Une journée dans la vie – Déchiffrer le code grâce à l’ADNe

Parc national Wapusk

Quatre employés de Parcs Canada en uniforme se tiennent devant un hélicoptère sur un sol rocailleux bordé d’eau.
Photo d’équipe de Jesse, Russell, Erica et Matthew sur un site d’échantillonnage de Kelsey Creek à l’été 2024.

Pour l’équipe de conservation des ressources du parc national Wapusk, les journées se suivent, mais ne se ressemblent pas! La plupart sont faites d’un mélange de science, de sueur et – si vous avez de la chance – de seulement quelques moustiques pas trop voraces. Une journée dans la vie de Russell Turner, scientifique des écosystèmes, comporte également une part de mystère.

Vous êtes-vous déjà demandé comment on peut déterminer ce qui nage dans les lacs et les rivières de Wapusk sans avoir à voir ou à attraper les poissons? C’est grâce à l’ADN environnemental, ou ADNe pour les intimes. Ces traces d’ADN sont les miettes de pain laissées par la nature et notre arme secrète pour identifier les poissons. Aucun hameçon ni aucun moulinet n’est nécessaire.

Bienvenue à l’agence de détectives de l’équipe de conservation des ressources du parc national Wapusk.

Qu’est-ce que l’ADNe?

Toutes les créatures vivantes, du vairon à l’ours polaire, perdent de minuscules fragments de matériel génétique en nageant, en mangeant et, plus généralement, en vaquant à leurs occupations quotidiennes. Il s’agit de cellules de peau, de mucus, de gamètes, d’écailles et, oui, même d’excréments. Ces indices génétiques microscopiques qui flottent dans l’eau peuvent être recueillis à l’aide d’une simple bouteille d’eau et, grâce à l’analyse génétique, révéler ce qui se cache sous l’eau.

En collaboration avec le projet « 500 Lake » de GEN-FISH (Genomic Network for Fish Identification, Stress and Health), l’équipe a bravé les éléments pour recueillir de l’ADNe dans 19 ruisseaux et rivières du parc national Wapusk. Ce travail fait partie de notre projet de collaboration avec GEN-FISH et Margaret Docker, de l’Université du Manitoba.

Qui est ce poisson?

Ondulations sur un petit plan d’eau entouré de conifères sur les deux rives.
Le poisson-mystère a été observé le long des rives de Rupert Creek, à l’intérieur du parc national Wapusk.

Cette année, sur l’un des sites situés le long de Rupert Creek, l’équipe a pu observer des centaines de petits poissons non identifiables qui nageaient près de la surface. Bien qu’elle ait pris des photos du poisson inconnu, elle n’a pas pu identifier avec certitude de quelle espèce il s’agissait. L’équipe est impatiente de découvrir ce que l’ADNe détectera et de voir si le mystérieux poisson peut être identifié!

L’ADN environnemental est un outil puissant, efficace et non invasif qui aide Parcs Canada à prendre des décisions éclairées en matière de conservation. Il permet donc de suivre les espèces sans leur causer de stress. L’ADNe facilite également la détection d’espèces rares ou insaisissables qui pourraient passer entre les mailles du filet des méthodes de recension traditionnelles, de même que la détection des espèces en péril, des espèces envahissantes et même d’agents pathogènes d’origine hydrique.

Le plaisir du travail sur le terrain

Les journées sur le terrain sont toujours une aventure. Imaginez : Russell et son équipe, armés d’un arsenal de bouteilles d’eau, d’une perceuse portative sans fil et d’une pompe péristaltique, enfilant des vestes antimoustiques et marchant dans la boue et les branchages jusqu’à certains des ruisseaux et rivières les plus reculés du parc. Il y a quelque chose de satisfaisant à se faire déposer par un hélicoptère dans un nouvel endroit éloigné pour passer 30 minutes au sol à recueillir des données, sachant que les échantillons recueillis aideront à combler les lacunes de l’inventaire des espèces de poissons qui vivent dans le parc national Wapusk.

Un chercheur prélève un échantillon d’eau tandis que deux autres travaillent sur le rivage au parc national Wapusk.
Russell et Erica filtrent de l’eau et Matthew recueille le prochain échantillon le long de la Broad River en juillet 2024.

La collecte d’échantillons d’ADNe n’est pas trop compliquée, une fois qu’on a compris comment faire. L’équipe prélève un échantillon de contrôle dans une bouteille d’eau en plastique stérile non ouverte pour s’assurer qu’elle ne prélève pas accidentellement de l’ADN sur son propre repas (note : éviter les sandwichs au thon). Elle recueille ensuite de l’eau de chaque site.

Cette eau est ensuite passée à travers un minuscule morceau de papier filtre, ce qui permet de piéger l’ADN. Pour assurer la sécurité de l’échantillon, le filtre est plié, stocké dans des billes de silice et conservé dans un endroit sec et frais avant d’être préparé pour l’expédition. De retour à Churchill, les échantillons sont envoyés au laboratoire de haute technologie de l’université du Manitoba, où une analyse génétique permet d’obtenir un aperçu des espèces présentes ou ayant été présentes récemment.

Que se passe-t-il ensuite?

L’équipe de conservation des ressources de Wapusk attend avec impatience les résultats des échantillons de cette année, comme des pêcheurs attendant une grosse prise. Grâce à ces données, elle pourra commencer à obtenir des réponses sur les espèces qui nagent dans les eaux du parc national. En attendant, il est temps de planifier les échantillonnages et travaux sur le terrain de l’été prochain afin d’approfondir leurs connaissances et de mieux comprendre ces mystères aquatiques.

D’ici là, une journée dans la vie de l’équipe peut être complètement différente. L’équipe pourrait visiter un poste de traite de l’époque de la traite des fourrures, traverser l’un des 10 000 lacs thermokarstiques du parc Wapusk ou rassembler un troupeau de bernaches.

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