caribous sauvages et déplacement vers le Centre d’élevage de conservation, et première mise en liberté de caribous nés dans le centre

2036 et après : La harde sauvage de la vallée Tonquin devrait compter au moins 200 caribous grâce à l’élevage de conservation


Terminé
  • Recherche et planification
  • Évaluation d’impact détaillée (EID)
  • Consultation
  • Conception et construction
  • Évaluation après feu de forêt
  • Cérémonie autochtone
  • Première capture
  • Premier caribou né en captivité
  • Première saison de reproduction
  • Construction de l’enclos de mise en liberté
Prochaines étapes
  • Deuxième capture
  • Première remise en liberté (vallée Tonquin)
  • Deuxième groupe de caribous nés au Centre

Centre d’élevage de conservation du caribou

Le premier centre d’élevage de conservation du caribou d’Amérique du Nord se trouve dans le parc national Jasper. Établi dans une zone sauvage près des chutes Athabasca et à 35 km au sud de la ville de Jasper, le centre est situé au pied du mont Kerkeslin, entre les vallées des rivières Athabasca et Whirlpool.

Le Centre d’élevage de conservation s’étend sur environ 65 hectares, soit l’équivalent de plus de 80 terrains de soccer. Sa taille est semblable à celle du lac Edith ou du lac Patricia, dans le parc national Jasper. Il peut accueillir jusqu’à 120 caribous à différents stades de leur vie et états de santé tout au long de l’année.

Les 36 enclos extérieurs du centre disposent d’espaces permettant aux caribous de vivre ensemble ou séparément selon les besoins. Un réseau de barrières et de sentiers permet aux caribous de se déplacer naturellement dans le centre et, si nécessaire, de recevoir des soins vétérinaires. Une clôture électrique entourant le centre protège les caribous des prédateurs et des perturbations.

Les caribous reçoivent quotidiennement de l’eau potable fraîche et une nourriture spéciale. Des abris et des clôtures ombragés ainsi que des stations de brumisation les aident à rester au frais en été.

Cette installation ultramoderne a été conçue en consultation avec des experts du monde entier en matière de conservation et de manipulation des caribous. Les meilleures pratiques issues de projets de mise en enclos de femelles gestantes, d’organismes de recherche vétérinaire sur la faune sauvage, de conservation et d’élevage en captivité ont été adaptées pour répondre aux besoins des caribous du parc national Jasper.

À l’entrée du Centre d’élevage de conservation se trouvent trois bâtiments destinés à la prise en charge des caribous : une étable de manipulation pour les soins vétérinaires, un garage pour le stockage du matériel et des outils, et un bâtiment administratif avec des bureaux ainsi que des laboratoires de recherche et de nécropsie.

En collaboration avec le responsable du centre d’élevage, une technologue en santé de la faune supervise les soins vétérinaires quotidiens de base pour les caribous. L’équipe est guidée par un vétérinaire de la faune de Parcs Canada qui se consacre au programme. Trois autres techniciennes spécialisées dans les soins aux animaux sauvages et un employé dédié à l’entretien sont présents sur place pour s’occuper des animaux, notamment de leur alimentation, de leur surveillance et du nettoyage.

Le Centre d’élevage de conservation est fermé au public. L’accès est limité au personnel, aux spécialistes, aux chercheurs et aux partenaires autochtones. Les grandes priorités de Parcs Canada au centre d’élevage sont de prévenir la transmission de maladies, de perturber le moins possible les caribous et de réduire au minimum leurs interactions avec l’humain.

Élever des caribous

Parcs Canada a accueilli le premier caribou sauvage au Centre d’élevage de conservation en mars 2025. Pour la première année du programme, dix caribous ont été déplacés du parc national Jasper vers le centre d’élevage afin d’éviter que leur génétique unique et leurs comportements disparaissent. Certains animaux peuvent rester en captivité pendant toute la durée du programme, tandis que d’autres seront relâchés.

Les femelles adultes passent le plus de temps dans le centre d’élevage, de plusieurs années à toute leur vie. Quelques-uns de leurs faons seront gardés au centre pour compléter la harde reproductrice.
Les mâles adultes seront remis en liberté et remplacés par de nouveaux mâles sauvages après quelques années afin de favoriser la diversité génétique.
Les faons nés en captivité resteront au centre d’élevage pendant 14 à 16 mois.

Sur une période de 2 à 5 ans, Parcs Canada prévoit d’établir une harde reproductrice comptant jusqu’à 40 femelles adultes au Centre d’élevage de conservation. Ces caribous seront un mélange d’animaux nés dans le centre d’élevage et de caribous déplacés à partir de hardes sauvages. Chaque année, les déplacements seront guidés par les recherches en cours, la modélisation de la population et la collaboration avec les partenaires des différentes administrations.

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Les étapes clés et les stades de vie du caribou sont indiqués sur un schéma chronologique cyclique. La version texte suit.
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Les caribous sauvages sont capturés de février à mars sur plusieurs années et transférés au Centre d’élevage de conservation. Les caribous naissent dans les enclos du centre d’élevage au mois de juin. En septembre, les jeunes caribous sont sevrés du lait de leur mère à l’âge de trois mois environ. La saison de reproduction (ou de rut) a lieu en octobre. Ce cycle de reproduction, de mise bas et de sevrage au sein du Centre d’élevage de conservation se poursuit chaque année. Les caribous sont libérés du programme et rejoignent la harde sauvage à l’âge d’au moins un an (de 14 à 16 mois) entre août et septembre.

Parcs Canada envisage un avenir où les hardes de caribous pourront prospérer par elles-mêmes.

Photo : Mark Bradley

L’objectif consiste à repeupler la harde de la vallée Tonquin jusqu’à ce que l’effectif atteigne 200 individus dans un délai de 10 ans après la mise en liberté des premiers caribous. À la lumière de l’expérience et des résultats observés pour la harde de la vallée Tonquin, Parcs Canada explorera la possibilité de mettre des animaux en liberté dans les secteurs de la Brazeau et de la Maligne jusqu’à ce que les populations atteignent de 300 à 400 caribous pour l’ensemble des trois hardes.

Travailler ensemble pour rétablir les populations de caribous et enrayer la perte de biodiversité

De nombreux peuples autochtones ont des liens historiques et continus avec le caribou. Les partenaires autochtones contribuent au succès du programme d’élevage de conservation de Jasper et, plus largement, au rétablissement des caribous en transmettant leurs connaissances et leur culture, en organisant des cérémonies, en participant aux travaux sur le terrain et en cueillant du lichen pour l’apporter aux caribous du centre d’élevage.

Parcs Canada collabore avec des partenaires autochtones, les gouvernements de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, Environnement et Changement climatique Canada et des experts du monde entier afin d’atteindre des objectifs communs de conservation et de rétablissement pour tous les caribous des montagnes du Sud.


Foire aux questions

Le Centre d’élevage de conservation est-il situé à une altitude beaucoup plus basse que celle que les caribous utilisent habituellement? Fera-t-il trop chaud pour les caribous en été?

Le Centre d’élevage de conservation se trouve dans l’habitat du caribou à basse altitude. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un milieu alpin, les conditions qui règnent au Centre d’élevage de conservation sont semblables à d’autres environnements que les caribous connaissent parfois à l’état sauvage. Les caribous se déplacent souvent vers des altitudes plus basses au printemps. Le Centre d’élevage de conservation se trouve à proximité du secteur de la harde caribous de la vallée Tonquin, ce qui minimise le temps de transport lors de la capture et de la remise en liberté.

L’une des caractéristiques qui rendaient cet endroit propice était la forêt et son sous-bois sain. Cependant, une grande partie de cette forêt a brûlé lors de l’incendie de Jasper en 2024. Des abris ombragés et des stations de refroidissement avec des brumisateurs ont été ajoutés pour garder les caribous au frais en été. Des abris et des brumisateurs ont été utilisés avec succès dans les zoos et d’autres élevages.

Quelle est la différence entre l’élevage de conservation et la mise en enclos des femelles gestantes?

L’élevage de conservation et la mise en enclos des femelles gestantes sont deux moyens de faire croître une population d’animaux sauvages et de prévenir l’extinction. L’efficacité de chaque méthode dépend de l’espèce et du contexte local.

L’élevage de conservation permet d’augmenter la taille des populations sauvages par l’ajout répété de caribous. Les mâles et les femelles sont capturés dans la nature et emmenés en captivité où ils vivent et se reproduisent tout en étant protégés des prédateurs et des autres menaces à la survie. Une harde reproductrice en captivité est établie sur plusieurs années, la plupart des adultes restant en captivité toute l’année. Lorsqu’ils ont environ un an, les caribous nés en captivité sont mis en liberté afin qu’ils rejoignent une harde sauvage. Ce scénario se répète chaque année jusqu’à ce que la population atteigne une taille lui permettant d’assurer sa survie.

La mise en enclos des femelles gestantes augmente la taille des populations sauvages, principalement en permettant à un plus grand nombre de faons de survivre. Les femelles gestantes sont capturées dans la nature à la fin de l’hiver et placées dans un enclos temporaire pendant la saison de mise bas. Les faons qui y naissent sont protégés des prédateurs au moment où ils sont le plus vulnérables. Tous les caribous de l’enclos sont relâchés dans la nature lorsque les petits ont environ deux mois.

Pourquoi ne pas utiliser la mise en enclos des femelles gestantes dans le parc national Jasper?

L’élevage de conservation se concentre sur l’augmentation du nombre de femelles adultes qui peuvent mettre bas, tandis que la mise en enclos des femelles gestantes permet d’augmenter le nombre de faons qui survivent chaque année. Le taux de survie des faons à Jasper est déjà relativement élevé par rapport à d’autres populations de caribous au Canada. Cependant, dans les populations plus petites, comme les hardes de la Brazeau et de la vallée Tonquin, il y a peu de femelles adultes, de sorte que seul un nombre limité de faons naissent chaque année.

La mise en enclos des femelles gestantes augmenterait la population de caribous à un rythme plus lent que l’élevage de conservation. Grâce à l’élevage de conservation, le nombre de femelles reproductrices dans la harde de la vallée Tonquin pourrait passer de 10 à 60 en l’espace d’une décennie. En revanche, la mise en enclos des femelles gestantes ne devrait produire qu’un maximum de 20 femelles reproductrices au cours de la même période.

Pourquoi ne pas transporter à Jasper des caribous provenant de hardes beaucoup plus importantes du Nord du Canada ?

Bien que tous les caribous soient de la même espèce, il existe trois sous-espèces de caribous au Canada (caribou des bois, caribou de la toundra et caribou de Peary) dont la génétique, l’apparence, les comportements et l’habitat diffèrent. Les caribous qui vivent dans le parc national Jasper constituent un écotype de caribous des bois appelé caribous des montagnes du Sud.

Différents types de caribous vivent dans le nord du Canada, notamment le caribou de la toundra, le caribou boréal et le caribou des montagnes du Nord. Le caribou de la toundra est un migrateur qui vit dans la toundra et qui parcourt de longues distances. Il ne serait pas bien adapté à la vie en forêt et en montagne tout au long de l’année. Le caribou boréal et le caribou des montagnes du Nord sont tous deux des types de caribous des bois; cependant, des recherches ont montré que les caribous des montagnes du Sud, plus proches de Jasper, se ressemblent davantage sur le plan génétique et comportemental.

Existe-t-il des exemples de programmes d’élevage de caribous ailleurs?

Le programme de Parcs Canada est le premier du genre pour le caribou en Amérique du Nord. Cependant, des techniques de capture de caribous, d’élevage en captivité et de déplacement d’un lieu à l’autre et entre hardes ont été étudiées, documentées et mises en œuvre en Amérique du Nord et en Europe.

Les programmes ou projets qui ont guidé le programme d’élevage de conservation à Jasper comprennent la Large Animal Research Station de R.G. White en Alaska; les enclos de mise bas de Klinse-Za, de Revelstoke et d’Arrow Lakes en Colombie-Britannique; les enclos de mise bas et de maternité de Charlevoix, de la Gaspésie et de Val-d’Or au Québec; et le projet « MetsäpeuraLIFE » en Finlande.

Le programme comporte-t-il une fin prévue?

Le programme peut se poursuivre jusqu’à 20 ans pour atteindre son objectif de populations de caribous autonomes dans le parc national Jasper. Compte tenu des incertitudes, ce type de programme nécessitera une recherche, un suivi, un apprentissage et une adaptation continus. Les progrès seront régulièrement évalués à des étapes clés.

Parcs Canada examinera et révisera les objectifs du programme en fonction des recherches, des conditions actuelles et des consultations avec les partenaires et les intervenants. Le programme sera réévalué si la santé ou le bien-être des caribous sont menacés à tout moment ou si la méthode ne permet pas de faire croître la population. Le centre d’élevage est destiné à être démantelé à terme et le terrain sera ramené à son état d’origine.

Les connaissances acquises grâce à ce programme de conservation et à la mobilisation des peuples autochtones auront des retombées au-delà du parc national Jasper. Quelle que soit l’issue, les renseignements et les leçons apprises seront communiqués à d’autres programmes de conservation afin de favoriser le rétablissement du caribou et d’autres espèces menacées au Canada et dans le monde.

Comment les changements climatiques influent ils le rétablissement du caribou?

Les caribous ont évolué pour vivre dans des climats plus frais et sont adaptés aux hivers froids et enneigés. Les changements dans les cycles saisonniers, les saisons de croissance et les régimes de chutes de neige pourraient avoir une incidence sur la disponibilité de la nourriture et l’habitat. Les changements climatiques pourraient réduire l’habitat alpin et augmenter l’ampleur et la fréquence des avalanches. Des feux de forêt plus fréquents et des infestations d’insectes forestiers pourraient entraîner une perte d’habitat ou des changements connexes qui se traduiraient par une augmentation de la prédation sur les caribous. Le réchauffement des températures pourrait également entraîner des conditions plus favorables aux maladies et aux parasites qui touchent le caribou.

Même si les scientifiques s’efforcent de prédire les effets des changements climatiques, nous ne pouvons pas anticiper chaque aspect de l’adaptation des espèces à ces changements ni déterminer si les changements auront un effet d’entraînement sur l’ensemble des écosystèmes. Parcs Canada mène des recherches et surveille la faune et l’habitat dans le parc national Jasper afin de comprendre les effets potentiels des changements climatiques et de nous aider à adapter nos efforts au fil du temps.

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